Congo-Kinshasa: Deatra L. Neal - « Les industries créatives et culturelles sont aussi essentielles à la croissance économique que les progrès technologiques »

interview

Deatra L. Neal est la fondatrice de Feed Woldwide. Elle passe le clair de son temps à inciter les pays pauvres au développement. Dans cette interview exclusive avec LePotentielonline, elle invite la RDC à la consolidation de son partenariat avec les États-Unis afin de booster sa croissance économique. A cet effet, elle met un accent particulier sur les industries créatives et culturelles comme facteur du développement. Décryptage

Vous avez mené vos recherches dans le domaine socio-économique au niveau mondial. C'était pour quelle finalité?

En tant que chercheuse, je suis tombée sur une pléthore d'études menées dans le monde pour trouver des moyens de renforcer les communautés marginalisées et en détresse et de développer les économies locales. Les changements sociaux, économiques et politiques sont au cœur de ces mandats, et certains sont très efficaces. Mais la réponse ne réside pas seulement dans ces systèmes qui sont empreints de mécanismes destinés à maintenir les esprits piégés et isolés dans le passé.

Sur le plan technologique. Quel est le rôle joué par la RDC au cours des dernières décennies ?

Au cours des dernières décennies, il est à noter que l'industrie des technologies a ouvert la voie à la prospérité économique pour de nombreux pays, et la RDC a certainement joué un rôle complexe dans cette croissance mondiale avec l'extraction de ses ressources naturelles pour aider à la production de produits tels que les téléphones cellulaires.

À l'exception de l'informatique, quelle est autre savoir-faire pouvant booster l'économie mondiale en général et celle de la RDC en particulier ?

La RDC devrait commencer à faire appel à ses jeunes générations pour être à la pointe des nouvelles avancées technologiques. Ayant passé plus de 20 ans à travailler dans le domaine des technologies de l'information, je sais que la créativité est essentielle pour faire avancer les progrès technologiques. Pourtant, l'informatique et les télécommunications ne sont pas les seules industries qui peuvent renforcer les pays en développement. Les industries créatives et culturelles sont aussi essentielles à la croissance économique que les progrès technologiques. Bien que ces secteurs soient encore en développement, ils offrent déjà de puissants compléments aux domaines comme de l'agriculture et de la technologie. Les secteurs créatifs et culturels peuvent offrir des avantages financiers considérables pour les économies locales, régionales, nationales et mondiales.

Vous avez affirmé que les industries créatives et culturelles sont des secteurs avantageux pour la croissance économique. Comment expliquez-vous cela ?

En 2015, Ernest & Young a mené une étude sur onze secteurs créatifs et culturels (CCI) en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique latine, au Moyen-Orient et dans le Pacifique Sud, a révélé que ces secteurs génèrent 3 % du PIB 'mondial, des revenus estimés à 2 250 milliards de dollars et créent plus de 29,5 millions d'emplois dans le monde. On estime que l'industrie du savoir génère plus de 360 millions de dollars de revenus par jour. La fusion de ces industries serait en effet lucrative, et peut établir des points d'ancrage solides sur lesquels construire l'économie de la RDC.

Comment faire pour « injecter » les industries créatives et culturelles ?

Cela va se faire par le partenariat. Le nouveau partenariat USA-RDC est une excellente occasion de tirer parti des ressources locales afin de créer et d'étendre les industries créatives et culturelles de la RDC', qui à leur tour feront croître son économie globale. Mais comment sera-t-il maintenu ? Je crois que la durabilité dépend d'importants changements de mentalité pour faire tomber les barrières historiques et générationnelles.

Que doivent faire les dirigeants congolais pour mettre leur pays au diapason des défis du 21ème siècle ?

Vous devez savoir que le simple fait de donner aux gens des emplois et l'accès aux soins de santé et à la technologie limite encore sa capacité à soutenir une société globale. Il doit y avoir un changement dans la façon dont les gens se perçoivent, comprennent leur passé et envisagent les possibilités de leur avenir. Les implications psychologiques du passé doivent être prises en compte et reconnues afin de saisir pleinement les opportunités qui s'offrent à nous. Certaines choses doivent être redéfinies, réévaluées et réévaluées, et cela commence par la propre auto-évaluation de chaque personne.

C'est vrai non seulement pour la population de la RDC, mais aussi pour les Noirs américains et tout autre groupe de personnes qui ont dû faire face à l'oppression et aux souffrances de toutes sortes d'une génération à l'autre.

Quelle est la mission de votre organisation ?

De nombreux pays africains regorgent de ressources naturelles, certes, mais la ressource la plus précieuse est leur population. Vibrant, plein de culture et de créativité, intrinsèquement créatif. Mon but n'a jamais été simplement d'inspirer les gens. Comme nous l'avons fait dans différents pays, la mission de mon organisation est d'aider à transformer la vie du peuple congolais. Nous le faisons en les encourageant d'abord à une rétrospection, puis aider à faire la transition de la créativité à l'innovation.

En encourageant le peuple congolais, vous misez sur l'innovation...

Bien sûr ! L'innovation, c'est mettre la créativité en action. Je suis certaine que nous allons voir la manifestation des idées brillantes et étonnantes, qu'il s'agisse d'une entreprise, d'un projet de film, de musique, d'un produit ou d'un service. Cette opportunité avec le partenariat USA-RDC est un moyen pour les Congolais d'innover ! Tout ce qu'il faut, c'est de l'accès, des ressources et des opportunités.

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