Burkina Faso: Présidentielle 2020 - «Je suis un candidat naturel» (Zéphirin Diabré, président de l'UPC)

interview

Le fauteuil qu'on lui a réservé est à la hauteur de ses ambitions : présidentielles. Ça n'a pas échappé à Zéphirin Diabré qui, confortablement installé sur ce trône argenté, a plaisanté avec le technicien qui venait de lui installer le micro. A 60 ans et « candidat naturel » de l'Union pour le progrès et le changement (UPC) à la présidentielle de 2020, le natif de Gombousgou briguera la magistrature suprême pour la deuxième fois. Cette fois, l'opposition, s'enthousiasme-t-il, a toutes les chances de rafler la mise, et pourquoi pas dès le premier tour. Et pour cause, soutient-il : « Les Burkinabè ne vont plus accorder leur confiance à un régime qui a échoué à assurer leur sécurité ». Le terrorisme, les questions électorales, l'économie, la réconciliation nationale et la fronde sociale, le Chef de file de l'opposition politique (CFOP) a abordé durant 1h30 ces sujets avec 4 journalistes de 4 médias. Une première qui a tourné au réquisitoire contre la gestion de Roch Marc Christian Kaboré. Nous vous en proposons quelques points saillants.

Depuis 2016 avec la première attaque terroriste qu'a subie Ouagadougou, les attaques n'ont cessé de se multiplier partout au Burkina Faso. Si on vous demandait de faire une analyse globale de la situation sécuritaire depuis 2016 jusqu'à maintenant, que diriez-vous ?

Depuis 2016, notre pays est installé dans une situation qui est sans aucun doute la pire que nous ayons vécue en tant que république depuis que nous existons. Chaque jour que Dieu fait, on voit se multiplier des attaques terroristes. On voit des hommes et des femmes qui y payent un lourd tribut, on voit des hommes et des femmes qui sont obligés de quitter leurs localités pour devenir des déplacés dans d'autres parties du pays. On voit des communautés qui se déchirent parce que quelque part il y a des stigmatisations envers certaines d'entre elles. Dieu merci, on voit aussi des Forces de défense et de sécurité qui font ce qu'elles peuvent contre les agresseurs. Elles sont, vaillantes au combat. C'est un tableau qu'aucun homme politique n'aurait aimé voir pour son pays. C'est un tableau qui est très triste et très sombre.

Je ne pense pas qu'on ait le temps d'en faire une analyse globale. Allons droit à l'essentiel, c'est-à-dire qu'est-ce qu'il faut faire et qui doit faire quoi ? Quand on dit qui doit faire quoi, c'est bien entendu situer les responsabilités. Je sais que certains n'aiment pas ça, mais il faut commencer par là. Je le dis, ceux qui nous gouvernent ont manqué quelque part à la fois de vision, d'anticipation et de capacité à gérer. Lorsque 4 ans successivement une situation comme celle-ci empire, c'est que quelque part dans le leadership, il y a une défaillance. La question, c'est de savoir, en tant que nation, qu'est-ce que l'on peut faire collectivement pour sortir de cette situation qui nous concerne tous. Je suis de l'opposition, mais j'ai des maires de mon parti qui ont été enlevés depuis des mois et dont je n'ai aucune nouvelle. Quand on tire dans les communes rurales, on ne fait pas de distinctions. Mon directeur de cabinet est à la tête d'une commune, Bourzanga, qui accueille chaque jour que Dieu fait des réfugiés en très grand nombre. L'image de notre pays est abîmée sur le plan international, et qui va investir dans un pays où on entend parler de ces choses-là ? Nous n'avons pas la chance d'avoir des leaders qui auraient pu faire en sorte que par leur vision, leur capacité d'organisation et de gestion on nous sorte de là. Il reste seulement à nous rassembler en tant que peuple dans le cadre d'une union sacrée dont ceux qui nous gouvernent doivent décrire un peu les paramètres. Ce que je ne vois pas tout à fait.

