Sénégal: Abdoulaye Wilane, Porte-Parole du PS et Maire de Kaffrine - «Nous devons tout faire pour conforter le leadership du Président Macky Sall»

17 Janvier 2020
interview

Le Député-Maire de Kaffrine, Abdoulaye Wilane, a convoqué, samedi, ses camarades de l'Union régionale pour partager les directives du Parti socialiste (Ps). Il en a profité pour se prononcer sur son parti, la mouvance présidentielle mais aussi des questions d'actualité.

Monsieur le Député-Maire, pourquoi la convocation d'une Commission d'administration ?

En temps normal, et c'est le cas, les Commissions d'administration (Ca) permettent de partager et de vulgariser les directives et mots d'ordre du parti. Ce sont des instances et des structures d'animation et de coordination de la base qui permettent aussi de recueillir les avis des camarades pour les transmettre au sommet. Il y a également le fait que nous venons aussi de finir le processus de vente de cartes et d'entamer le renouvellement des instances. Tout cela dictait la convocation de l'Union régionale qui, par ailleurs, nous a permis de revenir sur tout ce qui s'est passé : le décès d'Ousmane Tanor Dieng, son remplacement [à la tête du parti jusqu'au prochain congrès] par Aminata Mbengue Ndiaye qui, par la suite, a été nommée Présidente du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct)... Je me devais donc de rendre compte à la base. J'avais demandé, pendant que j'étais absent du pays, à ce que ce travail puisse être fait. Et il a été fait. Il y a des localités où on n'a pas atteint le seuil requis pour renouveler les instances.

Actualité oblige, les femmes socialistes de Kaffrine ont profité de cette Ca pour saluer vivement la loi criminalisant le viol. En quoi cette loi est historique ?

Cette loi n'est pas qu'historique. Elle est révolutionnaire à l'image de la loi sur le domaine national, le Code de la famille, le Code consensuel, la loi sur la parité. Le Président Macky Sall, dans le cadre de la prise en charge de l'approche genre, vient d'entrer de nouveau dans l'histoire. C'est la première fois qu'un Chef d'État promulgue une loi aussi révolutionnaire devant tous les leaders qui se battent pour l'émancipation de la femme au Sénégal. Macky Sall vient de prouver qu'il a à cœur le souci de préserver la jeunesse, l'enfant sénégalais ; et il a raison de le faire. L'enfant est le bourgeon de citoyenneté. En criminalisant le viol et la pédophilie, le Président de la République va aussi dans le sens de préserver notre société. Les socialistes que nous sommes applaudissent, et nous allons vulgariser cette loi.

Le brûlant sujet de l'électricité vous intéresse aussi et visiblement, vous soutenez la hausse des tarifs effective depuis le 1er décembre 2019...

La réalité, c'est que structurellement, la Senelec est déficitaire. C'est une entreprise qu'on doit mettre à niveau ici et maintenant ; pas par emprunt, mais par des ressources propres pour financer son développement. Je veux simplement dire que l'augmentation des tarifs de l'électricité était le moindre mal. Dans la vie d'un pays, d'une Nation, il arrive des moments où il n'y a pas de sacrifices de trop. J'invite les Sénégalais à comprendre que c'est le prix à payer pour mettre notre Senelec à niveau. L'énergie est tellement importante, tellement structurante, qu'il ne faut pas se laisser remorquer par de l'argent étranger.

Notre pays aura du gaz et du pétrole à partir de 2022. À cela s'ajoutent les combinaisons mixtes énergétiques avec l'énergie solaire, celle éolienne. Et c'est dire qu'au bout du processus, on aura de l'électricité trois fois moins cher qu'actuellement. Nous acceptons et encourageons l'augmentation du prix de l'électricité parce que cela ne concerne pas les moins riches, mais plutôt ceux qui sont mieux lotis. Toutefois, nous exhortons le Gouvernement à communiquer vrai. Dans ce genre de questions, l'arrogance n'a pas sa place. Nous devons avoir plus de respect pour les Sénégalais. C'est sous ce rapport que nous comprenons le Chef de l'État quand il montre l'impression d'être choqué et outré par des débats puérils entretenus dans nos rangs. Nous demandons aux uns et aux autres de savoir raison garder.

