Libye: La vérité enfin sur le pays ?

La chancelière allemande, Angela Merkel, prend la parole à la Conférence de Berlin sur la Libye aux côtés du Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres (droite)

A l'heure où sont imprimés nos deux quotidiens Les Dépêches de Brazzaville et Le Courrier de Kinshasa, ce dimanche 19 janvier 2020 en milieu d'après-midi, nul ne sait encore ce qui sortira du débat pour le moins animé qui se tient à Berlin entre plusieurs chefs d'Etat à l'initiative de la Chancelière allemande Angela Merkel.

Les deux ennemis jurés que sont le chef du gouvernement d'union nationale Fayez al Sarraj et le Maréchal Khalifa Haftar étant en principe présents dans la capitale allemande même s'ils ne sont pas assis autour de la même table, il n'est pas impossible qu'un accord fragile se conclue sous la pression de la communauté internationale. Nous en saurons plus dès ce lundi 20 janvier.

Mais, en attendant, quelques vérités s'imposent sur ce qui se passe depuis neuf ans dans ce vaste pays d'Afrique du Nord après que le guide libyen Mouammar Kadhafi ait été assassiné sur ordre de la France, de l'Angleterre et des Etats-Unis. Les voici résumées en quelques phrases.

Contrairement à la thèse défendue par les auteurs de l'assassinat programmé du Guide libyen, le but poursuivi n'était pas de libérer la Libye du joug d'un dictateur qui avait réussi à unifier ce pays et à en faire une puissance régionale. Il visait à protéger les intérêts des puissances occidentales dans cette partie stratégique du continent africain que Mouammar Kadhafi était décidé à remettre en question au profit de puissances comme la Russie. Il visait aussi sans doute, mais cela les enquêtes en cours en France finiront tôt ou tard par le confirmer, à empêcher le Guide d'exercer un chantage mortel sur le président français d'alors, Nicolas Sarkozy, que visent aujourd'hui une série d'enquêtes concernant le financement de sa campagne électorale par la Libye (1).

2. Loin de permettre l'avènement progressif d'un système démocratique comme le prétendaient les auteurs de cet assassinat programmé, la disparition de Mouammar Kadhafi a plongé la Libye dans un chaos dont elle s'avère incapable de sortir avec ou sans aide extérieure. Ceci parce qu'en réalité des puissances extérieures comme la Turquie, l'Italie, la France, la Russie, l'Egypte, l'Arabie Saoudite, les Etats-Unis s'efforcent de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Un capital gigantesque dont le contrôle total ou partiel procurerait des bénéfices considérables aux Etats qui agissent en sous-main dans ce but. Pour dire les choses de façon claire, il existe un abîme entre les nobles intentions affirmées par les puissances extérieures et la réalité sordide que paie le peuple libyen au prix fort.

3. L'erreur historique commise par les vrais acteurs de cette tragédie humaine est d'autant plus forte que la chute du Guide libyen a plongé l'immense zone Sahel-Sahara dans un désordre sur lequel surfent maintenant les mouvements salafistes, les milices islamiques et surtout les mafias en tout genre qui s'enrichissent sur la misère humaine. Avec, comme conséquence, d'une part, une montée de la violence sur le terrain que les pays du G5 Sahel et la France s'avèrent incapables de gérer comme vient de le confirmer le Sommet de Pau organisé par le président français Emmanuel Macron ; et, d'autre part, une ruée des migrants africains vers les côtes méditerranéennes que les pays européens ne pourront pas maîtriser avec une montée du populisme au sein de leur population qui finira plus vite qu'on ne le croit par menacer leur propre unité.

Conclusion de tout ceci : il est fort peu probable que le Sommet de Berlin sur la Libye, dont nous publierons les conclusions dans notre numéro qui paraitra demain, marque un tournant dans la quête de la paix sur ce vaste espace. Il convient donc seulement d'espérer que ces vérités peu agréables auront été exprimées par l'un ou l'autre des hommes d'Etat présents à Berlin. Autrement dit que la vérité commence à se faire entendre au sommet de la communauté mondiale.

Voir le dossier publié ce week-end dans les colonnes du quotidien français Le Monde : « Affaire libyenne : à la poursuite de l'argent versé aux Sarkozystes ». Pages 10 et 11.

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