Afrique de l'Est: L'eau, un enjeu géopolitique

15 Janvier 2020

Le différend entre l'Éthiopie et l'Égypte au sujet d'un gigantesque barrage hydroélectrique en cours de construction sur le fleuve Nil vient nous rappeler la prédiction selon laquelle l'eau sera source de guerre en ce 21ème siècle tout comme l'a été le pétrole précédemment.

Pour assurer son autosuffisance énergétique, Addis-Abeba a annoncé, en 2011, et démarré depuis 2013, la construction du Grand barrage de la renaissance éthiopienne (Gerd), le plus grand d'Afrique, avec une puissance installée de 6000 mégawatts à terme. Mais chaque tonne de béton ajoutée à l'édifice, réalisée à 70 %, inquiète le Soudan et l'Égypte, qui sont aussi traversés par le Nil.

Située en aval de l'ouvrage haut de 145 m et long de 1,8 km, l'Égypte craint pour sa survie, redoutant qu'un remplissage trop rapide du réservoir du barrage d'une capacité de 74 milliards de m3 d'eau ne réduise drastiquement le débit du Nil. Ce qui compromettrait son agriculture, qui représentait 11,4 % de son Pib en 2018 et qui emploie 14,5 % de la population active.

Le secteur est, en bonne partie, tributaire de l'irrigation, d'où sa forte dépendance des eaux du mythique fleuve, qui assure 97 % des besoins en eau des Égyptiens. C'est le long du Nil que toute l'activité de l'Égypte tourne depuis des millénaires, ses rives abritent, aujourd'hui, 95 % de la population estimée à 100 millions d'habitants.

Hérodote n'avait pas tort de dire que l'Égypte est un don du Nil. Le Soudan, pays aussi en aval où se fait la jonction du Nil bleu et du Nil blanc avant d'arroser l'Égypte, émet les mêmes craintes. Pour éviter un conflit armé autour de l'eau, les trois concernés ont décidé de négocier une issue, qui tarde à se dessiner.

Pour le moment, malgré les crispations de part et d'autre, on note une volonté de régler le différend de façon pacifique. Mais les choses trainent. Qu'adviendra-t-il si un accord n'est pas trouvé ?

Ailleurs, des tensions similaires ont été notées, telles que la querelle sur le partage des eaux du fleuve Colorado entre les États-Unis et le Mexique. Au Proche-Orient, l'accès aux eaux du fleuve Jourdain, qui sépare Israël et ses voisins arabes de la Syrie et de la Jordanie, est tout aussi problématique.

Mais c'est encore une bombe à retardement. « Si nous réglons tous les problèmes du Proche-Orient mais pas celui du partage de l'eau, notre région explosera. La paix ne sera pas possible », prédisait le défunt Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin en 1992.

Dans le Sahel, confronté à une forte croissance démographique entraînant une augmentation des besoins, le liquide vital est une denrée rare donc stratégique. Les ressources hydriques utilisées dans l'agriculture sont presque exclusivement issues des rares pluies de cette région confrontée à la sécheresse et à l'insécurité alimentaire.

Les points d'eau sont au cœur des conflits entre pasteurs et cultivateurs qui meurtrissent la zone et leur raréfaction explique les migrations de populations à la recherche perpétuelle d'eau mais aussi les problèmes de santé (maladies hydriques, épidémies). L'autre enjeu dans le Sahel et le Sahara, ce sont les immenses réserves aquifères que renferment leurs sous-sols.

Les exemples de conflits autour de l'eau opposant populations ou États ont de tous temps fait florès, et il est à craindre que d'autres foyers de tensions apparaissent à cause d'un ensemble de facteurs.

D'abord, l'augmentation de la population mondiale va de pair avec un accroissement des besoins aggravé par l'industrialisation et l'urbanisation qui implique de nouveaux modes de vie.

Or le dérèglement climatique, à côté de l'action anthropique (exemple patent du lac Tchad en cours de disparition), contribue à la raréfaction de la ressource tant en quantité qu'en qualité dans certaines zones du globe, perturbant la distribution de plus en plus inégale de la denrée.

Ainsi, la contrôler, c'est s'assurer une survie et en priver l'autre équivaut à l'affaiblir, ce qui fait de l'eau une potentielle arme politique et militaire mais aussi une cible.

Jusqu'ici, des cadres formels de gestion de la ressource assurent une gestion pacifique, c'est le cas de l'Omvs qui réunit le Sénégal, le Mali, la Mauritanie et la Guinée. Les États partageant les cours d'eau s'engagent dans un élan de coopération et de concertation, des secteurs tels que l'agriculture, l'élevage et l'énergie pourraient se développer.

Selon une étude de l'Assemblée nationale française qui cite les travaux d'universitaires américains, on note plus de cas de coopération que de conflits liés à l'eau. Depuis l'an 805, plus de 3800 actes juridiques ont été enregistrés, on a noté 37 cas de conflits violents parmi lesquels 30 au Moyen-Orient avec usage militaire à 21 reprises.

Il y a eu 157 traités de coopération et 1228 cas de désaccords réglés sans violence. Au lieu de l'accaparer, l'homme tire plus de profit du liquide vital en le partageant. Comme en Afrique où servir de l'eau à l'étranger est le premier signe de bienvenue.

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