Burkina Faso: Présidentielle 2020 / Eddie Komboïgo - « Ceux qui veulent soutenir Kadré sont libres de partir »

interview

La crise qui a secoué l'ex-parti au pouvoir l'année dernière était le principal sujet des échanges que le président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Eddie Komboïgo, a eus avec une quinzaine de journalistes hier dans son immense bureau de Kwame NKrumah.

La paix des braves trouvée par l'entremise du président d'honneur, Blaise Compaoré, marque selon lui le retour à la normale au sein de la famille de l'épi et de la daba, qui doit bientôt désigner son champion pour la présidentielle à venir.

A ceux qui seraient tentés de soutenir malgré tout la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo, démissionnaire, Eddie Komboïgo rappelle que la porte est ouverte et qu'ils peuvent plier bagage.

Le CDP a été traversé en 2019 par des bisbilles internes. Comment se porte le parti aujourd'hui ?

Le CDP se porte très bien. Il est vivant. Ce que vous appelez bisbilles fait partie de la vie d'un parti. Nous étions à la veille d'une année électorale, et c'est normal que des ambitions naissent. Tout ce qui s'est passé en 2019 montre que le CDP a des cadres compétents qui peuvent diriger et qui veulent que le parti accède au pouvoir.

Nous avons réglé nos problèmes à l'interne. Nous sommes allés même jusqu'à sanctionner des gens qui ont posé des actes d'indiscipline caractérisée. Nous avons été interpellés par notre président d'honneur, qui a fait une médiation.

Et comme c'est un grand homme que nous respectons, nous l'avons écouté. Nous avons procédé, le 7 décembre dernier, à la levée de toutes les sanctions, en invitant également les uns et les autres à rentrer dans les rangs.

De leur côté, les sanctionnés ont retiré toutes les plaintes qui étaient en justice contre la direction du parti et contre le parti.

Il faut saluer la grandeur d'esprit des uns et des autres. En 2020, nous n'avons pas besoin de ce qu'on a connu en 2019. Nous allons travailler à rassembler davantage pour que le CDP soit un parti fort, uni et aille aux élections.

Est-ce qu'aujourd'hui dans les faits tout le monde a réintégré les rangs ?

En tout cas, c'est ce que l'appel du congrès extraordinaire tenu le 7 décembre a demandé. En levant les sanctions, nous avons dit que chacun réintègre les organes et les instances auxquels il appartenait.

Nous avons convoqué une rencontre du Bureau exécutif national (BEN), certains sont venus, d'autres se sont excusés. Il faut dire aussi que c'était un BEN convoqué d'urgence parce que nous avons perdu un grand camarade, Moustapha Sarr. Quand on va convoquer de nouveau des instances et des organes, vous allez voir qu'ils vont se présenter.

Il y a le cas Kadré Désiré Ouédraogo qui avait, lui, démissionné. Est-il aujourd'hui un militant du CDP ?

Vous avez bien dit qu'il a démissionné. Quelqu'un qui a démissionné ne peut pas être considéré comme faisant partie du CDP.

Sa démission faisait suite à l'exclusion de cadres jugés proches de lui...

Nous avons reçu une lettre qui dit que, pour des raisons personnelles, il démissionne du CDP.

Malgré l'annulation des sanctions comme demandé par le président d'honneur, Blaise Compaoré, des militants continuent de s'afficher aux côtés de Kadré Désiré Ouédraogo, candidat déclaré à la prochaine présidentielle. Quel est le sort qui sera réservé à ces cadres qui, malgré la réconciliation, continuent de porter un coup à l'unité du CDP ?

L'appartenance à un parti est libre. On ne contraint pas un militant à militer dans un parti. On ne peut pas contraindre une conscience à faire le choix d'un candidat ou d'un autre. Si ceux qui ont choisi de soutenir la candidature de M. Kadré Désiré Ouédraogo en sont convaincus, ils sont libres d'aller le soutenir.

Et puis, qu'est-ce que ça fait ? Seulement, si le CDP choisit un autre candidat, vous ne pouvez plus rester au CDP et soutenir un candidat qui n'est pas celui du CDP.

En tant que parti politique, nous respectons tout le monde. Si KDO est candidat et que des gens veulent le soutenir, qu'ils le soutiennent.

Qu'est-ce qui dit que demain, s'il y a un second tour, le CDP n'aura pas besoin de Kadré Désiré Ouédraogo, ou que Kadré n'aura pas besoin du CDP ?

