Afrique de l'Ouest: Sommet Macron/G5 Sahel - De Pau à... Pô

Pau. Chef-lieu du département des Pyrénées Atlantiques dans le sud-ouest de la France. C'est cette ville qui abrite le 5e régiment d'hélicoptères de combat dont sept éléments ont péri dans la collision de deux aéronefs au Mali.

C'est dans cette ville que le président français, Emmanuel Macron, a choisi de rencontrer hier lundi 13 janvier 2020 les chefs d'Etat des cinq pays membres du G5 Sahel dans le cadre d'un sommet censé être celui de la clarification sur la présence des troupes françaises dans la zone.

Pô. Chef-lieu de la province du Nahouri à quelque cinq mille kilomètres de là.

Pô qui fut jadis le foyer incandescent de la révolution d'août burkinabè.

Pô où Thomas Sankara a commandé, dès sa création, le Centre national d'entraînement commando (CNEC) après avoir notamment effectué au cours de sa formation d'officier un stage de parachutiste à... Pau.

Pendant que le locataire de l'Elysée et ses convives essayaient de donner une nouvelle impulsion à leur coopération militaire, mise à mal par la montée d'un sentiment antifrançais au Mali, au Burkina Faso et au Niger, un contre-sommet, celui « des peuples », réunissait de son côté quelque cent cinquante participants venus de la sous-région pour dire non à ce qu'ils considèrent comme un chantage de la France qui semble dire à leurs dirigeants : « Suppliez-moi ou je me casse ».

La convocation comminatoire de Jupiter a beau avoir été mal reçue par les cinq destinataires, avaient-ils véritablement besoin de faire allégeance au grand chef blanc à un moment où les attaques terroristes se font de plus en plus meurtrières dans le Sahel ?

Quoi de plus normal que, dans la Déclaration conjointe de Pau, les cinq chefs d'Etat africains aient exprimé « le souhait de la poursuite de l'engagement de la France au Sahel » et plaidé pour un « renforcement de la présence internationale à leurs côtés » ?

De son côté, la France s'est engagée à envoyer plus de deux cents hommes supplémentaires pour renforcer les effectifs de Barkhane sur place.

Au demeurant, Emmanuel Macron n'avait pas besoin de cette injonction un peu humiliante pour nos dirigeants, qui ont toujours rappelé, à l'occasion, l'importance de l'intervention du Coq gaulois sur leur sol.

Il ne faut d'ailleurs pas que la France se trompe de combat. Qu'un ministre ou un responsable politique ou militaire de premier plan du G5 Sahel rame à contre-courant de l'évangile officiel, ça peut faire désordre.

Mais qu'y a-t-il de mal à laisser brailler le citoyen lambda et les activistes de tout poil, à l'image de ceux qui se sont retrouvés à Pô et qui d'ailleurs sont loin de représenter une opinion majoritaire dans nos pays ?

Est-il nécessaire à « l'impérialisme et ses valets locaux », pour emprunter à la terminologie en vogue sous la révolution d'août, de perdre du temps à vouloir museler les grognards africains, de chercher à rééquilibrer le discours public francophobe ou « d'allumer des contre-feux assez robustes pour faire face au narratif antifrançais », comme le dit un proche collaborateur du président Macron ? A l'heure des réseaux sociaux, ce serait se battre contre des moulins à vent.

Dans tous les cas, la véritable réponse au French bashing, c'est sur le terrain que Barkhane doit la chercher.

De ce point de vue, il faut espérer qu'au-delà du bien futile exercice de clarification politico-diplomatique, le conseil de guerre qui s'est tenu à Pau apportera des solutions vigoureuses qui permettront aux populations des zones concernées de sentir un véritable recul du péril terroriste.

C'est le seul combat qui vaille aujourd'hui.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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