Afrique: Réunion de Dakar sur la reforme du Conseil de Securité de l'ONU - L'Afrique réclame un statut unique avec droit de véto

14 Janvier 2020

Lors de la 8ème réunion du Comité des 10 de l'Union africaine sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies (C-10), le Président Macky Sall a plaidé pour le continent. Il faut, « en cas de réforme du Conseil de sécurité, un statut unique pour tous les membres permanents », notamment en ce qui concerne le droit de véto, a-t-il ajouté.

Le Chef de l'État sénégalais Macky Sall a plaidé, hier, à Dakar, pour une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies avec un statut unique avec droit de véto pour tous les membres permanents. Il s'exprimait lors de la 8ème réunion du Comité des 10 de l'Union africaine sur la réforme du Conseil de sécurité de l'Onu (C-10), à quelques semaines du 33e Sommet de l'Ua.

Selon le Président de la République, il est aussi juste que l'Afrique réclame, en cas de réforme dudit Conseil, un statut unique pour tous les membres permanents. À son avis, les nouveaux membres permanents devront aussi être investis des mêmes prérogatives que les anciens, notamment en ce qui concerne le droit de véto.

« Autrement, l'approche dite intermédiaire ou transitoire conduirait à une composition hybride du Conseil de sécurité entre membres permanents dotés du droit de véto et membres permanents sans droit de véto et membres non permanents dépourvus de ce droit », a-t-il averti. Ceci donnerait, d'après Macky Sall, une «image quelque peu désordonnée du Conseil de sécurité».

La réforme de ce Conseil constitue une priorité pour l'Afrique. Cette position africaine commune a été portée par le C-10 depuis une quinzaine d'années. Le Chef de l'État de réaffirmer ainsi la position africaine commune formulée dans le consensus d'Ezulwini.

Dans ce document, le continent réclame deux sièges permanents avec droit de véto et deux sièges additionnels non permanents pour toute nouvelle configuration au Conseil de sécurité.

Par ailleurs, la réunion de Dakar offre aux participants l'occasion propice de faire le point sur les négociations qui se déroulent à New York sur la réforme du Conseil de sécurité et le rapport du Sommet d'Addis-Abeba.

« Vous aurez l'opportunité d'échanger avec nos Représentants permanents auprès des Nations unies sur le chemin parcouru, les difficultés rencontrées, les enjeux du moment et surtout les perspectives », a déclaré le Président Sall. Selon lui, « ce sont des variables communes à tout processus de négociation ».

Macky Sall, Président de la République : «On ne peut pas régler les problèmes africains sans les Africains»

L'Afrique compte le plus d'adhérents au sein des Nations unies et l'essentiel de l'agenda du Conseil de sécurité des Nations unies est occupé par des questions africaines. Pour le Chef de l'État, Macky Sall, « on ne peut pas régler les problèmes africains sans les Africains ». D'où l'urgence de réformer le Conseil de sécurité.

Les questions africaines occupent une place importante aux Nations unies, mais le continent ne dispose pas de droit de véto au Conseil de sécurité où se prennent des décisions le concernant. Ceci a fait dire au Président Macky Sall qu'« on ne peut pas régler les problèmes africains sans les Africains ».

Avoir un droit de véto dans ce cercle réduit est, d'après lui, une « revendication légitime ». « À la naissance des Nations unies, en 1945, nos États, comme beaucoup d'autres, étaient sous domination coloniale. Leurs droits et intérêts ne pouvaient donc être convenablement pris en charge », a-t-il rappelé.

Poursuivant, le Chef de l'État a souligné que « l'Afrique compte, aujourd'hui, le plus grand nombre d'adhérents aux Nations unies avec 54 États membres ».

« De plus, les questions africaines occupent l'essentiel de l'agenda du Conseil de sécurité », a-t-il rappelé, relevant que la situation en Libye en est une parfaite illustration.

Sur ce cas particulier, a déploré Macky Sall, l'Ua n'a de cesse de réclamer la nomination d'un Envoyé spécial conjoint Nations unies-Union africaine pour aider au règlement de cette crise.

Préserver l'inclusion

S'agissant de l'Afrique, a relevé le Président, « une constante majeure qui constitue notre repère, c'est la position africaine commune formulée dans le consensus d'Ezulwini ». À l'en croire, une représentation plus équitable au Conseil de sécurité lui donnerait un « surcroît d'autorité et de légitimité en tant que garant du système de sécurité collective ».

C'est pourquoi « il est donc juste et légitime de rendre le Conseil de sécurité des Nations unies plus inclusif dans sa composition et plus démocratique dans son fonctionnement, pour une meilleure gouvernance mondiale», a-t-il estimé.

