Libye: L'Europe discute de l'envoi d'une force internationale

L'Union européenne a commencé à débattre, le 20 janvier, d'une contribution de l'organisation à y déployer des troupes après la conférence de Berlin, au cours de laquelle plusieurs dirigeants s'étaient dits ouverts à l'idée d'une mission internationale, pour aider à garantir le cessez-le-feu dans le pays.

Réunis à Bruxelles au lendemain de la rencontre de Berlin, les Européens se sont penchés sur leur contribution à la mise en œuvre de l'accord international conclu à Berlin pour relancer les efforts de paix en Libye. Ils ont, à l'occasion, tenté de convaincre l'Italie de relancer l'opération navale Sophia pour contrôler l'embargo sur les armes à destination de ce pays.

Lors de la conférence de Berlin, les principaux Etats concernés par le conflit en Libye ont, dans une déclaration finale, promis de respecter l'embargo sur les livraisons d'armes à la Libye, décrété par l'ONU en 2011, et de ne plus interférer dans ses affaires intérieures pour tenter de ramener la paix dans ce pays déchiré par la guerre civile. Ce qui s'avère important au moment où les deux rivaux directs, Fayez al-Sarraj, le chef du Gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par l'ONU à Tripoli, et son rival qui contrôle l'est libyen Khalifa Haftar, ne sont pas prêts à enterrer la hache de guerre : ils ont refusé de se rencontrer lors de la conférence qui était placée sous l'égide de l'ONU.

Malgré cela, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est félicité de ce qu'à Berlin, les dirigeants de onze pays, à commencer par la Russie et la Turquie qui jouent un rôle-clé en Libye, ont souligné dans une déclaration commune « qu'il n'y a pas de solution militaire au conflit ».

« Tous les participants se sont engagés à renoncer à des interférences dans le conflit armé ou les affaires intérieures de la Libye », a indiqué le chef de l'ONU, alors que la Turquie soutient militairement le GNA et que la Russie, malgré ses dénégations, est soupçonnée d'appuyer le maréchal Haftar, aux côtés de l'Egypte, de l'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis.

Paris demande l'arrêt de l'envoi de combattants pro-turcs en Libye

Le président français, Emmanuel Macron, soupçonné par ses alliés européens de soutenir militairement le maréchal Khalifa Haftar, a demandé l'arrêt de l'envoi de miliciens syriens pro-turcs et de militaires turcs pour soutenir le GNA.

« Je dois vous dire la vive inquiétude que m'inspire l'arrivée de combattants syriens et étrangers dans la ville de Tripoli, il faut que cela cesse », a-t-il affirmé.

Si pour le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, qui avait fait également le déplacement de la capitale allemande, des « progrès » ont été faits vers « un cessez-le-feu complet » en Libye même « s'il reste des questions » sur la capacité d'en vérifier la réalité sur le terrain, le ministre russe des Affaires étrangères a, quant à lui, noté que le fossé restait béant entre les deux principaux protagonistes de la crise libyenne. « Il est clair qu'on n'a pas réussi pour l'instant à lancer un dialogue sérieux et stable entre eux », a-t-il déclaré à la presse à Berlin.

Hormis les appels à la cessation des ingérences extérieures, au respect de l'embargo sur les armes et au cessez-le-feu permanent, les puissances mondiales et les principaux pays impliqués dans le conflit libyen se sont accordés pour la dissolution des milices en Libye. La déclaration commune prévoit « le désarmement et le démantèlement des groupes armés et des milices dans le pays, suivi par l'intégration de leurs membres dans les institutions civiles, sécuritaires et militaires » du pays. L'ONU est invitée à appuyer ce processus.

Le texte évoque aussi les questions des droits humains et des migrants. Il exhorte « toutes les parties libyennes au respect total du droit humanitaire international et des droits de l'homme ». De plus, la déclaration qui devrait être soumise en tant que résolution devant le Conseil de sécurité appelle à « mettre un terme aux pratiques de détention arbitraire et (...) à fermer progressivement les centres de détentions des migrants et des demandeurs d'asile ».

Les participants ont, par ailleurs, souligné l'importance de l'unification des institutions libyennes, en particulier la Banque centrale libyenne et la Compagnie nationale de pétrole (NOC). Ils ont appelé toutes les parties à garantir la sécurité des installations pétrolières, et souligné leur « refus de toute tentative d'exploitation illégale des ressources énergétiques ».

Depuis la reprise des combats entre camps rivaux en Libye en avril 2019, plus de 280 civils et 2.000 combattants ont été tués et plus de 170.000 habitants ont été déplacés, selon l'ONU. Le pays est dans le chaos et miné par les violences et les luttes de pouvoir depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

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