Sénégal: Mme Eynat Schlein - «Une ambassade sénégalaise en Israël allait beaucoup encourager les échanges»

20 Janvier 2020
interview

En visite officielle au Sénégal du 12 au 14 décembre 2019, Mme Eynat Schlein, Directrice générale adjointe et Cheffe du Bureau Afrique au Ministère des Affaires étrangères de l'État d'Israël, a eu, durant son séjour, plusieurs activités. Dans cet entretien, elle revient sur les relations entre son pays et l'Afrique, soutenant que le Sénégal est un pays béni.

Mme Eynat Schlein, vous venez de rencontrer un groupe de jeunes entrepreneurs. De quoi était-il question ?

Après la rencontre des « Agents du changement », un forum initié par l'Ambassadeur d'Israël au Sénégal il y a maintenant un an, l'Ambassade a rassemblé un groupe de jeunes entrepreneurs ayant des idées intéressantes sur différentes domaines pour tenir, avec eux, des ateliers sur comment concrétiser leurs projets, les rendre bancables, avoir des investisseurs, etc. Ce sont de jeunes gens enthousiastes et heureux de voir que ce projet est une grande réussite.

Israël est une startup-Nation et le Sénégal compte beaucoup de jeunes qui s'intéressent aux startups. Qu'est-ce qui doit être exactement fait pour tirer profit de cet engouement ?

Le Sénégal est un pays béni avec toutes ces jeunes à l'esprit brillant puisque bien évidemment, les jeunes sont l'avenir. Le plus important, c'est le premier pas. Puis, vous avez besoin du support du Gouvernement.

Ensuite, de la bonne régulation, défaire la bureaucratie, mettre sur place les voies et moyens qui permettront à cette jeunesse entreprenante de décoller et d'émerger au grand bénéfice du pays. C'est ce que nous avons fait en Israël.

Nous pensons que c'est le travail du Gouvernement de créer la bonne plateforme pour ces jeunes entrepreneurs afin qu'ils puissent bien travailler, de les subventionner, etc.

En Israël, nous avons des « Maisons vertes » pour mieux appuyer les startups. Certaines d'entre elles sont vendues à des géants comme Google ou Microsoft pour des centaines de millions de dollars.

Qu'est-ce qui est concrètement fait dans ce domaine concernant la coopération bilatérale ?

Nous voulons être partie prenante du développement des startups au Sénégal. Dans le cadre de la coopération bilatérale, nous sommes présents au Sénégal depuis 60 ans.

Nous allons poursuivre notre collaboration dans les secteurs traditionnels comme l'agriculture, la santé et l'éducation. Toutefois, pour les activités relativement émergentes, Israël va non seulement pousser et promouvoir la coopération au Sénégal mais aussi dans toute l'Afrique.

Nous allons, par exemple, suivre ce groupe de jeunes entrepreneurs et travailler en étroite collaboration avec le Gouvernement ainsi que le secteur privé.

Le Ministère israélien chargé de l'Innovation est en train d'échanger avec l'autorité sénégalaise chargée de ce secteur pour signer un mémorandum entre les deux organisations afin de faciliter la réussite des startups sénégalaises. C'est juste un exemple parmi d'autres.

Vous accordez également beaucoup d'importance à la coopération agricole...

Depuis plusieurs années maintenant, Israël coopère étroitement avec le Sénégal dans le domaine agricole.

Nous travaillons ensemble depuis la fin des années 50 et le début des années 60. À l'époque, l'agriculture était vraiment traditionnelle. Nous avons évolué ensemble et réalisé des startups dans le domaine agricole.

Par ailleurs, nous pensons que le modèle de coopération n'a pas besoin d'être tout exclusivement entre les mains des Gouvernements. Il doit aussi être sous d'autres formes comme le partenariat public-privé.

Beaucoup de Sénégalais ont été formés en Israël dans des secteurs très pointus et nous avons des projets israéliens ici.

Par ailleurs, des experts israéliens séjournent régulièrement au Sénégal pour appuyer et former des Sénégalais. Avec le changement climatique, nous avons besoin de trouver des solutions nouvelles et innovantes.

Comment appréciez-vous les échanges bilatéraux entre le Sénégal et l'Israël ?

Nous entretenons de très bonnes relations avec le Sénégal. Concernant les échanges, je dois dire que je suis contente, mais nos exportations vers le Sénégal sont beaucoup plus importantes que nos importations. Nous aimerions, à l'avenir, accroître le volume des échanges entre les deux pays.

