Congo-Kinshasa: Patrice Emery Lumumba, la plus grande bavure effacée par les grandes actions - Le génocide des Baluba

Ce 17 janvier 2020, la République démocratique du Congo a célébré la commémoration de l'assassinat du tout Premier ministre du Congo indépendant. Un vrai nationaliste opposé à la balkanisation de son pays.

A son sujet, j'ai beaucoup apprécié les posts lui consacrés par la bibliothèque humaine Didi Mitovelli. Cela m'a beaucoup enchanté. Mort décidé par les Occidentaux qui voyaient en lui un communiste, et qu'il fallait l'accuser de rage pour le noyer. C'est ce que j'ai cru comprendre.

Tenez! En 1958 je n'avais que 10 ans. Je n'avais donc pas l'âge de discernement, mais je voyais, j'observais, j'entendais sur ce qui se disait sur l'indépendance. A cette époque à Luluabourg, actuelle Kananga, nous ne connaissions dans le MLC que Patrice Emery Lumumba et Albert Kalonji comme têtes d'affiche.

Je ne voudrais pas parler de ce que je connais aujourd'hui et de ce que j'ai lu dans ma vie d'adulte, mais de ce que j'ai enduré à cette époque des turbulences politiques comme souffrance. Brusquement, Lumumba et Kalonji se sont brouillés. Et les tensions tribales naissent dans la province du Kasaï. Avec l'Association Lulua-Frères d'un côté, Konga Muluba de l'autre. Et puis il y a les Batetela associés aux Lulua.

C'est le début des troubles où les Lulua commencent à attaquer les Baluba aux cris de « Baluba yayi kuenu ». Nos parents nous disaient que ce sont les Belges qui intoxiquaient ces derniers sous prétexte que les Baluba vont les dominer si le pays accède à l'indépendance.

Ces deux tribus sœurs ont donc commencé à s'entretuer. Les Lulua ont même brûlé des villages entiers construits par les Baluba dans les actuelles provinces du Kasaï Central et du Kasaï. Il y a eu beaucoup de morts et d'atrocités.

Il sied de noter que ce sont les Baluba qui occupaient les meilleurs postes de travail dans tous les domaines, dans le commerce, qui avaient construit de belles maisons à Luluabourg Kananga.

Il ne restait qu'une solution : l'exode. Les Baluba ont donc tout abandonné pour fuir vers la contrée de leurs aïeux où il n'y avait que des villages, des cases en chaume, pas de magasins, pas de logis viables. Beaucoup d'entre eux passaient la nuit à la belle étoile, affrontant la chaleur le jour, et le froid la nuit. Ceux qui dormaient à la guerre de Mwene-Ditu étaient à plaindre.

C'est dans ces conditions-là que ces damnés de la terre, déplacés ou « Bena-tshimuangi » ont entendu la proclamation de l'indépendance le 30 juin 1960, et la nomination de leur leader Albert Kalonji comme ministre de l'Agriculture. Un poste qu'il refusa.

Puisque je faisais partie de ces malheureux déplacés, je note que dans l'actuelle Kasaï Oriental, il n'y avait pas d'armée. Mais seulement des policiers à Bakwanga, à Mwene-Ditu et à Kabinda.

C'est donc dans ces conditions infra humaines que ces pauvres gens chassés de Kananga ont été stupéfiés de voir des bataillons de l'Armée nationale congolaise débarquer à Bakwanga, l'actuelle Mbujimayi en provenance de Léopoldville, Kananga, et atterrir à la gare de Mwene-Ditu.

Dans cette expédition punitive décidée par Lumumba, ils n'ont trouvé aucun militaire sur place, aucune milice armée. Ces soldats féroces ont commencé d'abord par provoquer la paisible population en violant les femmes mariées, en arrachant des poules et des chèvres.

Et puis, ils sont passés à l'action en tuant des gens qui ne comprenaient pas pourquoi on les exécutait par les soldats de Lumumba. Quand Odia David a voulu leur demander la raison de ces représailles, ils lui ont fait subir une mort on ne peut plus atroce.

Ces soldats sans passion ont profané des églises comme celles de Bonzola et de Tshilenge où ils ont massacré de sang froid les déplacés de Kananga qui étaient allés s'y abriter. Il faisaient du porte-à-porte pour décimer les des familles dans les maisons.

Pendant ce carnage Albert Kalonji se trouvait à Lubumbashi où il envoyé des messages d'encouragement par la voix des ondes. Les familles qui tenaient à la vie sont allées se cacher dans la brousse. Les cadavres jonchaient partout, c'était la puanteur, un grand cimetière à ciel ouvert.

Vraiment une expédition punitive, quand on constate que ces brutes sont entrées dans la maternité de Bonzola où ils ont éventré des femmes enceintes, achevé des nouveau-nés à la baïonnette. Un véritable génocide planifié par Patrice Emery Lumumba, qu'on ne veut jamais dénoncer. C'est révolté par ceux qui étaient venus décimer leur ethnie que des jeunes Baluba se sont rassemblés pour aller affronter ceux qui avaient reçu la mission de décimer leur tribu.

Ils n'avaient pour armes que des machettes, des javelots en bambous, de lances. Vraiment insignifiant pour affronter toute une grande armée munie d'armes d'assaut et d'armes lourdes. Bien qu'encouragés derrière par les « Bedi ba kasala » et les batteur de « tshiondo ». Ils furent tous fauchés à Kasengulu. Kasengulu, Kasengulu, vallée qui vit tomber des vaillants fils Baluba sans armes.

C'est choqué par ce carnage que des militaires Baluba qui étaient au Katanga descendirent vers Bakwanga pour sauver leurs frères et sœurs qu'on était en train d'exterminer.

Mais avant qu'ils arrivent, les militaires lumumbistes commençaient à plier bagages. Ce n'est qu'après ce génocide qu'Albert Kalonji Mulopwe, Albert Ngalula Mpanda Njila sont arrivés à Bakwanga pour créer l'Etat autonome du Sud-Kasaï. Mais à vrai dire, il n'y a jamais eu de sécession. Cela, du fait que le Sud-Kasaï n'a jamais frappé sa propre monnaie, mais continuait à utiliser la monnaie nationale.

En bref, Lumumba est resté un bourreau dans la mémoire des Baluba de cette époque. Mais ça sera bientôt oublié, car cette génération-là, dont je fais partie, va bientôt disparaître. Et aucun livre n'a été écrit sur cette tragédie kasaïenne.

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