Congo-Kinshasa: UDPS - Une grande gueule sans stratégie de conservation du pouvoir

Après 36 ans de lutte, l'UDPS a enfin accédé au pouvoir au terme de la présidentielle du 30 décembre 2018. Investi président de la République, Félix Tshisekedi a l'occasion de réaliser le rêve de son père : «Le peuple d'abord» pour le progrès social et la démocratie.

Une année après son arrivée au pouvoir, le bateau UDPS tangue. Contraint de s'allier à l'UNC de Vital Kamerhe au sein du CACH, le parti est curieusement resté nostalgique d'un combat qui s'est conclu par la victoire du 30 décembre 2018. Il est temps pour l'UDPS de se recentrer en montant une efficiente stratégie de conservation de pouvoir. À défaut de sombrer dans l'inanition.

Au terme de la présidentielle du 30 décembre 2018, aucun pronostic ne donnait gagnant Félix Tshisekedi, candidat de l'UDPS, soutenu par le Cap pour le changement (CACH).

C'est à la surprise générale que Félix Tshisekedi a été proclamé, le 9 janvier 2019, vainqueur de la présidentielle. À l'UDPS, ce fût la liesse générale.

Quoique perdant de la présidentielle, le FCC de Joseph Kabila a pu se relever aux législatives nationales et provinciales, s'adjugeant une majorité confortable aussi bien dans les deux chambres du Parlement que dans les assemblées provinciales. Un handicap que Félix Tshisekedi sera contraint de porter durant tout son mandat.

Redoutable ennemi d'hier

Par la force des résultats des urnes, Félix Tshisekedi s'est vu dans l'obligation de composer avec le FCC dans le cadre d'une coalition gouvernementale. Il ne pouvait pas en être autrement. Quoi qu'il en soit, le chef de l'État n'avait pas de choix.

Voilà l'UDPS de Félix Tshisekedi qui se retrouve dans un décor institutionnel inattendu. En 36 ans de lutte pour l'accession au pouvoir, le parti du lider maximo n'avait jamais imaginé un tel scénario. Il sera cependant obligé de s'allier avec son redoutable ennemi d'hier, le même qu'il vilipendait quelques jours avant les élections du 30 décembre 2018.

Depuis, l'UDPS convole en justes noces avec le FCC. Ce mariage hors pair est supposé s'éteindre en 2023, année de la tenue de prochaines élections. En attendant, les deux partenaires, à savoir le CACH et le FCC, se regardent en chiens de faïence. Ils se détestent. Mais ils se sentent encore liés par le sort de la présidentielle du 30 décembre 2018.

Si le FCC, avec le PPRD en tête, ne cache pas ses intentions de récupérer le pouvoir en 2023, en face le CACH, avec l'UDPS comme tête d'affiche, est comme frappé par la myopie du pouvoir.

Curieusement, l'UDPS pense avoir réalisé son rêve en réussissant à installer Félix Tshisekedi au Palais de la nation. Elle ignore cependant qu'en 2023, elle devra revenir vers le peuple pour rendre compte du pouvoir à elle concédé le 30 décembre 2018.

Se départir de vieux réflexes

On s'attendait à ce que l'UDPS se concentre sur l'objectif de consolider son partenariat avec le peuple. En lieu et place, elle se laisse guider par les caprices et les provocations de son encombrant allié, qui n'est autre que le FCC de Joseph Kabila.

L'UDPS est au pouvoir. C'est une évidence que Limete, son QG, semble ignorer. Depuis une année, l'UDPS peine à se départir de ses vieux réflexes de « combattant ». Les longues années de lutte, soit 36 ans, l'ont totalement déformée.

Il est temps de changer le fusil d'épaule en adoptant une nouvelle stature. Il s'agit pour l'UDPS, et toute la machine politique de CACH, de se réorganiser pour incarner le pouvoir que Tshisekedi exerce depuis le 24 janvier 2019.

La grande gueule dont font preuve la direction et la base de l'UDPS ne va pas consolider le pouvoir de Tshisekedi. Bien au contraire, elle a l'inconvénient de le distraire.

Quoiqu'allié de CACH dans la coalition gouvernementale, il ne faut pas oublier que le FCC ne cache jamais ses intentions de revenir le plus rapidement possible au pouvoir. L'UDPS ferait mieux de ne pas tomber dans le piège de la famille politique de Kabila.

En 2020, on s'attend aux actions. C'est la promesse faite par Félix Tshisekedi devant le Parlement réuni en Congrès. L'action, c'est aussi se recentrer sur le pouvoir d'État, en montant des stratégies cohérentes pour mieux l'exercer et le conserver le plus longtemps possible. Qui veut aller loin, prévient le Sage, ménage sa monture.

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