Burundi: Une retraite en or pour Pierre Nkurunziza

Photo: Daily News
Burundian President, Pierre Nkurunziza.

Un bonus de 1 milliard de francs burundais (soit 500.000 euros), la construction d'une villa de haut standing, un service de sécurité, un parc de 6 véhicules, une pension mensuelle égale aux émoluments d'un vice-président, sans oublier une immunité de chef d'État en exercice... Tels sont les avantages votés avant-hier par le Parlement burundais qui seront accordés aux anciens chefs d'État élus à l'expiration de leurs fonctions. Une loi taillée sur mesure donc pour le président Nkurunziza, au pouvoir depuis quinze ans, et qui, en principe, ne devrait pas se représenter en mai prochain.

Cette loi a été adoptée mardi à une écrasante majorité, pointe le site d'information burundais Iwacu : « sur 102 députés présents, 100 l'ont approuvée après 22 amendements et plusieurs questions. Pour Pascal Nyabenda, président de l'Assemblée, une telle loi est une sorte de garantie, une assurance pour les chefs d'État en fin de mandat quant à leur avenir : 'Ils n'auront pas tendance à s'accrocher au pouvoir, a-t-il dit, parce qu'il n'y aura pas de quoi s'inquiéter, à se faire du souci quand leurs mandats arriveront à terme'. (... ) Pour la ministre Kanyana, rapporte encore Iwacu, envoyée à l'hémicycle de Kigobe pour présenter ce projet de loi, une villa et un milliard de francs, c'est normal : ailleurs, les anciens chefs d'État ont beaucoup d'avantages, mais au Burundi nous devons faire avec les modestes moyens dont dispose notre pays, a-t-elle déclaré, surtout qu'il s'agit d'un président humble. Franchement ces avantages ne peuvent pas le rendre riche, c'est une question d'honneur pour celui qui a mené le pays à bon port', a-t-elle souligné. »

Déconnecté ?

Autre son de cloche, toujours rapporté par Iwacu, celui de Gabriel Rufyiri, président de l'Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques. « Gabriel Rufyiri dénonce ce qu'il appelle une 'élite politique déconnectée du peuple. Nous n'avons jamais été contre des avantages dus aux présidents qui ne sont plus en fonction mais nous avons toujours demandé que les montants engagés dans cette optique soient proportionnels au niveau économique du pays', déclare le chantre de l'anti-corruption. Gabriel Rufyiri également pointe du doigt 'une volonté égoïste de nos présumés bergers qui ne se mettent pas à la place des citoyens burundais qui croupissent dans une misère sans nom'. Il estime enfin qu' « autant d'avantages matériels et financiers pourraient susciter des frustrations pouvant même mener à des insurrections'. »

Un problème d'éthique ?

En tout cas, ces avantages octroyés au futur ex-président Nkurunziza suscitent colère et interrogation pour le quotidien Le Pays au Burkina : « Véritable prime à l'impunité s'il en est, cette loi inique doit-elle constituer, pour le peuple burundais, le prix à payer pour tourner la sombre et douloureuse page Nkurunziza ?, s'interroge Le Pays. Ne soulève-t-elle pas là, un véritable problème d'éthique et de morale ? »

Aujourd'hui, autre quotidien burkinabé hausse le ton : « Quand on a tué ou emprisonné ses opposants et contraint bon nombre d'entre eux à prendre le chemin de l'exil ; quand on a marché sur des cadavres pour obtenir son troisième bail en 2015 ; quand on a mis un bâillon définitif aux médias via des autodafés d'entreprises de presse, et de chasse aux journalistes ; quand on a mis entre parenthèses les Accords d'Arusha de 2000, et qu'on a ignoré toutes les décisions de la Communauté de l'Afrique de l'Est, on ne peut pas quitter le pouvoir allégrement comme cela, sans un béton protecteur. Oui à une vie après celle de Gitega (la présidence burundaise) jonchée de cadavres, mais avec des garanties, une assurance-vie tout risque, car Nkurunziza sait ce qu'il a fait pour régenter le pays. »

Enfin, pour l'Observateur Paalga, « Pierre Nkurunziza aurait tort de croire que cette protection est à toute épreuve, car, quand bien même il serait immunisé, il pourrait avoir du souci à se faire toutes les fois où il mettra les pieds dehors. Les exemples d'anciens dirigeants rattrapés par les fantômes de leurs victimes sont tellement légion que malgré le matelas en or qui l'attend dès la fin de son mandat, il pourrait ne pas avoir le sommeil aussi douillet qu'il le pense. »

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