Burkina Faso: Ouverture du Fipadoc 2020 : «Ces films peuvent changer nos vies»

interview

« Montrer le meilleur des documentaires ». Ce mardi 21 janvier, le plus grand festival en France dédié aux documentaires du monde entier ouvre ses portes à Biarritz. En une sélection d'une centaine de films, le Fipadoc réunit le genre du documentaire dans tous ses états et pose les questions sur son avenir. Entretien avec la directrice générale, Christine Camdessus.

RFI : En 2019, vous avez fait le pari de transformer le Festival international de programmes audiovisuels (Fipa) en Fipadoc. Un an après, quel bilan tirez-vous de ce tournant dans l'histoire du festival ?

Christine Camdessus : Transformer un festival dédié aux programmes audiovisuels en un festival de documentaires a été une très bonne idée, bien reçue par le public et les professionnels du documentaire.

L'édition 2020 affiche un focus sur la Suède. Est-ce un pays avant-garde dans le domaine du documentaire ?

La Suède a une production documentaire très riche, très diverse et d'une très grande qualité. Elle est aussi bien connue pour ses talents de coproducteur. C'est un pays qui produit avec les autres pays scandinaves, et parfois avec le reste de l'Europe. On avait envie de proposer aux professionnels français et européens de travailler mieux avec la Suède. La troisième raison est qu'il s'agit d'un pays qui a été attaqué par les plateformes américaines plus tôt que le reste de l'Europe, parce que c'est un pays très anglophone. Donc le marché suédois a une réponse à la concurrence des plateformes qui est plus avancée que la nôtre.

La France, que peut-elle apprendre de la Suède par rapport à la production et la diffusion des documentaires ?

La France peut apprendre à faire des films qui circulent et s'exportent mieux, qui sont plus présents dans les grands festivals internationaux. Dans la télévision et le cinéma suédois, il y a une grande appétence pour les sujets internationaux. On pense que le public français pourrait vraiment gagner de ce savoir-faire.

Une des catégories au festival s'appelle « Impact ». Quel est aujourd'hui l'impact pour un documentaire passé par le Fipadoc ?

Ce festival participe à la chaîne de valeur d'un documentaire. Le Fipadoc permet de rapprocher certains publics de certains films. Un festival permet de mettre en avant les films, les réalisateurs, et puis de montrer le meilleur d'une production de l'année. Cela a un impact fort.

Les films « Impact » sont des films qui sont un peu plus que des films. Ce sont des films qui font réfléchir, qui permettent de voir des problématiques d'une façon différente, et parfois ils vous font changer d'avis. Nous sommes convaincus que ces films peuvent changer nos vies.

En 2019, Putin's Witnesses, un documentaire sur l'irrésistible ascension politique du président russe Poutine a gagné le Grand prix du Fipadoc. Qu'est-ce que ce film est devenu après son passage à votre festival ?

Le film sur Poutine avait déjà eu une carrière internationale dans d'autres festivals. Je ne saurais pas dire si c'est parce qu'il est passé par le Fipadoc qu'il a continué à être vu dans beaucoup d'endroits. Dans notre sélection de cette année, il y a à la fois The Cave, de Feras Fayyad, et Honeyland, de Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov, deux films nominés aux Oscars. Ce sont des films qui ont évidemment eu d'autres carrières avant d'arriver à Biarritz, mais, qui, jusqu'ici, n'ont pas été vus en France.

Cette année culturelle sera fortement imprégnée par la saison Africa 2020, vaste programme culturel initié par le président Macron. Quel est l'ampleur de la présence de films africains et de l'Afrique au Fipadoc 2020 ?

Cette année, nous avons favorisé des films d'origine européenne pour souligner la dimension européenne de ce festival. Mais, par exemple, dans la section « Panorama » de la sélection francophone, il y a un très joli film qui vient du Burkina Faso, Le Loup d'or de Balolé, de Aïcha Chloé Boro. Et dans la sélection musicale, nous avons un film belge qui vient d'Afrique, Kinshasa Beta Mbonda, de Marie-Françoise Plissart, un film formidable qui se passe au moment des élections présidentielles au Congo.

Centré sur les documentaires, l'existence du Fipadoc dépend aujourd'hui exclusivement des documentaires, avec ses hauts et ses bas. Quel changement observez-vous actuellement concernant les formats et les modes de diffusion des documentaires ?

On constate une multiplication des formats. Il y à la fois des formats très courts et très longs. Nous avons ouvert une compétition de courts métrages documentaires, parce qu'il y a une très belle production dans le monde entier de films très courts. Ils sont destinés à une diffusion sur les téléphones, des plateformes ou parfois des chaînes de télévision. Et la diversité va jusqu'aux séries, et même des séries très longues. Les plateformes ont permis que des séries documentaires s'imposent un peu comme des séries fictions. Aujourd'hui, il y a une vraie appétence autour des histoires vraies. Le documentaire, c'est ça, ce sont des histoires vraies. Et aussi bien les plateformes que les salles de cinéma trouvent maintenant un vrai public autour du champ documentaire.

Lors des nominations des Oscars, la discussion autour de l'égalité hommes-femmes et la diversité est devenue un vrai enjeu pour tous les festivals. Quelle est l'approche du Fipadoc dans ce domaine ?

Le Fipadoc a de la chance, parce qu'il est présidé par une femme et dirigé par une femme. Donc, on avait un peu d'avance. On va être signataire de la charte des festivals français qui a été signée notamment au Festival de Cannes au mois de mai. Cette charte promeut l'égalité. L'idée n'est pas qu'il y ait de la discrimination positive par rapport aux réalisatrices ou des sujets autour des femmes, mais que les équipes des festivals soient très attentives à ce que la diversité soit représentée. Nous sommes attentives afin que les films réalisés et écrits par des femmes soient représentés au festival.

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