Sénégal: Grève nationale de 72h des mareyeurs - Mot d'ordre levé, après 24h de paralysie du système

16 Janvier 2020

Les mareyeurs du Sénégal ont étalé leur capacité en privant des foyers de poissons. Ainsi, de Dakar (marché central du poisson) à Mbour, en passant par les quais de Saint Louis, Ziguinchor et Kaolack, le mot d'ordre de grève a été largement suivi.

Même les camions frigorifiques étaient presque invisibles dans certaines localités, notamment à Diourbel. Une situation qui a causé beaucoup de désagréments.

Mais, tard dans la soirée, l'Union des mareyeurs a décidé de lever son mot d'ordre, suite à une rencontre avec le ministre de la Pêche, Alioune Ndoye, à la mairie de Dakar-Plateau.

SAINT-LOUIS : Un quai complètement vidé de ses camions frigorifiques

La grève de 72 heures décrétée par les mareyeurs du Sénégal a été largement suivie à Saint-Louis où ils ont observé un sit-in, durant toute la matinée d'hier mercredi, au niveau du quai de pêche de Guét-Ndar.

Munis de brassards rouges, enroulés autour du cou, du bras ou de la tête, ces mareyeurs, très en colère, s'y sont fortement mobilisés pour exprimer leur mécontentement à l'endroit des autorités.

"Aujourd'hui (hier mercredi, ndlr), c'est notre première journée de grève et celle-ci est bien suivie, à 100%, ici à Saint-Louis où nous avons observé un arrêt de travail total chez les mareyeurs tout comme chez les pêcheurs", s'est réjoui Fatou Diagne, Vice-présidente de l'Union des jeunes mareyeurs de Saint-Louis, par ailleurs 2ème Vice-présidente de l'Union nationale des mareyeurs du Sénégal.

Selon elle, cette grève "est une réussite totale vu que tous les camions frigorifiques ont déserté le quai" C'est une journée morte", a-t-elle dit tout en insistant sur l'arrêt de leurs activités.

C'est ainsi qu'elle est revenue sur le motif de leur grève. "Ce qui est à l'origine de notre mouvement d'humeur, ce sont les nombreuses tracasseries que nous subissons tous les jours.

Les ponts bascules nous causent énormément de difficultés", a-t-elle ajouté. Cependant, s'agissant de l'invitation du ministre de tutelle à une rencontre avec les mareyeurs, elle finit en faisant part de leurs attentes.

"Nous espérons qu'il a entendu le message de la grande majorité des acteurs de la pêche. Qu'il montrera la capacité, la responsabilité et l'humilité qu'il faut pour prendre en compte nos revendications. Les camions frigorifiques ne doivent pas être concernés par cette mesure" de pesage au niveau des ponts bascules, a-t-elle conclu.

MBOUR : Les camions frigos désertent quais et marchés

Les mareyeurs, après de multiples alertes, ont finalement mis leurs menaces à exécution. En effet, ils ont cessé leurs activités pour 72h, à cause des tracasseries liées au passage à l'essieu ou au pont-bascule leur occasionnant des désagréments et des pénalités.

Des pêcheurs se sont invités dans ces contestations et revendications. Seuls quelques pêcheurs ont fait une sortie en mer. Le gros des acteurs de la mer ont croisé les bras.

Ainsi, la journée d'hier mercredi a connu un calme impressionnant au quai de pêche de Mbour. Les mareyeurs ont préféré quitter les lieux ou apprécier par groupes les conséquences de ce mouvement. Le président de l'Association des mareyeurs au niveau départemental s'est réjoui du respect du mot d'ordre dans la petite côte.

A Joal-Fadiouth, la grève est totale. Mieux, les frigos se sont éloignés du quai et de ses environs. A l'en croire, les consommateurs à l'intérieur du pays vont apprécier la non livraison de poissons et le chaos notable dans bon nombre de marchés.

Pour le président départemental de l'Association des mareyeurs, des échos favorables à une réussite de la grève leur parviennent à travers le pays et surtout au niveau des grands quais de débarquement de la petite côte et de la grande côte.

