Congo-Kinshasa: Dividende démographique - Comment les Africains peuvent-ils libérer leur force créatrice pour le progrès social ?

Le dividende démographique est la part du revenu national générée par l'accroissement de la population, lorsque les politiques appropriées sont mises en œuvre pour transformer les unités additionnelles en force productive.

En principe, la montée de la part des jeunes dans la population augmente la capacité productive par habitant et offre la perspective d'un «dividende démographique », c'est-à-dire une période limitée permettant une croissance rapide des revenus et une réduction de la pauvreté.

Selon Sam Pitroda, Président de la Commission Nationale Indienne de la Connaissance : « la jeunesse ne peut être un atout que si l'on investit dans ses capacités. Faute dudit investissement, elle devient un fardeau social et économique».

De ce point de vue, les pouvoirs publics se doivent de former et d'organiser les masses, afin d'en faire des agents de développement et de l'amélioration du bien-être général. Cet objectif suggère l'élaboration des politiques économiques pouvant assurer la participation de chaque citoyen à l'activité économique en vue de mener «a cultured life».

Tout près de nous, le Président Laurent Désiré Kabila avait initié en 1998, les Comités de pouvoir populaire, en sigle « CPP », afin de doter le peuple congolais d'institutions d'autogestion de leur espace socioéconomique et politique. Cette stratégie était inspirée de l'idéologie socialiste, selon laquelle la position et le rôle des masses populaires dans une société ne peuvent réellement s'accroître qu'au fur et à mesure de leur restructuration sous la direction d'un leader. L'organisation et l'unité étant le secret de la force créatrice des masses.

Cependant, les bénéfices économiques de la poussée démographique ne se réalisent qu'avec la bonne gouvernance, notamment avec des réformes socioéconomiques et politiques idoines.

Il faudrait initier un diagnostic macroéconomique pour relever les obstacles majeurs à la croissance économique, et élaborer des politiques payantes en termes de réduction de la pauvreté de masse. A cet effet, il convient d'identifier les réformes qui touchent aux fondements mêmes de la croissance économique, à savoir l'accumulation de capital et l'esprit d'entreprise.

Les gouvernements ne devraient plus se disperser dans des objectifs diffus, mais établir une priorité des réformes en fonction des secteurs à fort potentiel, par exemple l'agriculture, pour leur fournir les institutions et les infrastructures dont ils ont besoin pour se développer.

En cela l'Afrique gagnerait à étudier avec soin l'exemple de l'Inde et de l'Indonésie qui ont consacré une grande part du revenu national à l'éducation des jeunes. L'Inde est le deuxième pays le plus peuplé au monde, et sa population totale âgée de 15 à 24 ans est la plus élevée et en perpétuelle augmentation. A 238 millions, elle représente une redoutable machine économique à condition qu'elle soit formée.

Plus fondamentalement, ce qui différencie les pays qui réussissent de ceux qui régressent, est l'existence d'un processus permanent d'apprentissage qui permet aux entreprises, aux secteurs et, en définitive, à l'ensemble de l'économie de réaliser pleinement son potentiel. Les pouvoirs publics doivent prioritairement bâtir un système éducatif efficace et assez innovant pour aider les citoyens à prendre en main toutes les branches de l'économie nationale. Promouvoir une « société d'apprentissage », telle est la nouvelle perspective quant à la manière dont l'Etat peut stimuler la croissance et le bien-être collectif.

A travers l'histoire de l'humanité, le progrès résulte de l'aptitude des gouvernants à mobiliser les chercheurs scientifiques, les techniciens, les artistes et les médias dans de vastes programmes de développement des institutions sociopolitiques, ainsi que des infrastructures socio-économiques et militaires. Cela explique, pour une large part, le rayonnement de l'Egypte pharaonique, du Royaume de Kouch, de la civilisation d'Axoum, des cités grecques antiques, de l'Empire romain, de l'Europe occidentale, de l'Union soviétique, de la superpuissante Amérique et de la Chine émergente.

En ce qui concerne les pays africains, l'édification de la « nation scientifique » partira de la construction d'une grande université dans chaque province. Ensuite, il serait question de doter ladite institution d'équipements et du personnel rigoureusement sélectionné, en faisant également appel à la diaspora et en encourageant la naturalisation d'experts étrangers.

Dans cette optique, les centres universitaires de recherche pourront encadrer les promoteurs d'entreprises en leur offrant les études de faisabilité, les investigations socio-économiques, les démarches administratives et fiscales...

De nos jours, il est loisible aux pays du tiers-monde d'accéder aux connaissances scientifiques mondialement disponibles, à l'effet de renforcer leur capacité d'innovation et leur productivité, grâce aux progrès des technologies de l'information.

