Congo-Kinshasa: Ituri - L'enquête ambiguë de l'ONU sur les «crimes» contre les Hema

Les meurtres, viols et autres violences visant notamment, la communauté Hema dans la province de l'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, pourraient présenter des éléments constitutifs de « crime contre l'humanité».

C'est, en résumé, le fond de la teneur du rapport de l'ONU publié vendredi 10 janvier 2020. Déjà, des voix s'élèvent pour dénoncer le caractère partial de cette enquête qui, sans appel, incrimine la communauté Lendu.

«La grande majorité des victimes des attaques semble avoir été visée en raison de leur appartenance à la communauté Hema (au moins 402 membres de cette communauté tués entre décembre 2017 et septembre 2019) », poursuit le document, présenté comme le résultat d'une enquête menée par « une dizaine » de missions onusiennes, sans plus de précision.

Selon des sources proches de la mission onusienne en RDC, certains enquêteurs auraient insisté pour l'introduction du terme de « génocide » dans le rapport. Un génocide dont les Hema feraient les frais.

A l'inverse des dizaines de rapports antérieurs de l'ONU sur les violences en Ituri et dans d'autres parties du territoire congolais, la partialité des enquêteurs de la MONUSCO éclate au grand jour et constitue un dangereux précédent. Elle est, en effet, de nature à saper de manière durable les efforts du gouvernement dans ses efforts de réconciliation des communautés de l'Ituri.

Il est difficilement soutenable, par ailleurs, que dans le contexte des tensions interethniques persistantes entre les communautés Lendu et Hema dans les territoires de Djugu et de Mahagi, où « au moins 701 personnes ont été tuées, 168 blessées et 142 victimes de violences sexuelles enregistrées», selon le rapport, que toutes les victimes aient été systématiquement « sélectionnées » au sein de la communauté Hema.

Le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l'homme en RDC ne s'embarrasse guère des reproches d'un parti-pris de la part d'une opinion indignée, quand il martèle dans son rapport que «la barbarie qui caractérise ces attaques - notamment les décapitations de femmes et d'enfants à la machette, les mutilations, le fait d'emporter certaines parties des corps des victimes comme des trophées de guerre - reflète la volonté des assaillants de traumatiser de façon durable les populations Hema, de les contraindre à fuir et à ne plus revenir dans leurs villages ».

Néanmoins, et sans conviction, le rapport tente de tempérer la virulence de ses accusations et affirme que les enquêteurs de l'ONU ont documenté, entre décembre 2017 et mai 2018, des actes de représailles par des membres de la communauté Hema notamment, des incendies de villages et des attaques isolées contre des Lendu. Ici, pas de dénombrement de morts, de villages livrés aux flammes ou d'enfants Lendu décapités.

Citant l'Agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR), le rapport note que depuis février 2018, près de 57.000 personnes se seraient réfugiées en Ouganda et plus de 556.000 se sont déplacées vers les régions voisines de la RDC. Plusieurs camps et villages où s'étaient réfugiés des Hema ont été pris d'assaut, incendiés et détruits par des groupes armés Lendu. Des exactions qui, inexplicablement, seraient passées inaperçues des autorités ougandaises.

Un ballon d'essai

La publication du rapport de l'ONU sur les violences en Ituri a entraîné des réactions d'incompréhension de la part des représentants des deux communautés. Cadre Lendu installé à Kinshasa de longue date, M.K.B. déclare ne pas être surpris : « Vous savez, nos frères Hema sont apparentés aux tutsis du Rwanda et ceux que vous appelez des Banyamulenge du Sud Kivu. Ces derniers sont également au centre des violences dans le territoire de Minembwe. Ce rapport est un simple ballon d'essai pour tester la réaction du gouvernement. Le prochain, vous verrez, va affirmer le « génocide » des Banyamulenge, et quand on sait que ces derniers sont protégés par un puissant lobby au sein des institutions... ».

André M., déplacé Hema, vit depuis mars 2018 dans l'enceinte de l'hôpital de Bunia. Contacté au téléphone, il déclare sa perplexité : « Ce sont les gens de l'ONU qui jettent l'huile sur le feu. Nous voulons vivre en paix avec nos frères Lendu. Moi, je ne demande qu'à regagner ma maison à Djugu. Je ne m'occupe pas de politique».

L'Ituri, comme le Nord et le Sud Kivu sont le théâtre d'opérations militaires lancées depuis de longs mois par les FARDC contre une multitude des groupes armés nationaux et étranger dont la sinistre rébellion ougandaise des ADF/Nalu.

Le rapport ambigu de l'ONU vient semer le doute dans les esprits des médiateurs de bonne foi, et entame insidieusement le moral des forces armées qu'il met en cause dans la commission des crimes sur les populations civiles.

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