Angola: Luanda Leaks - Des structures allemandes impliquées dans le dossier Isabel dos Santos

Femme d'affaires angolaise Isabel Dos Santos
20 Janvier 2020

Le consortium international de journalistes a passé à la loupe de nouveaux documents ayant trait à Isabel dos Santos. La fille de l'ex-président angolais aurait bénéficié aussi de fonds allemands.

Elle passe pour être la femme la plus riche d'Afrique. "Elle", c'est Isabel dos Santos, la fille de l'ex-président angolais.

La milliardaire était déjà dans le radar de la justice pour des affaires de malversations et de détournements de fonds - affaires dans lesquelles le nom de son époux, Sindika Dokolo, est également cité. Or celles-ci ont des ramifications jusqu'en Allemagne.

C'est ce que révèlent les "Luanda Leaks". Un consortium international de journalistes d'investigation publie ce undi le résultat de ses recherches après avoir passé des centaines de milliers de documents à la loupe.

Comme en Bavière

A la première édition de la Fête de la bière, à Luanda, on se serait cru à Munich.

Une banderole annonçait "Herzlich Willkommen", "bienvenue", aux clients. Un homme portait une culotte de cuir, certaines hôtesses déambulaient, cintrées dans leur robe au décolleté plongeant, dans la plus pure tradition bavaroise. Il y avait même de la saucisse grillée servie dans des petits pains ... et de la bière, bien sûr : la Luandina, fabriquée en Angola.

La bière Luandina est brassée en Angola grâce à des Allemands : la brasserie provient de la Krones AG, qui fabrique des machines, dans le sud-est de l'Allemagne.

Krones AG, n°1 des brasseries en Afrique

Krones est le numéro 1 sur le marché des brasseries en Afrique. Mais celle où est fabriquée la Luandina a ceci de particulier qu'elle appartient à Isabel dos Santos, fille de José Eduardo dos Santos - celui qui a dirigé l'Angola pendant 38 ans, jusqu'en 2017.

Or Isabel dos Santos a pu obtenir des financements grâce à un décret présidentiel et le gouvernement angolais lui a octroyé des remises fiscales.

Et c'est un crédit venu d'Allemagne, à hauteur de 50 millions d'euros, qui aurait permis toute la construction de la brasserie, un prêt accordé par la KfW Ipex Bank, une filiale de l'Établissement de crédit pour la reconstruction... une institution de droit public.

C'est ce qui ressort des 715.000 documents en provenance de ces entreprises, parvenus à l'équipe de journalistes constituée dans 20 pays, le consortium ICIJ, auquel participent en Allemagne les chaînes publiques NDR, WDR et le quotidien Süddeutsche Zeitung.

L'Allemagne a-t-elle financé la fille du président angolais ?

Mario Delicio a négocié le contrat de brasserie pour la Krones AG. Il connaît bien les habitudes commerciales de la famille dos Santos et reconnaît :

"C'est vrai que nous avons vraiment exagéré. Ce que la famille dos Santos a fait, c'est du vol en plein jour par excellence. Ils ont fondé des centaines d'entreprises et pompé le plus possible de branches industrielles."

Les documents étudiés par le consortium confirment l'image d'un régime hautement corrompu, dans un pays aux ressources pétrolières alléchantes.

D'ailleurs l'ex-président dos Santos avait nommé sa propre fille - toujours Isabel - à la tête du groupe public chargé de gérer ces ressources. Elle est soupçonnée d'avoir profité de délits d'initiés et d'avoir détourné de l'argent de l'Etat.

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Le procureur Pittas Grós est chargé du dossier Isabel dos Santos. Il affirme que l'enquête a "établi des liens avec des affaires que l'on peut en effet qualifier de criminelles" et a annoncé ce lundi vouloir faire "son possible" pour faire revenir Isabel dos Santos au pays, afin qu'elle soit entendue par la justice. Actuellement, l'héritière partage sa vie entre Lisbonne et Londres.

"Des allégations sans fondement"

Dans l'affaire de la brasserie, la Krones AG affirme avoir ignoré que la fille du président était la propriétaire de l'entreprise.

La banque allemande qui a financé le projet, la KfW Ipex, prétend, elle, avoir fait confiance à la banque angolaise qui a étudié le dossier.

Quant à la principale intéressée, Isabel dos Santos, elle rejette toutes les accusations, comme elle l'a indiqué récemment dans une interview à la BBC.

"Ce sont de fausses allégations. Il s'agit d'une attaque orchestrée par le gouvernement actuel, à des fins purement politiques. Cela ne repose sur rien. Ce que je peux affirmer, c'est que mes participations sont d'ordre économique, je n'ai jamais touché d'argent généré par des fonds publics."

Les comptes d'Isabel dos Santos et de son époux Sindika Dokolo ont été gelés, leurs avoirs en Angola confisqués. L'Etat angolais estime que le couple lui doit un milliard de dollars.

La brasserie financée avec des fonds allemands a elle aussi été confisquée.

Plus de: DW

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