Congo-Kinshasa: Disparition d'André Lufwa - Un monument s'est écroulé

Presque centenaire, le doyen des sculpteurs congolais décédé à l'âge de 94 ans, le lundi 13 janvier, en début de soirée, laisse à la postérité de nombreuses œuvres dont la plus connue est le célèbre Batteur de tam-tam, emblème de la Foire internationale de Kinshasa (Fikin).

Premier à avoir annoncé la triste nouvelle du décès d'André Lufwa Mawidi, le média en ligne Eventsrdc.com tenait de son petit-fils, Ricky Lufwa, que l'état de santé du patriarche était précaire à la suite d'une fracture du bassin. « Durant tous ces jours, notre grand-père avait l'air très fatigué. Ce qui empêchait les médecins à l'opérer », a expliqué ce dernier. L'on savait déjà que l'artiste était mal en point à travers une livraison de médiacongo.net du 10 janvier qui tirait déjà la sonnette d'alarme. Elle annonçait qu'il était « entre la vie et la mort ». L'état de santé du grand sculpteur, disait-on, était alors très critique. Le proche de la famille qui l'avait fait savoir avait par la même occasion demandé une assistance à toute personne de bonne volonté afin d'éviter le pire qui a fini par arriver.

Avec cette nouvelle mort du regretté sculpteur, la RDC vient de perdre un autre de ses maîtres. En effet, il y a à peine deux semaines, venait à disparaître le peintre Botembe. Mais c'est aussi l'Académie des beaux-arts qui se trouve ainsi doublement endeuillée frappée de plein fouet par la perte de ce monument qui fut le tout premier enseignant congolais du temps où elle se nommait encore Ecole Saint-Luc, avant son transfert de Gombe-Matadi, au Kongo central, à Kinshasa alors Léopoldville. Il est devenu assistant après avoir remporté le grand prix de l'Ecole Saint-Luc de Liège, en 1951, l'année qui a suivi l'obtention de son diplôme supérieur de sculpture. Il fait figure de pionnier étant de la première génération d'artistes issus de l'école d'art du Congo.

Feu André Lufwa Mawidi ne fit pas longue carrière dans l'enseignement. En effet, il choisit de se livrer entièrement à la pratique artistique au courant des années 1960. Il délaissa aussi son titre de directeur adjoint chargé de l'enseignement professionnel dans le gouvernement provincial du Kongo central pour se vouer totalement à son art. Dès lors, il prit part à de nombreuses expositions et rencontres artistiques internationales à travers le monde. C'est le cas notamment de l'Exposition universelle de Montréal, Canada, en 1967.

Patrimoine artistique de Kinshasa

Le Batteur de tam-tam de la Fikin passe pour l'œuvre majeure du défunt sculpteur, du moins la plus connue des Congolais qui tient lieu de référence. Cependant, cette grande figure de l'art congolais, aîné du regretté Maître Liyolo disparu l'an dernier et de François Tamba mort en 2006, en a réalisé bien d'autres de facture remarquable. Il faut remonter au buste du chef Lutunu à Gombe Matadi avant de répertorier le reste des œuvres qui contribuent au patrimoine artistique de Kinshasa. C'est dans la capitale que l'on trouve le gros des réalisations d'André Lufwa dont les emplacements disent la valeur accordée au travail de l'éminent artiste. Il s'agit notamment des Léopards de simili pierre qui montent la garde devant les entrées principales de l'enceinte présidentielle du Mont Ngaliema, l'Archer, le Voyageur et l'Hospitalité zaïroise dans le jardin de l'immeuble des Affaires étrangères.

L'ensemble des œuvres monumentales de Lufwa sont des réalisations de style académique. Mais le sculpteur s'est laissé aller à des expressions plus libres avec ses autres créations de format plus réduit pour la plupart de petites pièces en bois, en ivoire et en malachite. En majorité, elles datent de plusieurs décennies comme l'on peut bien s'en douter.

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