Burkina Faso: Physique spatiale au Burkina - « Notre premier satellite sera dans l'espace avant décembre 2020... », Pr Fréderic Ouattara

23 Janvier 2020
interview

Occupé par ses fonctions administratives de président de l'université Norbert Zongo de Koudougou et ses cours de physique, Pr Frédéric Ouattara, fait pour autant avancer son projet de construction d'un satellite dénommée « Burkina Sat1 ». Le meilleur physicien spatial d'Afrique en 2018 rêve d'« envoyer » son pays dans l'espace. Il dévoile les tenants et aboutissants du projet à Sidwaya dans cet entretien.

Sidwaya (S) : En décembre 2018, vous avez été désigné meilleur physicien spatial d'Afrique aux Etats-Unis. De retour au pays, vous avez annoncé votre souhait de créer une agence spatiale et de construire un satellite. Que sont devenus ces projets ?

Fréderic Ouattara (F.O.) : Ces projets sont en bonne voie. L'agence spatiale est une structure qui peut être administrative à plusieurs composantes. On peut avoir aussi bien la physique à l'intérieur, la biologie et autres. Mais, nous les physiciens, nous nous focalisons sur le côté satellitaire. Actuellement, nous sommes en train de réaliser un pan de l'agence qui est la construction du satellite burkinabé. Il y a aussi l'utilisation d'autres appareils qui viendront après, pour compléter l'arsenal. L'agence sera une structure administrative qui pourra avoir ses démembrements dans les autres régions, en fonction des spécificités. Elle va permettre au Burkina de s'engager pleinement dans l'ère du spatial.

S. : A quoi peut servir un satellite pour un pays comme le Burkina?

F. O. : Nous sommes dans les sciences de l'espace pour le développement. La télémédecine est faite par satellite. Il y a aussi le contrôle et l'avancement du désert, la gestion des maladies émergentes liées notamment à la pollution, les problèmes respiratoires et la recherche pour améliorer l'agriculture. Il y a la protection même de l'humain. Récemment, il y a eu des cyclones en Afrique australe avec des morts, parce que les gens n'avaient pas les moyens de contrôler et de prévenir les catastrophes naturelles. La construction d'un satellite pour le Burkina permet de parer à toutes ces situations. Avec un satellite, nous pouvons comprendre certaines situations et prévenir des catastrophes naturelles. Le Burkina est un pays sahélien. Le désert avance, il faut le contrôler pour aider le paysan qui veut cultiver, qui pense qu'il va pleuvoir. Il investit dans le sol, alors qu'il y a un phénomène météorologique qui se prépare. Nous pensons à notre satellite « Burkina-Sat 1 ».

S : Etes-vous seul à travailler sur le projet ?

F. O. : Nous sommes soutenus par des chercheurs de notre laboratoire de Recherche en Energétique et Météorologie de l'espace « LAREME ». Nous avons dans notre équipe des Burkinabè de la diaspora, ayant des compétences en ingénierie et dans le domaine des sciences de l'espace.

S : Quel est l'état d'avancement de la construction du satellite « Burkina Sat1 » ?

F. O. : Tout a commencé quand j'ai été reçu par le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, pour lui présenter le Prix du meilleur physicien spatial d'Afrique. Au cours de l'audience, je lui ai parlé de la mise en place du satellite burkinabé, de sa contribution à la lutte contre la désertification, à la protection des ressources en eaux souterraines, du couvert végétal et d'autres aspects. J'ai eu une oreille attentive de sa part. Alors, je voudrais dire merci au Président du Faso et au ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l'Innovation, Pr Alkassoum Maïga qui ont permis d'inscrire le projet de satellite burkinabé, dans le budget de l'université Norbert-Zongo. Nous avons lancé le marché d'appel d'offre pour l'acquisition du matériel, pour réaliser la station au sol du satellite. Il y a les appareils de mesure et les antennes à acheter. La deuxième phase consistera à payer les éléments qui vont permettre de construire le cube satellite. La livraison des éléments de la station au sol est prévue pour le 24 février 2020. Le test de la station au sol, le 28 février 2020. Au cours de ce test, on verra déjà tous les satellites qui passent au-dessus de Koudougou. On pourra les interroger pour voir ce qu'ils reçoivent comme données. Après nous allons réaliser le cube lui-même pour le livrer autour de fin mars-début avril 2020. La troisième phase sera de faire des tests du cube satellite conçu. Il y a le test du vide pour être sûr qu'il n'y a pas de particules à l'intérieur. Il y a le test thermique pour s'assurer que le satellite va résister à l'élévation de la température, lorsqu'il sera en orbite. Il y a aussi le test des panneaux solaires, pour voir leur résistance. Il y a le test du champ magnétique.

S : A quand est prévu le lancement de Burkina Sat1 ?

