Ile Maurice: Enjeux de développement - Quand le changement climatique dérègle l'économie

La gestion des effets du changement climatique coûte Rs 4,07 Mds par an, soit Rs 11,2 millions par jour à l'économie nationale. Malgré cela, l'immobilier dans des zones côtières continue de prendre de la valeur, alors que leur existence même est menacée avec la montée du niveau de la mer. Tour d'horizon sur la question.

Maurice, un État insulaire en voie de développement, subit déjà les effets néfastes du changement climatique avec une fréquence et une intensité accrues des risques hydro-météorologiques tels que les phénomènes météorologiques extrêmes, les cyclones tropicaux et les fortes pluies entraînant des inondations ainsi que de violents orages.

Selon le rapport de la Banque mondiale, «Disaster Risk Profile of Mauritius», le pays dépense 110 millions de dollars (Rs 4,07 milliards au cours du jour) par an pour les catastrophes naturelles. Et selon les prévisions, en raison du changement climatique, les pertes économiques devraient augmenter considérablement pour atteindre 1,9 milliard de dollars (Rs 70,26 milliards) par an d'ici la fin du siècle. La majeure partie de cette somme provient d'institutions internationales comme les Nations unies, entre autres.

Au cours des dernières décennies, nous avons perdu 101 hectares de forêts. Avec l'augmentation de la population, la biodiversité se dégrade. Notre empreinte écologique s'accroît également. Sunil Dowarkasing, Global Strategist de Green Peace, nous explique l'impact du changement climatique sur l'économie mauricienne.

Maurice en seconde phase de développement

Maurice a connu un stade de développement entre 1983 et 1995. Lors de son industrialisation à cette époque, la société n'était pas consciente de l'environnement et surtout pas du changement climatique. Plusieurs usines polluaientdéjà, rejetant leurs eaux usées ou de teinturerie dans la mer. Aujourd'hui, Maurice passe à une seconde phase de développement mais le contexte est différent en raison du changement climatique.

Comme la situation est alarmante, le développement doit se faire sans mettre en péril notre écosystème naturel, en s'assurant, par exemple, que les permis Environmental Impact Assessment (EIA) soient respectés. Il faut donc revoir nos processus de développement, explique le Global Strategist.

Maurice a perdu environ 60 % de sa biodiversité avec 24,9 % de constructions selon les chiffres de 2012. Mais on est peut-être à 40 % aujourd'hui, soutient-il. «Chaque Mauricien a besoin de 4,55 hectares de ressources naturelles pour survivre. Et pour subvenir aux besoins de Maurice, il nous faut 4,5 îles comme la nôtre pleines de ressources.»

D'autre part, la population est en train d'augmenter. Selon Statistics Mauritius, au 1er juillet 2019, la population de Maurice s'élevait à 1 265 985 habitants, soit une hausse d'environ 0,03 % comparativement au chiffre du 1er juillet 2018.

Toutefois , selon le World Risk Index, Maurice est passé de 16eà 47edans le classement des pays les plus à risque de catastrophe. Néanmoins, notre pays est toujours aussi fragile.

Baisse touristique

De 1998 à 2018, le niveau de la mer a augmenté par 14,3 cm. Il s'accroît de 6,8 mm par an, ce qui est plus élevé que le taux global de 3,6 mm par an. Concernant Rodrigues, le niveau monte de 8,3 mm annuellement. Par conséquent, la nappe phréatique ne capte que 60 % de l'eau qui se perd dans l'océan, et 10 % seulement s'infiltre dans le sol.

Car l'intrusion d'eau salée provoque la perte d'imperméabilité du sol.D'autre part, si demain nous perdons nos plages publiques, le tourisme sera impacté. «D'autant plus que la mer et le soleil peuvent être trouvés ailleurs. Vont-ils faire du snorkelling pour voir des coraux morts?», se demande Sunil Dowarkasing.

Le changement climatique va dévaster les pêcheries régionales et entraîner des pertes de revenus touristiques de plus de 90 %. Les plages de Mont-Choisy, Grand-Baie, Balaclava et Flic-en-Flac sont dévastées. 17 % de nos plages sont déjà érodées soit 11,34 km de la côte et 12 à 25 km des routes sont en danger. «Si on ne protège pas notre environnement, on perd un pilier de notre économie. Il faut voir comment on fera pour que les touristes reviennent.» D'ailleurs, le Zimbabwe aussi est en train de perdre beaucoup de touristes, ajoute le Global Strategist de Green Peace.

Plages dévastées

Le filao (casuarina) est une plante exotique pour protéger la canne à sucre contre le vent. Mais le filao dissimule deux caractéristiques, des racines dures mais flexibles. Quand ils sont plantés sur les plages, ces arbres causent automatiquement la destruction des dunes. Et ayant une structure rigide, ils participent à l'entraînement de plus de sable dans la mer.

En 2003, Maurice île Durable avait proposé d'enlever tous les filaos et de les remplacer par des plantes endémiques comme le cocotier, qui n'abîmera pas la plage.

Mais c'est maintenant que les actions sont prises. Au sud de Maurice, plusieurs plages sont préservées en raison de la présence de plantes indigènes et très peu de filaos. «Gris Gris est un exemple de comment doivent être les plages. Les filaos sont plantés loin de la plage et sans causer d'érosion. À certains endroits de Pointe-d'Esny, on a complètement perdu la plage. Et l'installation de gabions est un moyen à court terme (huit à dix ans) pour prévenir l'érosion des sols.»

Pauvreté

Les chiffres de Global Commission Adaptation indiquent que si nous ne nous attaquons pas au changement climatique, d'ici 2030 cent millions de personnes de plus se retrouveront dans la pauvreté.

Il y a environ 140 millions de réfugiés climatiques et la plupart d'entre eux sont issus d'Afrique saharienne et en partie de pays asiatiques. Le changement climatique va accroître ce nombre considérablement. Il y aura environ 200 millions de réfugiés climatiques d'ici 2030. Ce qui signifie que le changement climatique entraînera un impact économique énorme. Et d'ici 2025, 1,4 million de personnes seront touchées par la pénurie d'eau.

À Maurice, 6 000 personnes sont concernées par le changement climatique et les conditions météorologiques extrêmes. D'un autrecôté, les budgets attribués à chaque secteur devront être partagés pour l'adaptation de Maurice au changement climatique. «Le budget de la santé est aussi concerné car le nombre de malades, notamment de problèmes respiratoires, est en hausse. C'est donc un cercle vicieux», soutient-il.

Les solutions

Beaucoup d'aspects concernant le changement climatique ne sont pas sous la tutelle du ministère de l'Environnement. Certains sont sous celle de la Pêche, d'autres sous l'Agro-industrie et celle des Finances également. Avant la dissolution de la Commission île durable en 2014, toutes les parties prenantes se retrouvaient au bureau du Premier ministre pour discuter des projets. On peut reprendre les anciens projets et les mettre à jour.

«Les problèmes sont interconnectés mais les solutions sont décousues. Nous n'allons pas à la source des problèmes. Je ne blâme personne mais on ne recherche pas la source», avance Sunil Dowarkasing.

Plus de: L'Express

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