Vous instruisez un procès en incompétence contre le pouvoir en place alors que le terrorisme n'est pas un phénomène propre au Burkina. Même de grandes nations avec les meilleures armées au monde sont embourbées dans cette gadoue. Est-ce que vous ne faites pas de la récupération politique sur ce sujet ?

Tous les phénomènes sont mondiaux. Imaginez le Sida, c'est aussi un phénomène mondial, mais le taux de prévalence au Burkina Faso est presque de zéro et celui du Bostwana est entre 14 et 20. Ça veut dire que les Burkinabè ont mieux géré la lutte contre le Sida que les Bostwanais. Chaque problème qui est mondial est traité d'une manière ou d'une autre. Il n'y a pas de pays modèle, mais c'est par la manière dont ceux qui sont devant traitent le problème que vous voyez leur capacité à apporter des réponses. Je vous donne juste un indice. Ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui y sont arrivés en 2016. Quand vous avez regardé l'architecture du premier gouvernement qu'ils ont formé, ils ont créé un ministère chargé de l'Administration du territoire et de la Sécurité. Dès 2002, l'ancien président Blaise Compaoré avait créé un ministère plein de la Sécurité qu'il a confié à quelqu'un dont je ne dirai pas le nom, mais qui est très connu, un général. Lui, déjà en 2002, il avait compris que la question de la sécurité est très importante. Eux ils arrivent en 2016, dans l'environnement de l'époque où déjà le Mali et le Niger étaient en proie au terrorisme, ils n'ont même pas la vision de créer un ministère plein, à part. Il a fallu qu'en tant que chef de file de l'Opposition je lève la voix pour dire que ça n'avait pas de sens qu'on ait ces deux ministère-là jumelés pour que, quelque temps après, on les sépare. C'est un exemple parmi tant d'autres qui montre qu'il n'y a pas une anticipation, une vision. Récemment à la suite de l'attaque de Boungou, suite à l'émotion que cela a suscitée, le gouvernement nous a dit qu'on a fait une nouvelle trouvaille, on va faire appel à des volontaires. Ce genre de décisions doit s'inscrire dans une démarche organisée. C'est 4 ans après qu'on se rend compte que l'état des effectifs de l'armée est tel qu'on a besoin de volontaires ? Ça pose problème, et c'est là où nous parlons de tâtonnement. En 4 ans nous avons eu 3 ministres de la Défense, y compris le président du Faso lui-même ; 3 ministres de la Sécurité et 3 ministres de la Défense.

Quel remède miracle propose donc l'Opposition pour éradiquer le mal ?

Il n'y a pas de remède miracle. Il y a une expérience collective puisqu'on n'est pas les premiers à être confrontés à ce mal. Il n' y a que des solutions que la science et la technologie nous enseignent. D'abord la question de la mobilisation du peuple. Ça, c'est le discours qui permet de rassembler et de galvaniser. Et la porte d'entrée, c'est la réconciliation nationale. Comment pouvez-vous affronter le terrorisme dans un état de division avec toutes ces querelles politiques ? Il y a la question de la motivation des soldats. Le général Giap ( Ndlr : héros de la guerre du Vietnam) que j'ai eu le privilège de rencontrer m'a dit que, dans une guerre, il ne faut pas regarder le fusil, mais le soldat. La clé de la victoire est là. Est-ce que nous faisons tout pour les motiver parce qu'ils doivent donner leur vie pour notre pays ? La question reste posée.

Une bonne partie des opinions africaines demande aujourd'hui le départ des troupes françaises. C'est votre point de vue ?

Dans la situation actuelle, toutes les forces qui peuvent nous aider sont les bienvenues. Moi je ne connais pas la capacité de notre armée à se battre seule ni celle du Mali. Mais il faut qu'on se prépare mentalement et psychologiquement à prendre notre destin en main. Est-ce qu'on le fait ce weekend ? Dans deux mois ? Tout est une question de timing parce qu'on ne peut compter éternellement sur quelqu'un d'autre, encore moins sur une ancienne puissance coloniale pour assurer notre sécurité. Ça n'a pas de sens : soit nous sommes indépendants, soit nous ne le sommes pas.

