Cameroun: La détermination présidentielle

La Loi fondamentale est éblouissante de clarté au sujet du bilinguisme. En effet, dès son article premier (alinéa 3), elle énonce que : « La République du Cameroun adopte l'anglais et le français comme langues officielles d'égale valeur.

Elle garantit la promotion du bilinguisme sur toute l'étendue du territoire ». Mais, bien que la Constitution établisse sans équivoque le caractère bilingue du pays, l'on ne peut affirmer que l'anglais et le français sont utilisés de manière équitable dans l'espace public au Cameroun. Par ailleurs, ce serait aller vite en besogne que d'affirmer que l'usage courant de l'anglais et du français est la chose la mieux partagée entre filles et fils du triangle national. De nombreux sondages et enquêtes réalisés ici et là ces dernières années tendent à montrer que même si le nombre de Camerounais parlant et écrivant couramment l'anglais et le français est en augmentation constante, l'on est encore loin d'atteindre ne serait que la barre de 50% de compatriotes bilingues.

Des statistiques qui surprennent d'autant plus que des efforts non négligeables ont été faits ces dernières décennies pour promouvoir le bilinguisme. Des efforts concrétisés notamment par la création de collèges et lycées bilingues dans toutes les régions du pays, ainsi que des centres linguistiques bilingues. C'est pour inverser cette tendance que la représentation nationale planche depuis quelques jours sur le projet de loi portant promotion des langues officielles. Transmis au Parlement par le gouvernement, ce texte matérialise les prescriptions du président de la République, Paul Biya, dans l'optique de renforcer le caractère bilingue de notre pays, son multiculturalisme et le vivre-ensemble.

Tel que relevé dans l'exposé de motifs transmis au Parlement, « Ce projet de loi a vocation à s'appliquer à l'ensemble des institutions publiques dans lesquelles l'anglais et le français sont des langues de travail indiscutables, et a pour objet, d'une part, d'assurer l'égalité de leur usage dans l'espace public et, d'autre part, d'inciter les Camerounais à s'exprimer en anglais et/ou en français ». Dans cette grande opération de promotion du bilinguisme dans les structures publiques, les entités privées, les organisations patronales et syndicales, celles de la société civile... l'Etat devra jouer un rôle décisif. En mettant entre autres en place des structures de formation et en offrant des incitations permettant aux citoyens de développer leurs connaissances de l'anglais et du français.

Dans cette optique, le projet de loi soumis à l'examen des députés et sénateurs recommande l'institution d'une journée nationale du bilinguisme et l'attribution de récompenses aux citoyens et personnes morales « qui se distinguent particulièrement par une pratique avérée du bilinguisme et de l'intégration nationale ». Par ailleurs, la transmission de ce texte au Parlement quelques semaines après la tenue du Grand dialogue national traduit la détermination du président Paul Biya à mettre en œuvre les recommandations fortes formulées à l'occasion de ces importantes assises.

C'est le lieu de rappeler que le 4 octobre dernier, quelques minutes seulement après la clôture de ces assises tenues au Palais des Congrès, le chef de l'Etat avait, dans un tweet, félicité ses compatriotes et assuré que leurs recommandations feraient l'objet d'un examen attentif et diligent. « Je puis vous assurer que toutes feront l'objet d'un examen attentif et diligent dans la perspective de leur mise en œuvre, en tenant compte de leur opportunité et de leur faisabilité, mais aussi des capacités de notre pays », avait alors déclaré Paul Biya.

En attendant que les parlementaires se prononcent sur ce projet de loi qui devrait combler un vide juridique et, ce faisant, assurer une plus grande représentativité des deux langues au sein des institutions publiques, il convient de rappeler que le président de la République a depuis quelque temps fait de la promotion du bilinguisme un de ses chevaux de bataille, comme l'attestent du reste la création en janvier 2017 de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme et le lancement il y a quelques jours du processus de recrutement de 500 traducteurs et traducteurs-interprètes.

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