Afrique: Spike Lee président du 73e Festival de Cannes, "une bonne nouvelle" saluée par des professionnels africains du 7e ART

Spike Lee est un grand réalisateur afro-américain

Dakar — Plusieurs cinéastes et critiques de cinéma saluent la désignation de Spike Lee comme président du jury du 73e Festival de Cannes (France) prévu du 12 au 23 mai 2020, une annonce qui, selon eux, doit être mesurée à la dimension du talent du réalisateur américain et de son statut de "référence" en termes notamment d'ouverture du monde du 7e art sur les questions de diversité raciale.

Dans un entretien avec l'APS, ces cinéastes et critiques de cinéma évoquent "cette bonne nouvelle" qui dénote d'une "volonté d'ouverture" de ce grand festival international souvent tourné vers l'Europe.

"C'est une excellente nouvelle, Spike Lee est un grand réalisateur afro-américain qui a un rapport fort à la question raciale et à la diversité raciale, à un moment où la France et les dirigeants des sociétés de cinéma ont du mal à travailler sur cette problématique reflétant une France plurielle", déclare le critique sénégalais Thierno Ibrahima Dia, rédacteur en chef du site "Africiné Magazine", spécialisé dans les cinémas africains.

M. Dia estime que cette nomination laisse espérer une ouverture plus grande du Festival de Cannes dans les années à venir, dans le sillage de la cooptation, en 2018, de l'actrice et réalisatrice burkinabè Mouna Ndiaye et de la réalisatrice américaine Ava Duvernay au sein du jury dudit festival, dans lequel avait également siégé l'acteur américain Will Smith, un an plutôt.Spike Lee est le premier Noir à présider le jury du Festival de Cannes, qui en est à sa 73e édition.

Thierno Ibrahima Dia, qui enseigne le cinéma à l'Université Bordeaux Montaigne (France) et à Niamey (Niger), rappelle l'épisode de la montée des marches du Festival de Cannes 2018 par 16 actrices noires et métisses du mouvement "Noire n'est pas mon métier", pour suggérer que la désignation de Spike Lee s'inscrit dans un contexte de revendication d'une plus grande ouverture du cinéma français à la diversité.De fait, par cette montée très médiatisée des marches du Festival de Cannes en 2018, les animatrices de ce mouvement entendaient dénoncer "le racisme et le manque de diversité dans le cinéma français".Selon le cinéaste sénégalais Moussa Sène Absa, "Spike Lee mérite d'être porté à la présidence du jury du Festival de Cannes parce que c'est quelqu'un qui compte dans le cinéma mondial"."C'est un talent, quelqu'un qui a une lecture de notre histoire. Sa nomination est une logique, il raconte de belles histoires qui ont marqué le monde", argue-t-il.

Le Franco-Sénégalais Alain Gomis, double lauréat de l'Etalon d'or du Yennenga, la récompense suprême du FESPACO, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, salue d'autant plus la désignation de Spike Lee que ce dernier l'a, dit-il, amené au cinéma."C'est quelqu'un qui m'a amené vers le cinéma, c'est une influence majeure", confie le réalisateur de "Félicité", Etalon d'or de la 25e édition du FESPACO en 2017.Mais pour Alain Gomis, cette volonté d'ouverture du cinéma français pour plus d'ouverture "ne doit pas faire oublier le plus important, qui est de travailler sur les festivals en Afrique, les films qui existent sur le continent et les gens qui travaillent ici" dans ce secteur.

Claire Diao, journaliste et critique de cinéma, est aussi en phase avec l'idée que la désignation de Spike Lee comme président du jury du Festival de Cannes est une décision tout à fait "légitime"."C'est un réalisateur qui vient à Cannes depuis 1986, il a remporté son +Grand Prix+ en 2002, il était fâché que +Do the Right Thing+ n'ait rien obtenu en 1989. C'est quelqu'un qui a influencé le cinéma américain, afro-américain, le cinéma indépendant mondial", souligne Diao, par ailleurs animatrice de l'émission "Ciné Le mag" sur la chaîne cryptée Canal+.

Claire Diao, membre du comité de sélection de la "Quinzaine des réalisateurs" du Festival de Cannes, dit suivre depuis quelques années la carrière du cinéaste et s'attendait donc à ce qu'on lui propose de présider un jury au Festival de Cannes. D'autant plus que beaucoup de cinéastes citent Spike Lee comme leur référence, souligne-t-elle."C'est quelqu'un qui a montré comment faire des films, s'autoproduire, croire en soi et avancer. L'industrie du cinéma s'adapte à ces combattants qui ont tenu si longtemps, il va ouvrir des voies à d'autres professionnels du cinéma", ajoute Claire Diao.Le réalisateur afro-américain, âgé de soxiante-deux ans, a participé pour la première fois au Festival de Cannes en 1986, dans la catégorie "Quinzaine des réalisateurs", avec son film "She's Gotta Have It" (Nola Darling n'en fait qu'à sa tête), lequel avait remporté le Prix de la jeunesse.

Trois ans plus tard, son film "Do the Right Thing" avait été retenu pour la sélection officielle. Il y a eu ensuite "Jungle Fever" (1991), puis "Girl 6" (1996), films projetés hors compétition, avant "Summer of Sam", film en lice à la "Quinzaine des réalisateurs" en 1999, puis "Ten Minutes Older", sélectionné dans la catégorie "Un certain regard" en 2002.Son dernier film, "BlacKkKlansman", a remporté le Grand Prix à Cannes en 2018 et l'Oscar du meilleur scénario."Je suis honoré d'être la première personne de la diaspora africaine à assurer la présidence du jury de Cannes et d'un grand festival", a dit Spike Lee dans une déclaration transmise par le Festival de Cannes à l'APS.Selon le délégué général du festival, Thierry Fremaux, les autres membres du jury et la sélection officielle seront dévoilés mi-avril.

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