Avec la détérioration de la situation sécuritaire, d'aucuns se demandent s'il n'est pas mieux de reporter les élections de 2020.

Imaginons qu'on arrive en novembre 2020 et qu'on dise qu'il n'y a pas d'élection ; on fait comment ? Le pays est géré comment et par qui ? Qui a la légitimité pour gérer le pays ? On fait un arrangement entre politiciens ? On ne doit même pas discuter sur cette question.

L'une des recommandations du dialogue politique était de favoriser le retour des exilés politiques. Jusqu'à présent, aucun n'est retourné au bercail. Le plus emblématique est l'ancien président Blaise Compaoré. Est-ce que Zéphirin Diabré est favorable à son retour et à quelles conditions ?

J'y suis tout à fait favorable. C'est un Burkinabè, et il doit revenir chez lui. Blaise Compaoré a gouverné ce pays pendant 27 ans.

Faut-il, comme certains l'avancent, lui faire bénéficier d'un parapluie judiciaire ?

C'est un débat qu'il faut ouvrir. C'est justement la raison pour laquelle il faut que la question de la réconciliation soit posée sur la table. Nous sommes tous d'accord, en tout cas par rapport aux conclusions du dialogue politique, sur le triptyque Vérité-Justice-Réconciliation. Lors de la présentation de vœux de l'opposition, dans notre déclaration, nous avons demandé au Président du Faso de convoquer une grande rencontre des forces vives de la nation. Une sorte de forum national pour la paix et la réconciliation. Il y a une sorte de traînage des pieds que je ne comprends pas parce que ceux qui nous gouvernent aujourd'hui faisaient partie de l'ancienne majorité et étaient même les enfants chéris avec qui Blaise Compaoré dirigeait le pays.

Ce qui doit nous rassembler, c'est l'intérêt supérieur de la nation. D'autant plus que dans les déclarations qu'on fait, on indexe ceux qui sont dehors d'être à la base de nos problèmes. Si on pense ça, la meilleure façon, c'est de leur dire de venir pour qu'on s'asseye. En la matière il n'y a pas de honte. Même les Américains sont assis à la même table que les talibans. Pourquoi nous ne pourrions pas nous asseoir à la même table que les hommes et femmes avec qui nous avons gouverné le pays hier, si c'est pour le bien du pays ?

Mais qui empêche Blaise Compaoré de rentrer ?

Blaise Compaoré est un ancien chef d'Etat. Est-ce qu'il sera dans la sérénité s'il décolle comme ça pour venir atterrir au Burkina ? Ne serait-ce que pour garantir sa sécurité pour qu'il n'y ait pas d'indicent, cela se prépare forcément. Cela appelle ceux qui nous gouvernent à prendre les choses en main. Je ne sens pas leur volonté d'aller très vite.

Est-ce qu'au nom de la réconciliation nationale vous seriez favorable à une grâce présidentielle accordée aux condamnés dans le cadre du procès du putsch manqué ?

Il faut examiner les choses. Franchement, actuellement je n'ai pas de réponse à vous donner. Il faut regarder ce que ça peut apporter au pays, notamment dans la situation que nous vivons actuellement. C'est le genre de chose qu'on ne peut pas décider à brûle-pourpoint.

Si vous étiez président du Faso, quelle serait votre décision ?

Si je le suis, vous le saurez.

Justement, est-ce que Zéphirin Diabré sera candidat en 2020 ?

J'appartiens à ce qu'on appelle la catégorie des candidats presque naturels.

Comment va votre parti aujourd'hui ?