De l'avis de Macky Sall, les enjeux de cette réforme pour l'Afrique sont de taille. Et c'est tout le sens, a-t-il avancé, du consensus d'Ezulwini formulé par le Sommet de l'Union africaine. Le Président de la République a, dès lors, insisté sur la nécessité pour le C-10 de poursuivre son mandat en veillant « à la solidarité, à la cohésion et à la discipline du groupe ».

Il a également appelé le Comité à faire preuve d'ouverture dans l'échange avec les autres groupes d'intérêts et surtout à « éviter toute initiative ou démarche de nature à fragiliser l'unité et la cohésion du groupe africain ».

Macky Sall a aussi soutenu qu' « il est important que le groupe continue d'insister sur la nécessité de préserver l'inclusion et la transparence dans le processus de négociation au sein du groupe de travail de l'Assemblée des Nations unies ».

Il l'a ainsi exhorté à garder le même élan de solidarité et de cohésion dans les pourparlers à venir. Profitant de l'occasion, il a rendu hommage au C-10 pour sa participation qui témoigne, selon lui, de « l'intérêt commun que nos pays accordent à la question fondamentale de la réforme du Conseil de sécurité » et à son homologue sierra-léonais, Julius Maada Bio, Président du C-10, pour le temps et les efforts qu'il consacre à la coordination de cet organe.

Rachid Bladehane, Secrétaire d'État Algérien auprès du ministre des Affaires Etrangères: «Le message de l'Afrique est destiné à corriger une injustice»

Le Secrétaire d'État algérien auprès du Ministre des Affaires étrangères, Rachid Bladehane, a indiqué que « le monde a très bien compris le message de l'Afrique destiné à corriger cette injustice faite à son égard ».

Il a ainsi salué la démarche des pays africains qui ont mutualisé leurs actions par l'entremise du consensus d'Ezulwini et la Déclaration de Syrte pour la présence de l'Afrique au sein du Conseil de sécurité et des instances décisionnelles mondiales. Il a rappelé que cela fait 15 ans que le consensus d'Ezulwini fonctionne entre les pays africains.

Cessouma Minata Samate, Commissaire aux Affaires Politiques de l'Union Africaine : «Nous tenons à ce que justice soit rendue à l'Afrique»

Pour la Représentante de la Commission de l'Union africaine (Ua) à cette rencontre qui vise à discuter de la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, il est temps que l'Afrique s'implique dans tous les processus de décision, mais surtout puisse débattre sur des questions la concernant au niveau des instances de décisions internationales.

Cessouma Minata Samate a avancé que la Réunion ministérielle du Comité des 10 Chefs d'État et de Gouvernement de l'Union africaine (C-10), qui a eu lieu les 12 et 13 janvier, va tracer de nouveaux sillons pour la réalisation de ces défis communs. «2020 marque 15 ans d'espoir, 15 ans d'une attente qui tarde à se concrétiser. Le Comité des 10 Chefs d'État est notre porte-voix.

Il est temps d'agir, pour que l'Afrique bénéficie d'une représentation équitable au sein du Conseil de sécurité.

Cela ne sera que justice rendue à l'Afrique dont les affaires occupent encore la majorité de l'agenda du Conseil de sécurité. Nous tenons à un Conseil de sécurité plus représentatif, plus légitime, plus efficace », a-t-elle déclaré.

La Commissaire aux Affaires politiques de l'Ua pense qu'il serait judicieux de mobiliser davantage de voix.

Si la rencontre de Dakar a permis d'affiner de nouvelles stratégies, de prendre conscience d'un chemin à parcourir, que «notre volonté de réaliser l'Afrique que nous voulons demeure une source de motivation pour parachever la position commune africaine », a-t-elle dit.

S'exprimant au nom du Président de la Commission de l'Ua, Mme Samate a rendu un hommage au Chef de l'État sénégalais pour la tenue de la rencontre de Dakar.

Une acceptation traduit, selon elle, tout l'engagement de Macky Sall à promouvoir la réforme sur le Conseil de sécurité, non sans témoigner sa gratitude au Président de la Sierra Léone et Président du C-10 qui assure un « leadership reconnu dans la promotion de l'agenda africain sur la réforme ».

Toutefois, elle considérerait que l'impératif et l'opportunité de la réforme du Conseil de sécurité ne sont plus à démontrer.

«Cette réforme répond, d'une part, à l'aspiration légitime de l'Afrique à plus de justice et d'équité et, d'autre part, elle participe à une démocratisation du système des Nations unies longtemps marqué par des dysfonctionnements structurels qui sont notés jusque-là et dus au silence des pays africains ».

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