Est-ce à dire que vous avez décelé des comportements qui fragilisent l'institution présidentielle ?

Je veux simplement dire qu'on ne fait pas une pression sur le Président. On ne le menace pas, on ne lui demande pas de nommer X, Y ou Z, lesquels doivent mériter de sa seule confiance. Nous, socialistes, n'avons jamais rien demandé à Macky Sall. Et je suis bien placé pour le dire en tant que Porte-parole du Ps. Jamais le Ps ne s'est réuni pour réclamer quoi que ce soit au Chef de l'État. Lors des dernières élections législatives, feu Ousmane Tanor Dieng avait donné carte blanche à Macky Sall en lui disant d'investir. Et faudrait-il le rappeler, de 2012 à 2016, Tanor était un chômeur, serviteur, militant simple, citoyen ordinaire à côté du Président Sall. Au Sénégal et ici à Kaffrine, nous ne forçons Macky Sall en rien. Nous ne lui imposons rien. La seule chose que nous exigeons de lui, c'est de faire un excellent bilan, qu'il puisse réaliser toutes les idées contenues dans ses projets et programmes.

Parlant justement de projets et programmes, est-ce que Kaffrine se voit dans ce que fait le Gouvernement ?

Ce que nous notons comme initiatives et actions du Gouvernement nous donne des raisons d'espérer. Mais, il faut avoir le courage de le dire, nous sommes loin d'être satisfaits. C'est vrai, beaucoup de chantiers qui étaient à l'arrêt (Cedaf, routes, pistes) bougent dans le bon sens : l'hôpital de 250 lits, la sphère administrative, la gouvernance, les services, la résidence du Préfet, la préfecture, les logements, l'héliport, le lycée d'excellence, etc. Néanmoins, il y a des projets de 2012 qui sont encore à l'état de promesse. Et ce n'est pas juste ni équitable. Ce n'est pas juste que Kaffrine obtienne moins que les autres capitales régionales. Là ou des communes comme Passy ou Gossas ont eu au minimum 6,9 km de routes, Kaffrine n'en a eu que deux. Dans le domaine de l'électrification rurale, nous restons toujours derrière avec 20 %. Comment se développer dans ces conditions ? L'Université Sine-Saloum a été une promesse de 2012, c'est maintenant que les travaux ont démarré. La Brigade des Sapeurs-pompiers, que nous avons dotée de locaux et d'eau gratuitement, n'a pas de matériel adéquat pour s'acquitter de sa mission. Donc, il y a un mauvais portage des préoccupations de la région bien qu'il y ait la volonté politique du Président de la République.

Et sur le terrain, les logiques de positionnement entre apéristes et socialistes n'arrangent visiblement pas la situation...

Oui, et c'est bien dommage. Pendant que tous les fils de Kaffrine doivent se mettre ensemble pour travailler pour le développement de la région, nous avons l'impression qu'il y a des gens qui veulent isoler les vrais compagnons du Chef de l'État. Et je le dis avec force, si Macky Sall laisse passer la situation qui prévaut à Kaffrine, cela fera tache d'huile partout au Sénégal. Si Macky Sall laisse l'Apr provoquer et humilier les alliés de première heure loyaux, cela fera tache d'huile à travers le Sénégal. Le résultat sera une désaffection populaire. Loin de nous l'idée d'exercer une quelconque pression sur le Président Sall. Mais, il y a un fait : il ne reçoit que les responsables Apr de Kaffrine, laissant en rade les alliés, nous qui avons tout risqué en assumant notre compagnonnage. Et sur le terrain, les Apéristes nous toisent et rivalisent avec nous dans nos bases. Tout cela me pousse à dire au Président de faire attention. Les risques sont énormes pour la coalition.