L'UPC se porte très bien. Chaque jour que Dieu fait, je remercie Dieu d'avoir fait de moi le président de ce grand parti. C'est vrai, on a connu une sorte de secousse lorsque treize prostitués politiques se sont ligués contre nous et ont voulu vendre leurs services à la majorité. Cela procédait chez eux d'une approche de la politique ou les gens viennent dans les partis, non pas pour contribuer à un combat, mais parce qu'ils cherchent des postes. Ils sont venus à l'UPC parce qu'ils pensaient qu'en 2015 on aurait le pouvoir et certains se voyaient ministres. Comme nous n'avons pas eu le pouvoir, ils ont trouvé le moyen d'aller vendre leurs charmes au MPP en espérant avoir des portefeuilles. Tout ce que vous avez entendu sur l'UPC, les questions de démocratie interne et autres, ce n'est que de l'esbroufe. Le fond, ce sont des prostitués politiques qui ont trahi leur maison parce qu'on leur a promis des postes. Mais nous nous sommes remis de cette secousse qui, Dieu merci, a eu lieu longtemps avant les élections de 2020.

Comment analysez-vous l'élargissement de la base de l'IUTS qui crée des remous en ce moment?

Simplifions les choses et ramenons le problème là où le débat se trouve. Pendant longtemps, les primes et indemnités des agents du privé étaient supportées par l'IUTS, ce qui n'était pas le cas pour ceux du public. On peut penser qu'il y a une sorte d'injustice. Comment on résout cette injustice ? C'est là où il y a une divergence entre le syndicat et le gouvernement. Il y avait deux manières de la réparer. Soit on dit : comme le secteur public est exonéré de l'IUTS, exonérons aussi le secteur privé. Mais le gouvernement a décidé de l'appliquer au secteur public. C'est là le fond du débat et c'est oublier que les rémunérations ne sont pas les mêmes selon qu'on est du public ou du privé. Quoi qu'on dise, un impôt, même s'il permet de garantir des recettes à l'Etat, est une ponction du pouvoir d'achat. Il y a des règles en économies qu'il faut savoir mettre en application. Quand les choses vont mal, on n'alourdit pas la charge fiscale. On l'allège pour que les hommes et femmes qui sont des consommateurs puissent par la consommation relancer la machine. Les syndicats souhaitent qu'on exonère les employés du privé. L'Etat a imposé l'IUTS à ceux du public. Quand vous regardez les charges auxquelles les travailleurs du public font face, c'est difficile à soutenir. On comprend qu'un Etat ait besoin de recettes, mais il ne faudrait pas que l'impôt tue l'impôt.

Quelque part, c'est là où les questions d'idéologie ont un sens. C'est un social libéral. Chez les libéraux, un Etat doit fonctionner avec un minimum d'impôts. Parce qu'il faut donner aux citoyens autant d'argent pour qu'ils puissent consommer et faire marcher l'économie. Chez les gens de gauche comme ceux qui nous gouvernent actuellement, on passe le temps à taxer. Nous pensons qu'il faut diminuer l'impôt et en même temps l'Etat doit diminuer son train de vie. C'est ça, la vision libérale de l'économie.

Pour la première fois, le budget du Burkina Faso a atteint deux mille cinq cent milliards en dépenses. L'opposition politique s'est abstenue de voter contre ce budget. Pourquoi ?

C'est une position sage. Un budget, c'est l'instrument que quelqu'un se donne pour mener sa politique économique et pas là pour contrôler ça. Pourquoi voulez-vous que je donne un accord ? En même temps comme je suis patriote et que c'est mon pays, je m'abstiens.

Pour régler définitivement le problème de la masse salariale qui occupe ne cesse de croître à chaque budget, le gouvernement tient mordicus à la remise à plat des salaires. Est-ce une bonne idée selon vous ?