La politique, ce n'est pas l'inimitié, ce n'est pas l'animosité. Sur cette question, la réponse est donc assez simple : ceux qui veulent soutenir Kadré, qui est hors du parti, sont libres de partir.

Serez-vous candidat à la présidentielle de cette année ?

Le moment venu, je vais m'exprimer sur la question. Ce qui est certain et il faut être clair là-dessus, c'est que le CDP va avoir un candidat à l'élection présidentielle. Mais nous sommes obligés de suivre les procédures. Il y a beaucoup d'appels des militants de base, des cadres qui demandent que je sois candidat.

Moi-même j'y réfléchis. Mais cela ne peut se faire qu'en respectant les procédures, les statuts et le règlement intérieur. Les statuts disent que, pour le choix du candidat, nous devons écrire une directive qui sera soumise d'abord au Secrétariat permanent (SP).

Le SP va faire des propositions qu'il va soumettre au BEN pour adoption. C'est ce document qui donnera le planning, va décrire les critères et les conditionnalités pour que les uns et les autres qui veulent être candidats à la candidature puissent déposer leurs dossiers.

Ces mêmes statuts préconisent que le président d'honneur donne des orientations sur le choix du candidat et valide le candidat choisi.

En mai 2019, le président Compaoré nous avait envoyé une lettre pour dire que le candidat du parti à la présidentielle, écoutez bien, doit être un militant actif, respectant les statuts et règlement intérieur.

Sur cette base, la commission chargée des questions électorales a fait un avant-projet de directive qui a été soumis au secrétariat permanent.

Le SP l'a amendé, et nous voulons recueillir l'avis de notre président d'honneur dessus avant de le soumettre au BEN pour adoption. Une fois que cela sera fait, nous allons ouvrir une période où les candidats pourront déposer leurs dossiers.

S'il y a plusieurs candidats, nous allons travailler à ce qu'il y ait un consensus autour d'un nom. Si nous trouvons le consensus, tant mieux. Si nous ne le trouvons pas, nous procéderons à des élections. A ce moment, tous les autres candidats s'aligneront derrière le vainqueur.

Qui pourra voter lors de ces élections ?

Nous n'avons pas suffisamment de moyens pour faire une élection primaire dans les 45 provinces, dans tous les communes, arrondissements et villages du Burkina. Dans chaque commune, il y a une sous-section, les sous-sections ont élu des sections provinciales.

Nous avons un BEN, un Haut-Conseil, un Bureau politique national (BPN). Il appartient donc à la direction du parti de voir comment composer le collège d'une manière consensuelle et que le vote reflète ce que la base souhaite.

Nous sommes déjà en 2020, quand allons-nous connaître le nom de l'oiseau rare ?

Il faut dire que le congrès extraordinaire a fait une recommandation disant à la direction de travailler à ce que, d'ici le 31 janvier, nous ayons le candidat. Nous nous y attelons.

Quelles sont les chances du CDP à ces élections couplées ?

Lorsqu'on regarde le monde politique au Burkina, en 2015 après les élections, le CDP a été classé troisième force politique et deuxième force de l'opposition. Mais vous savez dans quelles conditions les élections de 2015 se sont passées : les leaders du CDP en ont été illégalement exclus.

Aujourd'hui, le Code électoral a été révisé, tout ce qui était dispositions d'exclusion a été élagué. Nous avons bon espoir que nous allons pouvoir aligner des hommes de qualité aux législatives et à la présidentielle.

Le parti est aussi bien ancré en ville qu'en campagne. Le CDP, j'en suis certain, constitue la première force politique du Burkina. Si vous n'y croyez pas, je vais vous le démontrer en 2020. Nous n'avons aucune crainte là-dessus.

D'aucuns estiment que le CDP est un parti qui ne s'assume pas, avec le congrès qui est chapeauté par le président d'honneur, lequel donne les instructions depuis Abidjan...

Vous vous trompez. Les pouvoirs du président d'honneur, Blaise Compaoré, fondateur du parti, ont été décrétés par le congrès ordinaire. En cas de conflit par exemple, comme ce fut le cas récemment, il tranche en dernier ressort.

Le congrès avait pris la décision d'exclure des militants, le président d'honneur a jugé que si on va dans ce sens, cela peut avoir des conséquences néfastes sur la vie du parti. Il nous a interpellés. Nous nous sommes expliqués.

