Sénégal: Média-TIC

23 Janvier 2020

Mon collègue Oumar Fédior, en saillies provocatrices, me demande, un jour, ce qui faisait de Hamet Ly, présentateur d'une émission en Pulaar sur la 2Stv, un bon intervieweur (et pour moi, c'est sans doute l'un des meilleurs au Sénégal), après que j'ai loué ses qualités professionnelles sur Facebook, le « new penc » démocratisant.

Je lui réponds, toujours sous le ton de la boutade, ceci : « il ne dit pas toujours à ses interlocuteurs, quelles sont vos impressions, vieille rengaine de journaliste pour se sortir du pétrin de l'inculture. Pour être plus sérieux, j'ai été particulièrement séduit par la qualité de ses invités (pas forcément la nouvelle vague des effrénés narcisses délirants et intempestifs), la charpente de son questionnaire, son souci de rendre les choses faciles à comprendre pour ses téléspectateurs... Il sort du carcan médiatique abêtissant et des sentiers battus. Et en plus, il est poli ».

Il lui faudra, toutefois, faire un peu plus pour étendre son audimat ! Entrer par exemple dans « la tête des gens » pour rendre des oracles comme s'y est récemment employé un de nos « grands » dans le métier que nous aimons bien d'ailleurs. L'autre possibilité qui s'offre à ce brillant journaliste, Hamet Ly, -que je ne connais pas personnellement- pour se nimber d'une auréole de gloire est de se distinguer dans l'exubérance de paroles incongrues, captieuses et insignifiantes pour exciter les masses niaisement joyeuses qui en raffolent. C'est le paradoxe de notre ère. On passe son temps à casser du journaliste pour les valeurs détestables qu'il met en lumière par la voix ou la plume et, inconséquemment, l'on célèbre ceux qui, dans la corporation, servent d'emblème à la turpitude. C'est comme lorsque l'on mène grand tapage pour louer le Seigneur et ses Saints quand les âmes harassées cherchent le sommeil alors que la sulfureuse Rangou, objet social et de réflexion pour les psychanalystes, fait recette plus que tous les prédicateurs du Sénégal réunis. On prêche la bonne parole pour ensuite aller exalter ceux qui la décrédibilisent publiquement et qui en font leur attirail de guerre.

La société semble condamnée à une sorte de débilité mentale, et cette déliquescence n'épargne aucune sphère. Ceux qui sont attirés par la lumière s'engouffrent dans cette brèche pour envahir un espace public infesté par les égos. On ne parle même plus de connivence entre les journalistes et ceux qui tirent les ficelles. Le doute dissimulait les pires ignominies auxquelles s'abaissaient certains pour exister et jouir d'une notoriété « pestilentielle ». Aujourd'hui, c'est la prétention pour certains, et même la fatuité, pour d'autres, qui projettent une image avilissante du journaliste. Ce sont malheureusement ceux qui débitent avec emphase et grandiloquence dans l'espace partagé, dépassant la fiction grâce à leur imagination fertile et brillante (s'ils devaient être appréciés par un jury de cinéma) qui se fabriquent une « réputation » dans l'imaginaire de personnes, de temps en temps, distraites par l'invraisemblance.

Nous le disions, ici, dans nos sociétés, parler en public est presque un rituel truffé de précautions oratoires et de codes de convenance. On y éructe des injures et y loue le bien, mais tout en « poésie ». Nous ne disons pas ce qui nous passe par la tête de manière inconsidérée sans mesurer les conséquences et la perte de temps que certaines futilités peuvent causer. C'est regrettable que les néo « penc », c'est-à-dire l'espace audiovisuel réinventé pour ne pas dire estropié et les réseaux sociaux (malgré leurs énormes avantages), aient chambardé toutes les structures de notre unité psychique, trame de notre destinée, de notre commune volonté d'être ce qui nous identifie comme communauté. La boulimie du paraître a ceci de dramatique qu'elle menace l'équilibre mental, nous fait succomber à l'obsession. Dans ces moments-là, on dit beaucoup de choses. Et il est devenu si aisé pour le héraut d'annoncer les prophètes. C'est ce qui rend si difficile, aujourd'hui, le travail du journaliste. Surtout quand le héraut s'amuse à s'ériger en héros. Le nouveau tic médiatique.

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