Ce gouvernement, il commence quelque chose, s'arrête, disparaît et il revient. Il y a le sentiment quelque part, parmi les agents de l'Etat, qu'il y a peut-être des inégalités ou des injustices. Quand c'est comme ça, mieux vaut qu'on s'asseye et qu'on mette les choses à plat. Il y a des gens qui pensent qu'à diplôme égal il n'y a pas un traitement approprié. Il est bon que la conférence ait lieu. Pour qu'elle ait du sens, il faut qu'elle soit inclusive. Le gouvernement a fait de la politique en allant s'entendre avec certains syndicats et en négligeant d'autres. Ceux qui sont venus à la conférence font des déclarations qui montrent qu'ils se sentent floués. Le gouvernement doit discuter avec l'ensemble de la classe syndicale sur des termes de référence avant de mener le débat au lieu de passer son temps à diviser.

Le gouvernement demande au monde syndical une trêve syndicale. Pourquoi cette trêve n'est pas effective selon vous ?

C'est une question de confiance entre les deux camps. Quand je parle à certains syndicats, ils me disent qu'il n'y a pas de changement entre ceux qui sont arrivés au pouvoir et l'ancien régime. Ils disent que quand ils prennent des engagements, ils ne les respectent pas. La manière dont les premières mesures ont été prises a peut-être manqué de tact. Il aurait fallu, avant même qu'on satisfasse certaines catégories sociales, donnant l'impression qu'il y avait l'argent, peut-être avoir une concertation. Au cours de cette concertation on aurait pu faire savoir qu'il y avait certains qui ont des avantages qui ont été négociés mais que cela ne veut pas dire qu'il faut qu'on généralise.

Vous parlez du cas des magistrats, de ce que certains appellent le péché originel ?

C'est trop fort quand même, parce qu'on a besoin d'une justice indépendante et il faut qu'elle puisse avoir les moyens de faire son travail. L'une des manières de rendre un juge indépendant, c'est que sur le plan financier, il soit d'une certaine manière à l'aise. Cela dit, il y a mille autres catégories professionnelles qui contribuent au développement du pays. Il aurait donc fallu avoir une démarche qui aurait inclus tout le monde. Là, on aurait pu avoir quelque chose qui aurait été partagé par les autres, mais dès que vous ouvrez les vannes, les gens vont dire que si on a pu donner à X, c'est qu'on peut donner à Y. Et ça va être difficile pour vous. Mais ce que les gens oublient, c'est que ceux qui revendiquent regardent la gestion et la gouvernance. Les syndicats vous disent : « Aujourd'hui, il y a tellement de détournements. Il y a tellement de corruption ». Ce n'est pas moi qui le dis mais l'inspecteur général d'Etat. Comment pouvez-vous demander des sacrifices aux gens si l'exemple ne vient pas de ceux qui gouvernent ? Regardez même les budgets des différentes institutions, y compris la présidence, ils enflent. Je sais bien qu'on est en année électorale. A travers les PPP qui ont été votés et pour lesquels ils n'ont jamais fait le bilan, on voit des marchés qui sont donnés de gré à gré à des copains dans le but, je soupçonne, je n'accuse pas, de se créer des trésors de guerre dans la perspective des élections. Je n'ai pas de preuves mais je suis un acteur suffisamment averti pour savoir ce qui se trame dans les marchés qu'on donne aux gens. Si vous savez tout ça, vous ne pouvez pas demander des efforts aux gens et ils vont l'accepter, ce n'est pas possible

L'UEMOA va bientôt adopter une nouvelle monnaie, L'ECO, en remplacement du franc CFA. Est-ce que vous estimez, comme certains analystes, que cette nouvelle monnaie sera un franc CFA bis ?

