Madagascar: Rituels antankarana avant une grande cérémonie

Avant toute cérémonie royale importante ou dans les circonstances très graves, guerres, calamités publiques, épidémies, le Mpanjaka doit aller en grande pompe prier ses ancêtres enterrés dans les grottes de la falaise de l'Ankarana.

En 1949, il est décidé par le conseil qu'il irait demander leur protection pour les cérémonies du mât du pavillon et de la circoncision. En principe, cette visite doit avoir lieu un an auparavant, mais étant donné l'urgence de rétablir le mât disparu depuis 1947, à cause des troubles politiques de cette année-là, elle ne se fait que deux mois auparavant, c'est-à-dire le vendredi 2 septembre.

La veille, le Mpanjaka, avec sa suite et toute la population, se rend à Ampamahambahiny (l'endroit où les étrangers peuvent aller), petite vallée enserrée dans une coupure de la falaise. La nuit se passe en fête sans cérémonie spéciale, mais il est défendu de se coucher les pieds au Nord ou à l'Est car les tombeaux des rois se trouvent dans ces directions.

Le vendredi, au lever du soleil, la sœur aînée du Mpanjaka, Andriambavibe, fait coudre par les princesses l'étoffe destinée à être déposée sur la tombe de Tsialana Ier ; elles chantent des Rary ou des chants sacrés dans la position assise, ce qui est un fait exceptionnel. Par la suite, les danses sacrées, au nombre de deux ou quatre, sont exécutées. Elles sont d'origine sakalava.

Deux danseurs coiffent le sabaka, bonnet de feuille de latanier en forme de mitre qui s'élargit vers le bout, l'un recouvert d'une toile rouge portant un croissant et une étoile rouge sur le devant et l'autre d'une toile rouge portant un croissant et une étoile blanche. Cette toile retombe comme un voile jusqu'aux épaules.

Ils mettent en bandoulière une étoffe assortie à la couleur de leur bonnet et une ceinture d'étoffe contenant par derrière, sur les reins, une sorte de paquet. Le tout s'accompagne d'un pagne de couleur. Ils tiennent à la main droite, par l'évidement de la crosse, un fusil et à la main gauche, à bout de bras entre le pouce et l'index, un mouchoir (tsiahifiky, qu'on ne peut pas jeter) de la même couleur que la coiffure.

Lorsque le danseur est un prince, il est entouré de deux danseuses qui tiennent une baguette, fihozoky à la main droite ; s'il n'a pas ce titre, il n'a droit qu'à une danseuse. Elles portent aussi les mouchoirs. Les femmes peuvent accomplir ces danses ; en ce cas elles sont entourées de deux hommes ou accompagnées d'un seul. Les coiffures, les diverses étoffes, les pagnes et les baguettes sont gardés chez le Mpanjaka et ne sont utilisés que dans les cérémonies.

Ces danses sont d'inspiration guerrière et consistent en un trépignement d'arrière en avant, d'avant en arrière, de droite à gauche, de gauche à droite, le fusil tantôt brandi, tantôt pointé vers l'adversaire qui recule, suivant le rythme des deux hazolahy, tambours de forme allongée recouverts de peau de vache, accrochés à un piquet et sur lesquels les tambourinaires tapent sur la face intérieure avec la main, sur la face supérieure avec une baguette, et de la trompe dite tandrokaka, faite vraisemblablement avec une corne d'antilope-cheval et importée d'Afrique.

À la fin des figures, les danseurs viennent s'agenouiller devant le Mpanjaka en baissant le front et en présentant le fusil étendu à plat sur leurs mains ouvertes. Ils reçoivent une récompense en argent. À préciser cependant qu'à Ambatoharanana, c'est plutôt devant le mât de pavillon qu'ils s'inclinent.

Tout le monde, le Mpanjala en tête, se dirige alors vers le Nord, traverse la rivière de l'Ankarana sur un tronc d'arbre branlant et pénètre dans la grotte qui mène au cirque de l'Antavy où sont enterrés Andriantsirotso et Lamboeni. Les princesses portent les Tsontso et autres objets consacrés. Il faut entrer dans les grottes, vêtu d'un pagne et non d'un pantalon ou d'un short. Les Européens, quant à eux, se passent seulement l'étoffe sur les épaules pour que les ancêtres ne les confondent pas avec les Hova à cause de leur teint clair.

Le Mpanjaka, avant d'entrer, annonce que les Hova, Antemoro, Betsileo, Betanimena et les Antankarana descendants de Njakalagnitsy, le traître qui a livré le passage aux soldats hova, ne doivent pas y pénétrer. L'on marche dans les éboulis du mur que les Hova d'Ambohimarina ont construit en 1835-1837 pour bloquer le roi Tsimiaro.

À cinq minutes de là, on franchit une espèce de porte naturelle très étroite, passage obligé où les Antankarana ont arrêté les ennemis. Enfin, au bout de dix minutes, à la lueur des torches de feuilles de latanier, on accède à une ouverture donnant sur le cirque à ciel ouvert de l'Antavy.

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