Que reprochez-vous concrètement aux responsables Apr de Kaffrine ?

J'ai constaté qu'ici, à Kaffrine, il y a des apéristes qui ne répondent plus aux convocations du Conseil municipal. Et quand vous les appelez ou qu'ils vous appellent, ils vous disent que c'est un mot d'ordre du parti. Nous avons constaté, à deux reprises, que le Président de la République, Président de notre coalition, a reçu les responsables locaux de son propre parti. Malheureusement, dans la presse, il avait été donné l'impression que les Maires et responsables socialistes de la région avaient boycotté cette rencontre ; qui était totalement faux et déloyal. La vérité, c'est qu'on ne nous avait pas informés. On nous a fait comprendre que c'était une réunion entre responsables Apr de Kaffrine et le Président Sall. Et nous avions pris bonne note. Personnellement, bien que responsable régional Ps de Kaffrine, je n'ai jamais gêné le Président ou l'Apr, alors que les problèmes ne manquent pas. Nous avons toujours pris position pour dissuader et convaincre nos camardes à ne pas se quereller. Le Président n'a pas encore fait une année depuis sa réélection et nous avons l'impression que son parti veut faire cavalier seul aux prochaines échéances électorales. Nous alertons. Attention !

La situation que vous dénoncez peut-elle aller jusqu'à engendrer la rupture entre le Ps et l'Apr à Kaffrine ?

Nous sommes dans une coalition, rien ni personne ne nous y engage sinon nos personnes et nos décisions souveraines. En 2019, le Ps avait constitué ses bases. Ici, à Kaffrine, notre parti avait dit qu'il voulait investir Macky Sall. Et à l'échelle nationale, cette volonté a été suivie. Nous avons battu campagne pour lui après l'avoir parrainé, et nous avons obtenu de très bons résultats. Par la grâce de Dieu, il a été réélu. Ce mandat est donc le nôtre. En 2012, nous n'avions pas le choix. Nous étions obligés, pour respecter notre parole donnée, de voter au second tour pour Macky Sall. Heureusement que pendant sept ans, nous avons cheminé ensemble. Cela nous a valu beaucoup de problèmes. Mais, nous sommes restés debout, droits sur nos bottes et fidèles à notre ligne. Et c'est ce que nous voulons continuer. Ousmane Tanor Dieng, avant de partir, nous avait demandé de demeurer conséquents avec nous-mêmes en restant loyaux. Nous serons dans cette loyauté jusqu'au bout. Qu'on nous le rende ou non, nous serons loyaux.

Socialistes et apéristes de Kaffrine iront donc ensemble aux élections locales ?

Je le répète, la ligne du Ps est de chercher à faire tout ce qui est possible pour la réussite de Macky Sall. Nous allons le faire jusqu'à la fin de ce mandat dans le cadre de la grande coalition présidentielle. Toutefois, pour être ensemble, il faut accepter loyalement d'être ensemble. Et si cela n'est pas possible, chaque camp prendra ses responsabilités. Nous l'avons vécu dans le passé. En 2014, Benno ne voulait pas aller avec moi à Kaffrine. Nous sommes allés seuls à Kaffrine, Kahi et Katiotte. Et cela ne nous a pas empêchés de nous retrouver, par la suite, autour de l'intérêt supérieur du pays. Au Ps, on s'applique les vertus de loyauté et de fair-play. Et une fois la victoire acquise ou la défaite constatée, on se retrouve pour l'essentiel. Voilà pourquoi nous invitons les Sénégalais à croire au dialogue et à tout faire pour que le Dialogue national aboutisse. Parlons-nous dans le respect, le patriotisme et le sens élevé des responsabilités tout en ayant une claire conscience des urgences. Nous devons tout faire pour conforter le leadership de Macky Sall et l'exemplarité du Sénégal à travers le monde.

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