Selon lui, un mouvement aussi réussi doit être le début de préalables pour des négociations ouvertes, pour éviter davantage des désagréments multiples aux consommateurs. Pour rappel, les mareyeurs ont sillonné le pays avant de décréter le boycott l'achat et de la vente de poisson dans les différents marchés du territoire national.

MAMADOU SOW, MEMBRE DE L'UNION NATIONALE DES MAREYEURS DU SÉNÉGAL

«Tout le monde a suivi le mot d'ordre»

«Le mot d'ordre a été lancé de façon national, tout le monde a suivi le mot d'ordre. On n'attend toujours la réaction des autorités.

Mais, le Secrétaire général du ministère m'a joint au téléphone pour nous convoquer à une réunion avec le ministre ce soir à 17h (hier mercredi, ndlr). Nous sommes en train de nous réunir pour voir une solution à ça. Maintenant, les différents points de revendication sont très nombreux.

Je peux en citer quelques-uns : la difficulté sur le pont-bascule, nous traversons d'énormes difficultés pour faire peser (nos camions frigorifiques) sur les ponds bascules, alors que le système ne nous avait jamais prédit les camions frigorifiques ; il y a les tracasses routières et douanières ; il y a également l'absence de marchés à Thiès et à Mbour ; les téléphones satellitaires que des pécheurs réclament depuis presque 1 an mais les autorités font la sourde oreille, etc. Nous avons énormément de problèmes.»

DIOURBEL : Le mot d'ordre respecté à la lettre

La grève de 72 heures décrétée par les mareyeurs et mareyeuses du Sénégal a été respectée au niveau de Diourbel. Le poisson est devenu rare au niveau des étals. Les mareyeurs exigent de l'Etat de meilleures conditions de travail.

Le mot d'ordre de grève décrète par les mareyeurs et mareyeuses du Sénégal a été respecté à Diourbel. Le délégué des mareyeurs et mareyeuses de Diourbel, Méissa Dieye explique : «tous les mareyeurs qui convoyaient leurs poissons vers Diourbel ont brillé par leur absence.

Ceux qui ont débarqué ont fermé leurs camions. Les populations ont tout fait pour qu'on leurs vendent du poisson, mais nous avons refusé. Nous allons poursuivre la grève jusqu'à la satisfaction de nos doléances».

Et il poursuit : «nos préoccupations tournent autour du manque de considération des mareyeurs par l'Etat du Sénégal alors que nous avons beaucoup de problèmes. Nous avons tout fait pour rencontrer les autorités en charge de la question, mais nous ne pouvons pas être reçus pour exposer nos difficultés.

La principale doléance est liée au renouvellement annuel de notre carte de mareyeur pour un montant de 30.000, alors que ce n'est pas le cas pour les commerçants. Il y a également la cherté du pesage, au pont-bascule, au cas où il y a une surtaxe qui varie entre 250.000 à 300.000 francs Cfa leur est infligée, en cas de surcharge. Ce que nous ne pouvons pas supporter».

A cela vient s'ajouter les tracasseries policières. «Nous sommes obligés de voyager avec 25.000 à 50.000 francs Cfa que nous remettons aux Forces de sécurité sur la route. Sans cela, tu risques d'arriver en retard.

On nous interdit de stationner en ville, sous peine de payer une amende de 6000 francs Cfa.» «La particularité au niveau de Diourbel est que n'avons pas de chambre froide, raison pour laquelle il nous est difficile d'amener des poissons de qualité. Car, en cas de mévente, les poissons risquent de pourrir», a-t-il conclu.

CHEIKH NDAW, DIRECTEUR GÉNÉRAL PAR INTÉRIM DU MARCHÉ CENTRAL AUX POISSONS DE KAOLACK : «Un manque à gagner énorme, qu'on ne peut pas évaluer»

«Comme vous avez eu à le constater, ce matin quand je suis arrivé au bureau, j'ai constaté un rassemblement au niveau du marché, comme quoi les mareyeurs sont en grève. En ma grande surprise, on m'a informé que la chambre de stockage a été fermée et que les mareyeurs ne voulaient pas qu'on ouvre la porte. A la descente de mon véhicule, j'ai donné l'ordre de l'ouvrir, comme la loi me le permet.