Les grands pays comme l'Egypte, l'Algérie, l'Ethiopie, le Nigéria, la République Démocratique du Congo, la Tanzanie et la République Sud-Africaine n'auront de cesse que leurs économies soient rigoureusement réformées, afin de jouer le rôle «d'oies de tête» devant entraîner l'essor économique de tous les pays qui coopèrent dans le cadre des blocs régionaux. Il leur revient la mission ambitieuse de promouvoir une intégration vertueuse et une augmentation du volume des échanges de biens, des services et des capitaux, à travers l'exploitation optimale de leur potentiel, le transfert technologique, le relèvement de la productivité générale des facteurs, la saine concurrence, la spécialisation économique, la réalisation des économies d'échelle et la diffusion des effets de la croissance dans les autres pays.

Pour ce qui nous concerne, le système coopératif, en garantissant les droits de la personne humaine sur le plan économique, peut contribuer à galvaniser les masses, en libérant leurs énergies créatrices pour le progrès social. Le mouvement coopératif pourra jouer un rôle transversal et catalyseur dans le développement de l'économie nationale en menant les actions suivantes : institution des structures d'autogestion et de solidarité, formation et participation de tous à l'activité économique, professionnalisation des métiers du secteur informel, mutation agricole, croissance de l'épargne et du revenu, intégration des structures socio-économiques, décentralisation économique et politique, création d'une nouvelle classe d'entrepreneurs, édification des incubateurs d'entreprises communautaires et moralisation de la vie économique de la région.

En hissant les principes coopératifs au niveau national et sa devise : « l'union fait la force », les pays comme la Suisse, l'Israël et le Danemark ont relevé la dynamique de production de tous leurs citoyens.

A tout prendre, la réforme coopérative est une approche tridimensionnelle qui inclut : amélioration du système éducatif, coopération agricole et financiarisation du monde rural, ayant pour objectif la transformation des collectivités locales en véritables pôles de croissance et du progrès social.

Ainsi entraînés dans la même vision d'avenir, les gens du peuple pourront transcender leurs divisions ethniques, pour devenir des vrais entrepreneurs et des partenaires de l'Etat dans la réalisation des investissements publics visant les infrastructures de base et les services sociaux. Et pareillement, ils seront des partenaires pour les investisseurs internationaux et des organismes multilatéraux de développement. Pour l'agriculture, la stratégie coopérative s'impose du fait qu'en Afrique, l'agriculture obéit à la discipline du groupe (activité communautaire).

Par ailleurs, la réforme coopérative relèverait le standard moral dans toute la société. Cette promotion du puritanisme et du civisme amènerait les couches populaires à devenir une force créatrice de la croissance économique. Suivant la philosophie morale d'Adam Smith, la vertu est le point de départ de toute action pour l'épanouissement de l'humanité sous tous les aspects de l'existence.

Aussi, l'évolution récente de l'économie mondiale a-t-elle mis en évidence la nécessité de restaurer les valeurs morales dans la gouvernance économique. Face aux conséquences catastrophiques de la crise financière sur la vie des citoyens à travers le monde, l'opinion internationale s'est insurgée contre l'insouciance extrême et le « court-termisme » des traders, tout en rejetant le modèle économique qui place le profit à court terme au-dessus des intérêts des parties prenantes que sont les travailleurs, les clients, les actionnaires minoritaires, le tiers-monde, l'environnement naturel et la société en général.

Autant que faire se peut, les pays africains pourront suivre les traces de la Norvège, l'un des pays les plus riches au monde, qui a bâti sa démocratie sur la probité et la simplicité, avec une classe politique des plus sobres, qui se veut irréprochable suivant la tradition protestante. Si bien que les citoyens ont ordinairement un contrôle sur les comptes et patrimoines de tous les gouvernants.

En effet, les institutions démocratiques modernes ont été renforcées par la doctrine chrétienne qui prône l'instauration d'un régime solidement fondé sur le droit et la justice. Bien plus, elle exhorte les politiques et les fonctionnaires à la neutralité afin que les services publics ne fassent aucune discrimination de traitement entre les usagers, ni favoritisme en faveur des membres d'un parti politique, d'une tribu, d'une ethnie, d'une confession religieuse...

Face au dérèglement des institutions sociopolitiques et à la montée de la violence, les vrais citoyens, fils de Dieu, enfants de lumière, se doivent d'être actifs et toujours en première ligne dans la lutte pacifiste contre la dépravation des mœurs. Se démarquant de leur génération, ni par la force, ni par la bravoure, mais par l'Esprit Saint (Zacharie 4 : 6-10), ils doivent puiser dans la vraie sagesse que sont les écritures saintes (2 Timothée 3 : 1-16) pour démasquer et dénoncer les pratiques honteuses des ténèbres et tous les « souldestroyingstrategies», renonçant à l'immoralité et à la cupidité, exaltant l'amour du prochain dans toute leur démarche (Ephésiens 5 : 1-14).

Cela constitue un apport sans pareil dans la lutte contre la mauvaise gouvernance et les inégalités économiques, et ainsi, la voie royale de bonification du dividende démographique.

Albert Lutete Mvuemba

Expert Economiste Indépendant

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