Congo-Kinshasa: Beni - Une accalmie couplée de peur et de suspicion

Une lueur d'espoir semble se lire peu à peu sur le visage des habitants de Beni qui, hier très dubitatifs au sujet de la situation sécuritaire dans la zone, expriment un brin d'espoir bien que mêlé de crainte et de suspicion pour l'avenir. En cause, compter les morts victimes des terroristes ADF, n'est plus autant cantique qu'hier. Quitte à penser que plus de 5 ans après, le soleil commence à se lever.

Lancées depuis fin octobre 2019, les opérations militaires considérées comme les dernières contre les groupes armés locaux et étrangers dont les ADF en tête, ont débouché sur des victoires éclatantes des FARDC sur les rebelles. Des camps sont tombés, des chefs rebelles neutralisés, de nombreux morts et des capturés parmi les assaillants.

Mais au départ, face à ces échecs cuisants, l'ennemi a cruellement opéré toutes les 24h contre les autochtones de la région, laissant chaque fois après lui des dizaines des morts et des blessés, de sorte que l'espoir de la population s'est éperdument envolée malgré les actions menées par les forces armées sur le terrain.

Cependant, depuis près d'un mois maintenant, une trêve suspicieuse s'observe dans la contrée. Pour l'armée et les autorités politiques, les capacités de nuisance des ADF ont sensiblement été réduites de sorte qu'ils n'arrivent plus à se mouvoir comme il en a été question dans un passé récent. Dans sa fuite, il cherche à survivre d'une pression militaire qui le contraint à ne plus opérer.

« Trente jours aujourd'hui sans plus parler des massacres de civils à Beni. Cela est dû au fait que les FARDC se déploient pour mettre fin à cette situation et nous pensons que ça sera la fin », s'est réjoui le maire de Beni.

Toutefois, pour nombreux analystes, il est bien prématuré de savourer la victoire et ainsi baisser vite la garde. Nombreux d'entre eux sont ceux qui croient pertinemment que l'ADF serait en train d'endormir les militaires congolais afin de s'organiser en coulisses et revenir avec fracas. Les analystes en prennent pour preuve le fait qu'en dépit des conquêtes de plusieurs bastions ADF sous les commandements des généraux Bahuma Lucien ou de Mbangu Mashita, la guerre a semblé revenir à la case de départ. Les positions étaient de nouveau passées sous le contrôle de l'ennemi alors qu'on avait déjà crié victoire, avancent-ils.

A les en croire, rien ne porte à croire que le silence de l'ennemi est une garantie acquise pour proclamer la paix à Beni. Appuyés par des brebis galeuses dissimulées au sein de nation, argumentent-ils, les rebelles ougandais qui maîtrisent jusque dans les fins fonds des forêts de Beni, pourraient être bien tentés de refaire surface. Eux préfèrent exhorter à la vigilance et appellent les soldats congolais à tenir bon jusqu'à la victoire finale.

L'infiltration démasquée

Dans une adresse à la presse lundi 20 janvier, le gouverneur du Nord-Kivu a révélé des informations tout aussi inquiétantes qu'étranges. Alors que tout Goma restait persuadé que les rebelles ougandaises ADF opéraient à Beni, Carly Kasivita a brandi une infiltration généralisée au sein de toutes les communautés en province. Devant des journalistes curieux, l'autorité provinciale a indiqué qu'un ADF a été arrêté par les services dans la capitale provinciale, Goma, faisant même savoir qu'il s'agit bien d'une bande de criminels activée pour déstabiliser le Nord-Kivu. Pour lui, la dénonciation est une arme puissante pour déjouer tout complot contre la République.

« Quand j'avais parlé d'un réseau criminel, les gens avaient crié mais je crois que la population du Nord-Kivu est en train de se rendre compte qu'au-delà des Congolais qui sont dans des bandes criminelles, il y a aussi des réseaux des criminels étrangers. Hier, on a d'ailleurs arrêté un ADF ici à Goma avec des bombes artisanales. Depuis qu'on a commencé la traque à Beni, ils se sont déjà dispersés. C'est encore une fois pour moi l'occasion de demander aux Congolais d'être vigilants. Ces gens ne dorment pas en l'air. Avant de donner votre maison en location, vous devez d'abord vous rassurer de l'identité des personnes que vous voulez avoir comme locataires ».

Sur le banc des accusés

Le rendez-vous a finalement été pris par la justice militaire congolaise pour que les responsabilités soient partagées au sujet de l'instabilisation des territoires de Beni, Lubéro et villes de Beni et Butembo au Nord-Kivu. On aura beaucoup attendu pour que le jour du jugement des auteurs et co-auteurs des crimes odieux contre les civils ou encore des appartements soit fixé.

La cour militaire de l'auditorat garnison de Beni-Butembo annonce qu'une centaine des présumés devront comparaitre dans un avenir très proche autour de 3 grands dossiers. D'abord, une vingtaine d'entre ces arrêtés sont soupçonnés d'avoir participé à l'incendie de la résidence de l'ancien président Joseph Kabila près de Butembo. D'autres sont cités dans l'affaire de l'assassinat en avril 2019 dernier, du docteur épidémiologique camerounais, Richard Mouzoko Kibung, tué aux cliniques universitaires de l'Université catholique du Graben en ville de Butembo. Le plus grand nombre est constitué par des présumés rebelles ADF arrêtés au cours des offensives militaires menées contre eux par l'armée en région de Beni.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Congo-Kinshasa

Plus de: Le Potentiel

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.