Nous, nous sommes une administration et la chambre c'est pour garder des poissons frais. Et le lendemain, les vendeurs, quand ils ont besoin de leur produit, nous leur ouvrons la porte. Ce que j'ai fait et les mareyeurs s'y sont opposés. Finalement, j'ai fermé la porte pour plus d'entente, plus de cohésion. L'Association des mareyeurs du marché et la Direction du marché, il faut qu'on travaille ensemble, il faut qu'on travaille dans la cohésion, il faut qu'on travaille pour l'intérêt commun parce qu'aujourd'hui, comme vous l'avez constaté, il y a un manque à gagner énorme qu'on ne peut pas évaluer du côté du marché, du côté des mareyeurs, du côté des transporteurs et du côté du syndicat. On pouvait éviter tout ça, mais malheureusement ce qui s'est produit s'est produit. Vraiment, dans l'avenir, nous comptons, à chaque fois qu'il y a une grève, collaborer, discuter avec les mareyeurs pour qu'on puisse avoir un point de repère et travailler ensemble.»

LEVEE DU MOT D'ORDRE DE GREVE DES MAREYEURS DU SENEGAL : Alioune Ndoye «ramène» le poisson au marché

L'Union nationale des mareyeurs du Sénégal a décidé de lever son mot d'ordre de grève après avoir perturbé durant 24 heures l'approvisionnement en poissons au niveau du marché central et dans les quais de pêche. Le ministre Alioune Ndoye a reçu les responsables au niveau de la mairie de Dakar-Plateau pour discuter avec eux, afin de lever le mot d'ordre de grève. D'après Mamadou Sow, du comite des délégué du marché central et membre de l'Unams, le ministre de la pêche a accepté de résoudre les doléances des mareyeurs. «Nous avons rencontré le ministre Alioune Ndoye qui nous a rencontré dans son bureau. Notre principale doléance était le pont bascule et tout ce qui a été émis comme doléance a été réglé par le ministre avec son collègue du transport Oumar Youm. Il arrivait un moment on nous a délesté le surplus de poissons au pont bascule. C'est révolu maintenant. La surcharge à l'essieu est réglée. On nous a accordé un surplus de 5 tonnes sur le poids total», a-t-il confie. Et de renchérir : «sur les autres points concernant les cartes professionnelles et le problème de Thiès, il a promu de regelé ça. C'est la première fois qu'on le voit et on a confiance qu'il va régler les autres points».

KAOLACK : Un mot d'ordre littéralement suivi dans la région

Le mot d'ordre de 72 h décrété par l'Union nationale des mareyeurs du Sénégal «And Defarat Sunu Ligguey» est largement suivi dans la région de Kaolack. Malgré l'opposition que certains de leurs collègues ont cherché à leur infliger, les mareyeurs ont réussi à arrêter tous les services d'approvisionnement des marchés en poissons sur la quasi-totalité des collectivités locales de Kaolack. Très tôt durant la matinée d'hier mercredi, les nombreux camions frigorifiques qui faisaient la navette de ville en ville ou région en région étaient tous immobilisés devant le marché aux poissons de Kaolack et tout gisait dans un calme plat dans cet environnement d'habitude grouillant... de monde. Dans l'enceinte du marché, les tables, chaises, congélateurs et autres paniers étaient tous renversés, comme pour indiquer aux visiteurs que l'heure n'est plus aux activités. Les rares personnes trouvées sur place étaient souvent accrochées à leurs téléphones portables ou s'affairaient autour de petites discussions pour voir si le mouvement était bien suivi dans les autres localités du pays ou si la partie qu'elles accusent de défaillance avait pris le dessus sur eux.

Au niveau des autres centres de spéculation de la ville, c'est le même scénario. Puisque ces marchés sont d'habitude ravitaillés par le marché aux poissons, les vendeurs se sont alors donné l'obligation de fermer boutiques et se plier aux ordres des grévistes.

