Afrique: Davos 2020 - Un nouveau rapport inquiétant d'Oxfam sur les inégalités dans le monde

Forum économique de Davos

Ce nouveau rapport publié le 19 janvier 2020, indique que les 1 % les plus riches possèdent plus de deux fois les richesses de 6,9 milliards de personnes (90 % de la population mondiale).

Oxfam note que les milliardaires du monde entier, soit 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale. Avant de préciser que dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses plus que les femmes. Alors que, ces dernières assurent plus des 3/4 du travail domestique non rémunéré et comptent pour 2/3 des travailleurs dans le secteur du soin.

A la veille du Forum économique mondial de Davos (Suisse) qui rassemble les grands décideurs économiques et politiques du monde, l'Ong canadienne Oxfam révèle dans son rapport annuel sur les inégalités mondiales, « Celles qui comptent », que les 1% les plus riches du monde possèdent désormais plus du double de la richesse de 6,9 milliards de personnes, soit 92 % de la population mondiale.

Pour Oxfam, une minorité d'hommes blancs se taille la part du lion au détriment du plus grand nombre, à commencer par les femmes et filles. A ce jour, lit-on dans le rapport, « près de la moitié de la population mondiale vit toujours avec moins de 5 euros par jour et le rythme de réduction de la pauvreté s'est ralenti de moitié depuis 2013 ».

Les inégalités indécentes, source de conflits sociaux

Pour Pauline Leclère, porte-parole d'Oxfam France, « Les inégalités indécentes sont au cœur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde car, personne n'est dupe. La crise des inégalités traduit la complicité plus que l'impuissance des Etats à agir pour la combattre. Les inégalités ne sont pas une fatalité, elles sont le résultat de politiques sociales et fiscales qui réduisent la participation des plus riches - entreprises et particuliers - à l'effort de solidarité par l'impôt, et fragilisent le financement des services publics. Transports, éducation, santé, système de retraites... . sont sacrifiés alors qu'ils sont décisifs pour lutter contre la pauvreté. La France ne fait pas exception à cette tendance générale et maintient un statu quo mortifère alors qu'elle est traversée par la révolte des gilets jaunes et par la plus longue grève générale de la 5ème République. »

Dans son rapport annuel, Oxfam montre que ce clivage profond s'appuie sur un système économique « sexiste et injuste » et met en lumière la charge - « lourde et inégale » - du travail de soin assuré par les femmes et les filles comme une raison tenace des inégalités économiques et de genre. « Ménage, cuisine, gestion du budget, soin des proches, collecte de bois et d'eau dans les pays du Sud, la valeur monétaire du travail de soin non rémunéré assuré par les femmes âgées de 15 ans ou plus représente au moins 10 800 milliards de dollars chaque année, soit trois fois la valeur du secteur du numérique à l'échelle mondiale », affirme le rapport.

Oxfam dévoile également les discriminations à l'œuvre dans la sphère professionnelle où les femmes sont surreprésentées dans les secteurs les plus précaires et les moins valorisés économiquement (éducation, santé, travail social, nettoyage... ).

« Les femmes sont en première ligne des inégalités à cause d'un système économique qui les discrimine et les cantonne dans les métiers les plus précaires et les moins rémunérés, à commencer par le secteur du soin. Celles qui passent des milliers d'heures à s'occuper de nos enfants, de nos personnes âgées, de notre santé, de la propreté de nos lieux de vie, ne sont pas reconnues à leur réelle valeur, quelle injustice ! », s'insurge Pauline Leclère.

Elle note que « La polarisation de notre monde est en marche lorsque l'on voit les records amers qui ont agité l'économie française en 2019 : Bernard Arnault, milliardaire et PDG du groupe LVMH, a été l'homme d'affaire qui a engrangé le plus de richesses supplémentaires dans le monde en 2019, tandis que le versement de dividendes par le CAC 40 est à son plus haut. En parallèle, les inégalités sont reparties à la hausse, et plus grave, la France compte 400 000 pauvres de plus en 2019. Malgré les fortes attentes de justice fiscale et sociales, les plus pauvres restent les grands perdants des mesures budgétaires depuis le début du quinquennat : ce sont les seuls à ne pas avoir vu, depuis trois ans, leur pouvoir d'achat augmenter significativement ».

Rétablissant un impôt sur les grandes fortunes

En France, Oxfam demande à Emmanuel Macron de réorienter de toute urgence sa politique en faveur d'une réduction des inégalités, en prenant des mesures qui enrayent la précarité des femmes et en demandant aux ultra riches et aux entreprises de contribuer davantage à l'effort de solidarité.

L'Ong recommande à la France de s'attaquer aux inégalités femmes-hommes dans le monde du travail. Entre autres, en améliorant les conditions de travail et en valorisant les rémunérations dans les métiers à prédominance féminine notamment, dans les métiers du soin ; en sanctionnant les entreprises ne respectant pas l'égalité professionnelle ; en augmentant significativement la durée du congé de paternité ; en renforçant la transparence sur les écarts de salaires (par quartiles, par pays, par genre), en rétablissant un impôt sur les grandes fortunes en tenant compte des failles du précédent dispositif et en supprimant le Prélèvement forfaitaire unique (PFU) ; en supprimant les niches fiscales qui bénéficient disproportionnément aux grandes entreprises et en luttant efficacement contre l'évasion fiscale.

Les calculs d'Oxfam sont fondés sur les données les plus complètes et les plus actuelles disponibles. Les données sur la répartition des richesses dans le monde sont tirées du Global Wealth Databook 2019 du Crédit Suisse Research Institute. Les données sur les personnes les plus fortunées de la société proviennent du classement des milliardaires de 2019 de Forbes.

Les données du Crédit Suisse permettent d'évaluer le patrimoine net total et sa distribution par décile et avec les 1% les plus riches. Selon ces données, les 1% les plus riches possèdent, selon le rapport, un patrimoine net total de 132 586 milliards de dollars. Les 90% les plus pauvres de la population possèdent un patrimoine net de 65 976 milliards de dollars, soit plus de deux fois moins. Avec une population mondiale estimée à 7,7 milliards de personnes, les 1% les plus riches possèdent effectivement plus que 6,9 milliards de personnes.

Dans le monde, 42 % des femmes ne peuvent avoir un travail rémunéré en raison de la charge trop importante du travail de soin qu'on leur fait porter dans le cadre privé/familial.

Nombre d'heures par mois que les femmes consacrent aux soins non rémunérés multipliées par le nombre de femmes âgées de 15 ans ou plus. Le résultat est multiplié par 12 pour obtenir une estimation annuelle. Le marché mondial de la technologie valait 3 200 milliards de dollars en 2018, selon la société de recherche et de conseil Forrester.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Le Potentiel

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.