Dans un problème, il y a toujours deux manières de voir les choses : soit on voit le verre à moitié vide, soit on le voit à moitié plein. On va, pour une fois, voir le verre à moitie plein pour éviter la sinistrose. On a un problème historique qui est qu'on est lié à un pays qui nous a colonisés à travers une monnaie qui, d'ailleurs, portait un nom pas très heureux : le franc des colonies françaises d'Afrique. A travers cette monnaie, on s'est arrimé à l'euro par un taux de change fixe. On peut débattre des avantages et inconvénients de cette monnaie mais il y a aujourd'hui la montée d'un sentiment qui dit qu'on a besoin d'avoir une plus grande souveraineté sur notre monnaie pour en faire un véritable instrument de politique économique. A la question de savoir si par rapport à ce qui s'est passé, nous avons eu une avancée ou un recul, je pense que c'est une petite avancée qu'il faut accepter et continuer dans ce sens. Le fait que le nom ait changé est déjà symbolique. C'est un nom qui avait déjà été accepté par les autres pays de la CEDEAO. ECO vient de ECOWAS (Ndlr : CEDEAO en français). C'est comme euro qui vient d'Europe. A terme, nous devons avoir une monnaie qui englobe les pays de la sous-région, c'est-à-dire l'UEMOA plus les pays anglophones et éventuellement la Guinée si elle veut renoncer à sa monnaie. Une monnaie, c'est un puissant facteur d'intégration et de développement des échanges. Un pays se développe quand il fait le commerce d'abord avec ses voisins, ce n'est pas avec ceux qui sont à 100 000 km. Tout ça, ce sont des éléments bien à prendre. Il y a des aspects qui gênaient tous ceux qui sont soucieux d'avoir une pleine maîtrise de la monnaie. La question du compte d'opérations par exemple où on doit centraliser les réserves de change pouvait donner le sentiment que c'est contrôlé depuis Paris. Cette question est maintenant résolue avec l'ECO de même que la présence de représentants français au conseil d'administration de la Banque centrale. Tout va ensemble, parce que si vous demandez à quelqu'un de garantir la parité de votre monnaie vis-à-vis d'une monnaie externe, il est clair qu'il aura forcément un droit de regard. La seule manière de ne pas l'avoir, c'est de couper le cordon ombilical.

Pour la monnaie, version CEDEAO, on parle de critère de convergence que n'ont pas atteints bon nombre d'Etats de la sous-région. Est-ce qu'aujourd'hui on peut voler de nos propres ailes ?

On le peut. Il faut bien. De toutes les façons, on ne va pas éternellement être accroché aux gens !

2020, une année électorale partout en Afrique avec des pays où la question de l'alternance va se poser. Comment appréhendez-vous cet agenda électoral chargé sur le continent ?

C'est ce qui se passe au Burkina qui m'intéresse ; nous ne regardons pas trop ce qui se passe ailleurs. Pour nous, quand on prend l'erreur que les Burkinabè ont commise en 2015 et qu'ils doivent corriger en 2020 et quand on regarde un certain nombre de dynamiques, il est clair que les choses sont largement en faveur de l'opposition pour peu qu'elle sache s'organiser. Prenez région par région, regardez ce qui s'est passé dans ces régions depuis 2015, regardez toutes les dynamiques qui se sont produites, regardez l'état du pays,

regardez l'opinion des gens. En principe, l'opposition devrait, pour le scrutin de 2020, marquer un grand coup d'autant plus qu'en termes de nombre de partis importants, la force est de notre côté. Quand on prend la majorité, en dehors du MPP, on ne voit pas trop quelle autre force politique il y a dedans alors que nous, nous avons quand même plusieurs partis politiques qui ont de l'épaisseur. Nous allons bientôt, je crois, finaliser un accord politique qui est un accord de désistement au second tour si on n'arrive pas à éliminer le candidat du MPP au premier tour pour se mettre derrière celui d'entre nous qui sera présent au second tour. Comme j'ai dit, si on n'élimine pas le candidat du MPP au premier tour, parce que pour nous, en dehors peut-être des routes que Blaise Compaoré a commencées et qu'ils sont en train de terminer, on ne voit pas très bien avec quel bilan ils vont aller aux élections. Et surtout comment vous pouvez demander à des Burkinabè qui vous ont donné un pays très sûr avec des frontières reconnues, vraiment stables, et 4 ans après vous l'abîmez comme ils l'ont fait, de vous faire à nouveau confiance ?

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