Dans les concessions familiales, si le marché n'a pas été fait la veille ou les jours précédant la grève, on est alors sevré de ce produit. Et beaucoup ont reconverti leurs préférences sur la viande, le poisson séché ou fumé.

A Kaolack, ce mouvement d'humeur a aussi été une occasion pour les mareyeurs d'étaler les problèmes auxquels ils restent exposés. Des questions qui tournent essentiellement autour de la gestion, la sécurité dans le marché aux poissons, mais surtout l'état criard d'insalubrité, indigne pour un lieu où l'on vend des produits comestibles.

SERIGNE DAME DIOP, RESPONSABLE DE LA CHAMBRE DE STOCKAGE DES POISSONS DE KAOLAK : «72h de grève, c'est vraiment un grave dégât pour le marché»

«Les mareyeurs sont en grève de 72h. Et vous savez que les mareyeurs sont nos potentiels clients et 72h ça fait trois (3) jours et ça fera un manque à gagner pour le marché, un manque à gagner inconcevable, vraiment un grave dégât pour le marché. Le président de l'Association des mareyeurs l'a dit, la balle est dans le camp du président Macky Sall. Ils ont dits leurs doléances, ils n'ont qu'à résoudre ces doléances-là, il faut que ce pays-là travaille, il faut respecter les gens. Les enseignants sont en grève, les médecins sont en grève, mêmes les juristes. Les mareyeurs ont posé leurs doléances, il faut respecter leurs doléances, il faut que ce pays-là travaille, surtout tout le monde, les ménages, les marchés... 72h pour le marché, ça sera un grand déficit. 72h, c'est trop ! Et les mareyeurs-la sont nos potentiels clients, les partenaires premiers du marché ; sans eux, le marché ne fonctionnera pas, c'est eux qui payent les taxes, ces eux qui amènent les poissons, les cent pour cent (-100%) des taxes viennent des mareyeurs. Donc, quand ils ont des problèmes, pour que le marché-là travaille, il faut les résoudre immédiatement.»

DAKAR : LE MOUVEMENT LARGEMENT SUIVI AU MARCHE CENTRAL AUX POISSONS

Le mot d'ordre de grève de l'Union nationale des mareyeurs du Sénégal a été largement suivi au marché central aux poissons. On n'a pas vécu le brouhaha des grands jours de travail à cause de la grève. Les camions frigorifiques non plus n'ont pas débarqué leur produit dans le marché. Seuls certains vendeurs de crevettes qui essayent d'écouler leur produit de peur qu'ils ne deviennent invendables. Quelques clients tentent d'avoir de quoi ramener à la maison pour le repas de la journée, même s'ils soutiennent avoir été informé du mouvement de grève.

Une vendeuse trouvée devant son étal attend un potentiel client. «J'attends des clients que je ne vois pas aujourd'hui. On est là assise, dans l'angoisse de voir un client. J'ai un produit périssable», a laissé entendre la vendeuse dont la voix résonne à mille lieues à cause de l'écho.

Un autre vendeur de crevette s'énerve, à cause de l'absence de clients. «Cette grève-là on ne nous a pas avisé à temps. Une grève qu'on annonce la veille, ce n'est pas normal. Nous, nous avons des produits périssables et devons les conserver. Et on ne peut rien vendre depuis ce matin (hier mercredi, ndlr). Mais, c'est un troubadour qui a avisé, hier soir, les vendeurs» a laissé entendre le vendeur dépité qui range ses produits, fautes de clients.

Un autre de renchérir : «la grève a un impact sur le commerce car nous ne parvenons pas à écouler nos crevettes, mais nous allons juste honorer nos commandes, mais on n'a pas de clients», renseigne ce dernier. «Mes clients qui n'étaient pas au courant, se désolent de cette situation.»

Pour ceux qui exercent le petit commerce c'est la même situation, les affaires n'ont pas prospéré hier, jour de grève. Pour les responsables du Comité des délégués, membres de l'Union nationale des mareyeurs du Sénégal, la grève va se poursuivre pour 72h. «Nous avons décrété 72 heures», disent-ils.

Plus de: Sud Quotidien

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