Nous aimerions pouvoir importer davantage du Sénégal. Je pense que le Sénégal a beaucoup de potentialités et, même si les relations ont 60 ans d'âge, nous pouvons toujours trouver des voies et moyens de les renforcer. De notre côté, nous encourageons beaucoup la coopération entre les secteurs privés des deux pays.

Si nous avions une Ambassade sénégalaise en Israël, je crois cela allait beaucoup encourager les échanges. Nous avons un Ambassadeur qui fait un excellent travail ici. Cependant, si nous avions un Ambassadeur du Sénégal en Israël, les relations bilatérales ne s'en porteraient que mieux.

La région du Sahel est particulièrement confrontée à un problème de terrorisme. Est-ce que vous coopérez avec l'Afrique dans ce domaine précis ?

Nous travaillons avec nos partenaires à travers le monde, notamment ceux africains, pour contrecarrer le terrorisme.

Nous le faisons à travers le renseignement et la technologie. Il y a, peut-être, cinq pays du continent avec lesquels nous n'avons pas de relations. Malheureusement, la plupart d'entre eux se trouvent au Sahel.

Sinon nous sommes très contents d'entretenir des relations diplomatiques avec les autres pays. Nous travaillons avec nos amis et nous les assistons comme nous le pouvons.

Le terrorisme est une tragédie des temps modernes. Il est influencé par plusieurs facteurs, mais à mon avis, les plus importants sont le radicalisme et l'extrémisme.

Il y'en a bien évidement d'autres, seulement si les populations sont bien formées et soutenues, la lutte sera beaucoup plus facile. Nous sommes très sensibles aux attaques terroristes en Afrique et nous également sommes prêts à travailler ensemble avec les Africains pour barrer la route à ce fléau.

Économiquement, votre pays est passé d'une situation difficile à une autre beaucoup plus reluisante. En Afrique, plusieurs pays se sont dotés d'un plan d'émergence. Pensez-vous que ces Nations peuvent s'inspirer de l'exemple israélien pour se développer ?

Si je me réfère à notre histoire, c'est que nous avons commencé difficilement, puis réussi à faire beaucoup de progrès dans quasiment tous les secteurs d'activité.

Je crois que c'est le résultat de la combinaison des ressources humaines - ce qui est très important - et la volonté. Quand je dis volonté, ce n'est pas un mot vide de sens : la société doit être cohérente.

Lorsque toute la société croit à la nécessité de progresser et travaille ensemble comme un seul homme pour réaliser un objectif, bien entendu, il y aura des résultats. Et c'est ce qui s'est produit en Israël.

Après la fondation d'Israël, nous avons vécu des menaces d'ordre sécuritaire ; il y a eu beaucoup de guerres. Ce n'était pas facile, toutefois il n'y avait pas d'autre alternative. Nous nous sommes beaucoup sacrifiés, mais nous avons utilisé l'une des plus importantes ressources : les ressources humaines.

Plusieurs puissances économiques et de pays émergeants tiennent de plus en plus des sommets bilatéraux avec l'Afrique. Selon vous, qu'est-ce qui explique cet attrait ?

Ces pays se sont rendu compte des énormes potentialités de l'Afrique et veulent faire partie prenante de l'émergence du continent, de l'économie la plus dynamique de la planète.

Pour d'aucuns, l'Afrique incarne l'avenir du monde. Le prochain point focal du monde, au double plan démographique et économique, c'est l'Afrique.

C'est une bonne chose pour le continent. Nous avons des relations avec l'Afrique depuis 60 ans maintenant et nous travaillons dur pour les rehausser.

Nous avons très tôt cru en l'Afrique et spécialement au Sénégal. Nous sommes ici en tant qu'amis et nous travaillons ensemble pour un meilleur avenir.

Votre pays va organiser trois élections législatives en un an. Pensez-vous que l'issue de ces scrutins va affecter les rapports avec l'Afrique ?

C'est vrai, notre pays ira pour la troisième fois aux urnes en un an. Ce sera au début du mois de mars.

Cela est dû à une donne sans précédent parce que les hommes politiques ne sont pas en mesure de former un Gouvernement. Je pense que c'est un bon exercice démocratique quoique que coûteux.

Cependant, quel que soit le résultat, les rapports avec l'Afrique resteront inchangés ; la politique étrangère d'Israël ne va pas changer par rapport au continent. L'Afrique est un partenaire et nous allons poursuivre et renforcer les relations avec elle.

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