Madagascar: Peur la bonne cause

« Notre maison brûle » ! Jacques Chirac, en prononçant ce constat, a peut-être fait preuve d'une capacité de perception plus large que la moyenne de l'humanité mais il n'était ni le premier ni le dernier Cassandre à sortir des mots, que l'insensibilité générale a rendus inaudibles, sur l'apocalypse qui gagne de plus en plus de poids dans la balance de notre survie, un fléau comparable à l'épée qui a surplombé la tête de Damoclès et simplement retenue par le crin d'un cheval.

Le réchauffement climatique est, n'en déplaise aux climatosceptiques, une menace réelle, non sortie d'un quelconque terreau culturel comme les monstres qui hantent, depuis la préhistoire, l'inconscient collectif de la race humaine. Ce monstre-là est bien vivant, plus sanguinaire que les crocs les mieux acérés de ces créatures de l'imagination de l'homme.

Mais paradoxalement et pour notre plus grand malheur, l'effroi qu'il inspire est en-deçà du dérisoire comparé à la terreur alimentée par les loups-garous, vampires, géants, ... qui peuplent les cauchemars de nos enfants. Malgré les morsures innommables de la chaleur dont le degré atteint un pic quand la bête féroce se met à cracher du feu, ce prédateur planétaire, peine à sortir du rayon indifférence dans lequel l'homme l'a confiné. Récemment Madagascar a été la victime de ce monstre qui nous a inondés de ses munitions liquides dont l'abondance a gâché les premières semaines de l'année 2020.

Et alors qu'on persévère dans cette mortelle indifférence, le sentier d'une sixième extinction de masse s'éclaircie graduellement. Le dernier fait d'arme notable a été ce sujet qui a brûlé l'actualité internationale : l'Australie dévoré par les flammes sous-estimées par le gouvernement climatosceptique de Scott Morrison.

Les conséquences de ce réchauffement affectent plus que jamais l'homme mais les bras demeurent obstinément croisés. Le protocole de Kyoto, les différentes COP n'ont chacun, jusqu'ici, accouché que d'une souris : la catastrophe écologique en marche est l'objet d'une attitude où la considération sérieuse est exclue. Aucune peur ne s'empare de nous malgré le spectacle permanent de l'agonie de la nature. Persister dans cette fermeture forcée des yeux, continuer de les obliger à éviter les larmes que la peur ferait couler, c'est maintenir la dynamique de ce suicide collectif mondial.

Appeler et recevoir la peur serait l'attitude idoine à adopter ? C'est en tout cas la leçon donnée par Hans Jonas dans son livre-phare Le Principe responsabilité (1979). Une leçon intitulée « Heuristique de la peur » : éviter la catastrophe en l'anticipant, ne pas ignorer la possibilité du pire, ce qui est la posture générale face à la menace, mais prévoir sa possible arrivée.

Plus de: L'Express de Madagascar

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