Guinée: L'opposition appelle à la résistance

Marche du FNDC : risque d'accrochage entre manifestants forces de l'ordre
13 Janvier 2020

L'opposition appelle à partir de ce lundi à une mobilisation "massive" et "illimitée" des populations pour protester contre le projet de nouvelle constitution. Le pouvoir a adressé une vigoureuse mise en garde.

À moins d'un mois des élections législatives (16.02.2020), l'opposition guinéenne durcit le ton et dénonce la volonté supposée du président Alpha Condé de doter le pays d'une nouvelle constitution qui pourrait lui permettre de briguer un nouveau mandat, en octobre, lors de l'élection présidentielle. L'opposition fustige aussi le manque de fiabilité du système électoral.

"Aucune démarche de la Céni (la commission électorale, ndlr) en ce qui concerne le processus électoral n'a respecté la loi. On nous sort un fichier électoral qui parle de huit millions d'électeurs sur une population d'environ onze millions. Ce qui voudrait dire que nous avons 75% de la population guinéenne qui a plus de 18 ans. Ce qui est extraordinaire. La population électorale est entre 34 et 42 % de la population totale. Au Sénégal, sur une population de 16 millions d'habitants, on a six millions d'électeurs. Mais en Guinée, on nous dit huit millions sur onze millions. C'est sidérant", estime Aliou Bah, le président du Model, le Mouvement démocratique libéral, membre du Front national de défense de la constitution (FNDC).

Pression

L'opposition guinéenne compte maintenir la pression sur le président Alpha Condé jusqu'à la satisfaction de ses revendications.

"S'ils mettent le pied sur l'accélérateur, ils comprendront que nous utiliserons les moyens légaux pour empêcher ce scrutin. Nous prendrons la rue. La manifestation dans ce pays est garantie par l'article 10 de la constitution en vigueur", explique Lansana Faya Millimono, président du bloc libéral (BL) et membre du FNDC.

Le Front national de défense de la constitution ne compte donc plus seulement boycotter mais bien empêcher la tenue des prochaines élections. De grandes mobilisations devant des institutions de la République sont annoncées dans le pays.

Même s'ils ne l'ont pas clairement exprimé, les opposants veulent s'inspirer du scénario soudanais qui a abouti au départ de l'ancien président Omar el-Béchir le 11 avril 2019.

"Il y a beaucoup d'exemples sur le continent qui ont inspiré les jeunes. Du moment où ce sont des expériences qui ont donné des résultats, pourquoi pas ?", insiste Aliou Bah du Model, Mouvement démocratique libéral.

Avec l'appel à une mobilisation illimitée, l'opposition fait encore monter d'un cran la contestation qui a déjà fait une vingtaine de morts depuis octobre 2019.

L'opposition est convaincue que le président Alpha Condé, élu en 2010 et réélu en 2015, entend se représenter fin 2020 alors que la constitution actuelle limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

Mise en garde

Le gouvernement guinéen a adressé une vigoureuse mise en garde à l'opposition qui appelle à une mobilisation massive à partir de ce lundi (13.01.2020).

Les précédentes manifestations de l'opposition avaient été durement réprimées par les forces de l'ordre. Elles ont causé depuis mi-octobre (2019) la mort d'une vingtaine de civils et d'un gendarme.

Alors que le FNDC proclame le caractère pacifique de son action, dans un communiqué publié dans la nuit de samedi à dimanche, le gouvernement accuse une partie des leaders de cette plateforme de chercher à "plonger la Guinée dans le désordre".

"La puissance publique s'exercera dans toute sa rigueur envers ceux qui veulent troubler l'ordre public et nier aux autres Guinéens le libre exercice de leurs droits fondamentaux", précise le communiqué du gouvernement.

Il est à rappeler que le pouvoir avait déjà invoqué le trouble à l'ordre public et l'absence de permis de manifester pour réprimer durement les premiers rassemblements depuis d'octobre. Avant de décider de les autoriser, si celles-ci se déroulaient pacifiquement.

Grève des enseignants

En plus de la mobilisation de l'opposition, une grève des enseignants a été observée la semaine dernière. Ceux-ci exigent une augmentation de leurs salaires.

Les manifestations qui s'en sont suivies ont fait deux morts : une jeune femme de 18 ans et un homme de 21 ans tués par balle jeudi (09.01.2020) à Conakry.

Par ailleurs, onze syndicalistes ont été arrêtés samedi (11.01.2020) selon un responsable syndical, Aboubacar Soumah, et l'avocat de leur syndicat, Me Salifou Béavogui.

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