Nous avons dit que nous ne pouvions pas accepter que des militants posent des actes d'indisciplines, allant même jusqu'à attaquer le récépissé du parti et à demander la suspension des organes dirigeants.

Lorsqu'on est un militant sérieux, on ne peut pas aller jusqu'à ces extrêmes. Je crois que le président Compaoré a compris en leur demandant : « Qu'est-ce que vous voulez en fait ? », « vous voulez que le CDP survive ? »

Ils ont répondu certainement par l'affirmative. « Vous voulez militer au CDP ? » Ils ont donné également une réponse positive.

Le président Compaoré a dit : « Dans ce cas, je vais demander à la direction de lever les sanctions à condition que vous alliez retirer toutes les plaintes, et s'il y a contradiction, que cela soit résolu à l'interne ».

Ils ont donné leur accord, et ils se sont acquittés. Nous pensons que nous sommes au temps du redécollage du parti. La maturité va primer sur les intérêts égoïstes des uns et des autres.

Vous réclamez le retour de Blaise Compaoré, mais est-ce qu'il ne doit pas d'abord passer par la case justice ?

Nous n'avons pas remis en cause la justice. Nous l'avons dit depuis 2016 : le président Compaoré doit pouvoir retourner chez lui d'une manière honorable. Il a géré le Burkina pendant 27 ans. Si vous prenez tous les pays du monde, là où il y a eu des crises, après on permet à ce que les anciens chefs d'Etat regagnent leur pays.

Il ne faudrait pas que nous soyons ingrats. Le président Compaoré n'a pas posé que des actes négatifs, il a aidé à construire le Burkina. Il ne faut pas oublier tous les acquis sociaux, les infrastructures, les industries minières, l'économie florissante.

C'est quand même quelque chose de positif ! Nous devons regarder l'avenir avec espérance, dans l'unité. Pour un Burkina qui se développe, nous avons besoin de tous nos compatriotes, donc nous avons besoin du président Blaise Compaoré.

Et la meilleure manière de faire un cadeau à une personne, c'est de lui donner le pardon. Depuis 2016, nous sommes restés là, à nous mettre à l'index, à nous accuser mutuellement de soutenir le terrorisme, de vouloir reconquérir le pouvoir. Nous ne faisons que nous embourber dans des enfers, opposition comme majorité.

Quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui en pâtit. Et toute la population vit ces conséquences-là. Il faut donc que nous trouvions les voies et moyens pour que la justice puisse être dite et que la réconciliation puisse être faite. Cela va permettre que tous les exilés puissent regagner le pays.

On demande : quel type de justice ? Il y en a qui pensent que c'est la justice classique qu'il faut. Nous, au CDP, nous avons opté pour la justice transitionnelle. Et nous avons nos raisons. La justice classique prend du temps.

Prenez le cas des dossiers Norbert Zongo et Thomas Sankara qui n'ont toujours pas connu de dénouement. Nous sommes des Africains, des Burkinabè, nous avons plus de vingt ethnies. Nous avons nos racines qui permettent de rendre justice.

Nous pouvons nous inspirer de cette forme de justice pour dire la vérité, nous juger et nous réconcilier parce que c'est l'intérêt supérieur de la nation qui nous interpelle. Ce n'est pas soustraire quelqu'un à la justice.

Est-ce que ce n'est pas Blaise Compaoré lui-même qui devrait prendre initiative de son retour comme l'ont fait François Bozizé et Michel Djotodia en Centrafrique ?

Il y a des initiatives. Vous ne savez pas combien de lettres ont été échangées, quel dialogue a été installé pour que ceux dont vous parlez puissent rentrer dans des conditions qui ne sont pas la prison. Et ils sont rentrés. S'ils sont appelés à répondre demain, ils vont certainement répondre dans le respect mutuel.

Nous savons que le président Compaoré a écrit dans un premier temps au président Roch Marc Christian Kaboré en 2019 pour lui manifester sa volonté de revenir et l'appuyer pour construire le pays. Le président Roch en a pris acte. Nous regrettons parce que nous pension qu'il allait tenir compte de cette lettre.

Depuis, il n'y a pas eu de suite. Je sais qu'il y a une seconde lettre qu'il lui a adressée où il réitère sa volonté de rentrer au Burkina.

A mon humble avis, les gouvernants du moment devraient ouvrir un dialogue avec lui directement, avec son parti ou d'autres personnes-ressources pour que nous puissions définir les conditions de son retour. S'il a pris l'initiative d'écrire, il prendra l'initiative de revenir sans problème.

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