Libye: Le pays vaut bien une autre conférence de Berlin

On avait connu une conférence de Berlin qui se tint du 15 novembre 1884 au 26 février 1885 sous la houlette du chancelier allemand Otto von Bismarck, au cours de laquelle les Européens actèrent le partage de l'Afrique à des fins colonialistes, un charcutage arbitraire qui eut pour conséquences de dessiner des frontières artificielles divisant des peuples qui ont toujours été unis par l'histoire, la géographie et la culture et dont nous payons à ce jour encore le prix.

Aujourd'hui, une autre conférence de Berlin se profile à l'horizon, mais cette fois-ci pour la bonne cause, parce qu'au lieu de diviser, elle est censée raccommoder le tissu sociopolitique libyen, qui part en lambeaux depuis la mort de Kadhafi en 2011 ; la chancelière allemande a en effet annoncé la tenue, dans la capitale allemande, d'une rencontre qui devrait réunir Fayez el-Sarraj, Premier ministre du gouvernement d'Union nationale reconnu par la communauté internationale, et le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen.

Encore une rencontre, devrait-on dire. Cette initiative allemande intervient en effet 72 heures après la tentative russo-turque, le chef autoproclamé de l'Armée nationale libyenne ayant refusé d'apposer sa signature au bas de l'accord qui devait consacrer le cessez-le-feu entre les belligérants et le retour à leurs positions initiales des différentes troupes, particulièrement celles d'Haftar qui font le siège de Tripoli depuis avril.

Pour lui, il n'est donc pas question de reculer d'un iota au moment où il pense que le fruit tripolitain est mûr, mais aussi et peut-être surtout qu'en paraphant l'arrangement, il aurait quelque part reconnu et consacré l'intrusion d'Ankara sur la scène libyenne, le président turc ayant récemment pris la décision de soutenir militairement les autorités légitimes.

Moscou n'aura en fait été qu'un échec de plus, tant des initiatives similaires ont connu le même sort depuis de nombreuses années. La France, l'Italie et la Tunisie s'y sont déjà essayées, sans oublier l'Union africaine.

Pour quelle raison donc Frau Merkel réussirait-elle là où nombre de ses homologues se sont fracassés contre le mur de l'irrédentisme qui se dresse entre les différents protagonistes ?

Sans forcément jouer au cassandre, on a bien peur que les mêmes causes produisent les mêmes effets, même si l'Allemagne a dans une certaine mesure un atout de taille : elle est un peu au-dessus de cette mêlée libyenne où les médiateurs sont à la fois juges et parties, chacun ayant son propre poulain et jouant pour ses propres intérêts.

Derrière el-Sarraj, s'alignent, entre autres, l'Italie, la Grande-Bretagne, le Qatar et la Turquie, qui vient de mettre les pieds dans le plat libyen, tandis que le maréchal rebelle compte parmi ses alliés l'Egypte, dont le président n'est autre que le président en exercice de l'UA, les Emirats Arabes Unis, l'Arabie saoudite et la Russie.

Même Paris a été suspecté entre-temps de rouler pour Haftar. Des Etats qui sont notoirement partisans peuvent-ils donc faire les bons offices entre les frères ennemis libyens, eux dont les rivalités mériteraient elles-mêmes une conférence initiale avant de s'attaquer au problème libyen, comme ce fut du reste le cas de l'historique conférence de Berlin ?

Plus de: L'Observateur Paalga

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