Burkina Faso: Amed Moussa Diallo, Pca de IAM - « Celui qui veut prendre des libertés avec nos procédures, ira voir ailleurs »

20 Janvier 2020
interview

Il y a quelques semaines, plusieurs étudiants de l'Institut africain de management (IAM) de Bobo-Dioulasso, ont été renvoyés de l'établissement après s'être vu restituer leurs frais de scolarité par la direction. Cette actualité qui a connu beaucoup de développements, a fait le buzz dans les médias et sur les réseaux sociaux. Nous avons rencontré le PCA de IAM, Amed Moussa Diallo, et voici sa version des faits sur le sujet.

Les étudiants de la 2e année IAM Bobo qui ont été exclus (pour non-participation à l'immersion) par la direction, ont manifesté lundi dernier pour exiger leur réintégration. De quoi s'agit-il exactement ?

L'objectif de l'immersion est d'amener nos étudiants dans un milieu difficile, différent de leur confort habituel pour forger un mental solide, un mental de gagnant. De nos jours, à diplôme égal, ce sont ces détails qui font la différence.

Le monde concurrentiel nous oblige à donner le maximum d'outils à nos étudiants en leur donnant d'autres qualités en dehors des quatre murs et des diplômes délivrés.

C'est donc en cela que, pour la 13e fois, l'Institut africain de management a envoyé plus de 700 étudiants au camp militaire de Bobo-Dioulasso pour faire une immersion. Il y a lieu de préciser que l'immersion se fait avec la participation effective de l'administration.

Les étudiants dorment sur des nattes et font eux-mêmes la cuisine. Les activités au programme sont, entre autres, le sport, la formation sur le civisme et la discipline, les soirées culturelles, le nettoyage de la ville et les visites d'entreprises.

Mais, il s'est trouvé que certains étudiants de IAM Bobo-Dioulasso (environ 120) ont refusé d'y participer sans raison valable alors que l'immersion est une matière à part entière à l'IAM, avec 2 comme coefficient.

Mieux, c'est une matière obligatoire qui doit être faite en première et en deuxième année, sans compensation possible. Mais elle n'est pas obligatoire pour ceux qui ont un problème de santé. Prenons un exemple : vous êtes en première année et vous êtes hospitalisé.

Vous n'avez pas l'obligation de participer à l'immersion parce vous allez vous rattraper en 2e et 3e années. Vous ne pouvez obtenir votre diplôme de licence si vous ne faites pas 2 fois l'immersion.

Selon vous, pourquoi ces étudiants ont-ils refusé de faire l'immersion ?

A la demande des étudiants, nous avons rencontré le maire de Bobo-Dioulasso, le haut-commissaire et l'imam, car ces étudiants ont demandé à ces autorités d'intercéder auprès de nous pour bénéficier de notre clémence. Ces autorités ont demandé aux étudiants les raisons de leur refus, mais ils n'ont donné aucune raison objective. Peut-être ont-ils voulu prendre des congés de Noël par anticipation. Rappelons que l'immersion avait lieu du 15 au 22 décembre, suivie des congés de Noël.

M.le PCA, les étudiants vous ont dit au moins quelque chose ?

Ils ont juste dit qu'ils pensaient que l'immersion n'était pas obligatoire. Pourtant, quand le directeur général était à Bobo-Dioulasso le 20 novembre pour la coordination de l'immersion avec les militaires, il a eu une réunion avec les étudiants et ils ont confirmé leur participation.

Nous avons confectionné et envoyé à Bobo des tee-shirts pour tous les étudiants qui devaient y prendre part en vue de leur permettre de nous attendre au camp de Bobo-Dioulasso en uniforme.

Jusqu'au dimanche (15 décembre, Ndlr), le jour d'arrivée des « Iamois », nous pensions qu'ils allaient être avec nous au camp.

Nous avons préparé à manger et mis toute la logistique en place, mais ils ne se sont pas présentés.

Donc, il ne s'agit pas d'une non-participation mais d'un boycott d'autant plus que le directeur de IAM Bobo nous avait fait part de la réticence de certains étudiants de deuxième année, à deux jours de l'immersion.

Le DG les a appelés individuellement au téléphone. Malgré cela, ils ne sont pas venus. Quand nous sommes arrivés à Bobo et que nous avons constaté leur absence, M. Benga a encore pris son téléphone pour les appeler individuellement.

Mais, ils ont refusé de venir ; certains ont même eu le culot de dire au directeur qu'ils avaient d'autres activités à faire. Peut-être pensaient-ils qu'on allait tolérer de tels écarts de comportement.

