Tunisie: « J'ai peur d'oublier» de Mouna Belhaj à l'Agora - Elle se souvient pour réinventer le présent

23 Janvier 2020

Éloquente avec ses textes, enrobés d'humour, de poésie et beaucoup d'émotion, qu'elle a écrits dans un arabe dialectal (surtitrés), elle remonte dans le temps, revisite des lieux entre la banlieue nord et la Médina de Tunis, ressuscite des morts, des mots, des sons et des odeurs.

Salle comble pour le spectacle «J'ai peur d'oublier» de Mouna Belhaj pour sa deuxième représentation sur la scène de l'Agora. Les lieux continuent d'abriter ce cycle de représentations qui lui est consacré tous les jeudis de ce mois.Seule sur scène, Mouna Belhaj, comme pour conjurer un présent incertain, nous livre un récit fait de réminiscences, de nostalgie, de visages, de situations réelles ou rêvées et ressuscite la foule des personnages qui ont construit son imaginaire...Éloquente avec ses textes, enrobés d'humour, de poésie et beaucoup d'émotion, qu'elle a écrits dans un arabe dialectal (surtitrés), elle remonte dans le temps, revisite des lieux entre la banlieue nord et la Médina de Tunis, ressuscite des morts, des mots, des sons et des odeurs. La force des absents s'impose à travers des récits et des anecdotes parsemés de chansons d'Ali Riahi, de Oulaya, Om Kalthoum...

On croit presque les entrevoir dans cette lumière tamisée qui enveloppait l'artiste. La salle embaumait le parfum de la douce tante Zohra, l'odeur du café turc, celle du bois émanant de l'atelier de sculpture de Mouna où elle se hâtait d'aller pour « vite sculpter pour ne pas oublier... » On pouvait presque entendre les remontrances de Ommi Nana qui, une nuit, lui est apparue dans un rêve... Les histoires et anecdotes de Hamma, l'électricien du quartier touche-à-tout avec qui elle passait d'agréables moments. On pouvait presque sentir le frigolo givrer nos dents, l'écume caresser nos corps lors des baignades nocturnes.

Une nouvelle manière, pour cette femme aux multiples expériences, de restituer son affect et ses pensées par l'écriture scénique qu'elle a entamée lors d'un atelier d'écriture sur la femme, organisé par Zeineb Farhat en collaboration avec l'écrivaine libanaise Houda Baraket.Mouna Belhaj, présente dans tous ces tableaux en spectatrice ou en instigatrice, va au-delà de la simple nostalgie, elle nargue le présent et ses incertitudes et avance dans la connaissance de soi et de ses richesses, questionne son identité et sa pluralité, se souvient pour réinventer notre présent.Encore deux représentations à ne pas rater, ce soir et jeudi prochain à partir de 19h00, du côté de La Marsa.

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