F. O. : Pour l'envoyer dans l'espace, il faut trouver un lanceur. Le lanceur coûte très cher. C'est pourquoi, il y a des coopérations avec des pays comme le Japon, la Russie, les Etats-Unis, la Chine qu'il faut exploiter. Avec l'aide des Nations unies, le Japon permet aux pays du tiers monde de lancer leurs satellites. Donc, c'est le Japon qui pourrait nous aider pour le lancement. Mais ça c'est une autre phase qui ne dépend pas de nous. Si ce pays nous aide, nous serons obligés de lui envoyer notre cube satellite pour les tests précités avant toute opération de lancement, car, d'une part, nous ne sommes pas un organisme d'accréditation et, d'autre part, il faut s'assurer que les satellites embarqués ne seront pas un danger non seulement pour les autres qui y sont mais aussi pour le lanceur. Si tout va bien, nous aurons Burkina-sat 1 avant décembre 2020. C'est pourquoi, nous sollicitons plus d'accompagnement pour que cela soit une réalité. J'ai reçu un appel à projet, je vais postuler pour qu'on puisse être pris en compte dans le cadre du lancement du satellite par l'agence spatiale Japonaise JAXA. Nous sommes sur de bonnes voies.

S. : C'est quel type de satellite ?

F. O. : Burkina-sat1 sera un satellite de surveillance et d'objectifs scientifiques. Quand on construit un satellite, on met les appareils de mesure que l'on veut. Si je veux voir les hommes, je mets les camera de haute résolution qui me permettent de voir les hommes. Mais si nous voulons regarder le sous-sol burkinabé, nous mettrons des caméras qui permettent de mieux regarder le couvert végétal, de faire la prospection minière, de voir la ressource en eau, de jour ou de nuit. Ce volet scientifique nous intéresse. Si vous placez plus d'appareils de mesures dans le cube satellite, il vous revient très cher. Notre satellite permettra aux enseignants-chercheurs de travailler à la formation à la relève et de permettre au Burkina Faso de « mieux manger » et de mieux se protéger contre les aléas climatiques et autres.

S : Combien va coûter Burkina Sat1 ?

F. O. : Ne regardez pas le coût, regardez plutôt ce qu'il va apporter au pays, le service qu'il va rendre. Le satellite va rendre plus de services que ce que nous allons investir.

S : Où sera située la station au sol du satellite ?

F. O. : La station au sol sera à l'université Norbert-Zongo à Koudougou. Ce sera la ville spatiale du Burkina Faso. C'est notre souhait.

S : Quelles sont vos attentes vis-à-vis du gouvernement, par rapport à ce projet ?

F. O. : Je souhaite que le gouvernement continue d'appuyer financièrement le projet et qu'il y ait un encouragement pour créer l'émulation pour les disciplines scientifiques. C'est en cela que l'agence spatiale est importante ; elle permettra d'enrôler tous ceux qui ont des projets pour créer un consortium et devenir plus grands et plus forts. Dans ce cadre, nous sommes allés à Koforidua, à l'Est du Ghana pour nouer des relations avec les scientifiques ghanéens. Nous y avions observé ce qui est fait dans cette université privée de Koforidua. C'est d'ailleurs elle qui a réalisé le premier satellite du Ghana, lancé depuis 2017. Nous sommes en bon terme et le meilleur reste à venir. Je souhaite que le gouvernement continue d'aider et d'encourager l'installation du satellite pour permettre à la science de se développer. Dans tous les cas, nous en aurons besoin. C'est pourquoi, nous voulons créer un planétarium pour aiguiser le goût de la science chez les enfants. Si la passion y est depuis l'école primaire, les lycées scientifiques auront un sens et les parcours scientifiques à l'université vont refuser du monde. Avec le planétarium, les enfants vont s'intéresser à la science. Ils feront de la science en s'amusant.

S : Qu'est-ce qu'un planétarium ?

F. O. : Le planétarium est un espace récréatif au sein duquel un citoyen lambda peut comprendre comment l'univers a été créé et a évolué. Comment, par exemple, une étoile nait, grandit et meurt. Dans un planétarium, le ciel qui est loin, en haut sera plus proche de nous. Il va permettre aux jeunes de comprendre et d'aimer la science, de savoir que ce qu'ils voient dans le ciel, à la télévision n'est pas aussi sorcier que cela. Dans ce planétarium, il y aura deux façons de voir les choses. La première, ça sera comme si vous étiez dans une salle de cinéma, on projette avec les vidéos, les constellations... La deuxième, on aura des lunettes en 3D. Quand on les porte, on se retrouve dans l'espace en train de regarder. Après deux heures de vidéo, on devient une autre personne. Nous avons réalisé un plan du planétarium, nous attendons les financements.

S : Et quand est-il du site du planétarium ?

F. O. : La maquette est là, il faut faire l'évaluation budgétaire. Pour le site, ce sera à l'université de Koudougou. Le Maryland est la base de la NASA aux Etats-Unis, Koudougou sera la base de l'agence spatiale au Burkina Faso.

D'autres pays africains ont déjà ces cadres de stimulations scientifiques.

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