Déjà l'année dernière, ils n'avaient pas participé à l'immersion pour aucune raison valable. Les règles et procédures de l'IAM sont valables aussi bien pour Ouagadougou que pour Bobo-Dioulasso. Il n'y a pas une procédure pour l'IAM Ouaga et une autre procédure diluée pour IAM Bobo.

Pourquoi alors exclure les étudiants qui ont manqué l'immersion qui est une matière comme les autres? Un zéro n'aurait-il pas suffit ?

Simplement parce que l'étudiant a l'obligation de faire deux fois l'immersion dans son cursus. Nous sommes dans le système LMD.

Or, la licence Bac +3 s'obtient en trois ans. Maintenant, si vous ne faites pas l'immersion en première année et en deuxième année, il ne reste plus que la troisième année pour faire deux fois l'immersion.

Comment peut-on justifier auprès des étudiants de Ouagadougou qui ont eu à faire le déplacement à Bobo, que les étudiants de cette ville ne participent pas à l'immersion ? Pourquoi des passe-droits aux étudiants de Bobo deux ans de suite?

Pour certains, vous n'avez pas à imposer une telle discipline à ces étudiants. Quelle est votre réaction ?

Dans le Burkina Faso nouveau, les cordonniers veulent se donner le droit de donner des conseils aux chirurgiens, soi-disant qu'ils travaillent tous la peau. A chacun son travail. On ne va pas permettre à ceux qui ne construisent pas l'édifice de venir, le jour de l'inauguration, jeter la pierre sur cet édifice.

Nous octroyons chaque année 15 millions de F CFA en bourses, par l'intermédiaire de la mairie, à 10 étudiants de Bobo. Par ailleurs, chacun des étudiants de Bobo-Dioulasso est subventionné à hauteur de 195 000 F CFA par an, d'une valeur de plus de 40 millions de F CFA.

Nous avons donc pensé qu'il faille subventionner pour faire baisser les frais de scolarité afin que ce soit abordable aux parents des étudiants de cette ville. Après avoir fait tous ces sacrifices, nous attendons au moins le respect de nos étudiants.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que votre décision d'exclure ces étudiants, est disproportionnée ?

Elle n'est pas disproportionnée dans la mesure où on a remis l'intégralité des frais de scolarité à ces étudiants afin qu'ils aillent s'inscrire dans une autre université où on leur donne autant de liberté avec les règlements.

Je rappelle que l'immersion est une discipline obligatoire à IAM. C'est ce qui nous différencie des autres universités et nous n'entendons pas nous y dérober.

Mieux, ces étudiants ont refusé d'aller à l'immersion l'année dernière et en pleine année scolaire, ils sont allés en Côte d'Ivoire au nom de l'IAM, malgré le refus de l'école. Imaginez qu'un souci leur arrive en Côte d'Ivoire.

Vers qui les parents vont-ils se retourner? Ces mêmes étudiants sont coutumiers des faits d'indiscipline, de non-respect des engagements pris.

Ne craignez-vous pas que cette indiscipline dont vous avez fait cas, n'impacte la discipline générale de votre établissement ?

Si on n'y prend garde, bien-sûr que cela va déteindre sur les autres étudiants. Mais rassurez-vous, nous n'allons pas permettre à un étudiant, soi-disant qu'il a payé sa scolarité, de venir semer l'indiscipline chez nous.

Nous n'allons jamais tolérer cela. Celui qui veut prendre des libertés avec nos procédures et la discipline, ira voir ailleurs. Justement, l'immersion permet d'inculquer à nos étudiants la discipline, le civisme, le respect des horaires, des règles établies.

L'immersion permet aussi de se socialiser et de se faire un bon carnet d'adresses.

Elle permet de tisser des liens et de révéler des étudiants qui étaient timides ou qui ont des talents cachés. D'ailleurs, l'immersion est pratiquée dans beaucoup d'universités dans le monde. L'immersion fait partie de notre ADN.

Vous engagez-vous à reprendre ces étudiants ?

Les autorités rencontrées ont condamné unanimement le comportement desdits étudiants. Le maire a surtout déploré l'attitude des boursiers qui, malgré ses instructions, ont refusé de participer à l'immersion.

Chacun doit être à sa place et jouer son rôle, que nous soyons étudiants, professeurs ou membres de l'administration.

On ne peut pas permettre aux étudiants d'édicter leurs propres règles. Ils m'ont demandé de faire acte de magnanimité en leur accordant le pardon.

Nous acceptons le pardon, mais notre pardon est conditionné par la reprise de l'immersion qu'ils ont boycottée. Ils sont engagés à faire l'immersion, condition obligatoire avant toute réinscription.

L'incident est clos et nous pensons que les étudiants ont retenu la leçon. Pour les questions de discipline, nous ne sommes pas prêts à reculer.

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