Congo-Kinshasa: Tensions ou dissensions ?

Un vif débat s'est emparé du microcosme politique depuis le 19 janvier dernier. Au cours de cette soirée dominicale, le Président de la République qui s'adressait à quelques membres de la communauté congolaise à Londres au Royaume-Uni, avais mis en relief les difficultés rencontrées jusque-là dans la coalition FCC-CACH.

Félix Tshisekedi a bien dit qu'il n'avait pas l'intention de créer une crise, mais un groupe de gens veut l'inciter à le faire. En cas de crise, il préconise le «bic rouge» pour punir les ministres et mandataires véreux et aussi la dissolution de l'Assemblée Nationale. «Etait-ce une action de séduction ? Etait-ce une action pour convaincre la diaspora congolaise ?», s'interrogent certains analystes.

En RDC, ces propos tenus par le Chef de l'Etat suscitent des tensions et dissensions au sein de la coalition au pouvoir. Deux choses sont à craindre. Premièrement, il faut craindre que les extrémistes de tous bords (cadres et bases) se rentrent dedans. Deuxièmement, il faut redouter le dysfonctionnement des institutions. Sans trop attendre, la Présidente de la Chambre basse du Parlement, Jeanine Mabunda, est sortie de sa réserve pour prévenir le Président Tshisekedi de l'éventualité de sa mise en accusation pour haute trahison, conformément à l'article 165 de la Constitution. En revanche, les Députés membres du groupe parlementaire CACH et Alliés, camp politique du Chef de l'Etat, se désolidarisent de la Présidente de l'Assemblée Nationale et lui demandent d'en tirer toutes les conséquences. En clair, la démission de Jeanine Mabunda, issue du FCC, est donc exigée.

C'était au cours d'une cérémonie d'échanges de vœux avec des chevaliers de la plume que cette militante et présidente de la Ligue des femmes du PPRD avait reprécisé les conditions dans lesquelles l'on peut dissoudre l'Assemblée Nationale. Se référant à la Constitution, Jeanine Mabunda avait déclaré qu'au terme de l'article 148, il faut qu'il y ait crise, dysfonctionnement ou rupture totale de confiance entre le pouvoir Exécutif et le Législatif.

Elle avait aussi rappelé qu'il faut qu'il y ait concertation entre le Chef de l'Etat et les Présidents de deux Chambres du Parlement. Et qu'en définitive, l'ordonnance de dissolution devrait être contresignée par le Premier ministre qui, lui, est issu du FCC. Enfin, il faut aller aux élections anticipées. Ce qui suppose les moyens ainsi qu'une Centrale électorale dont les animateurs dispose d'un mandat valide. Or, à ce jour, l'examen du rapport de la CENI et la désignation de nouveaux membres du Bureau traînent dans les pupitres de l'assemblée nationale. Telle serait la démarche constitutionnelle. Au cas contraire, le Président de la République tomberait sous le coup de l'article 165 qui parle de «Haute trahison». Elle brandit donc, s'il échet, une menace claire d'enclenchement du processus de sa destitution.

Le mot «dissoudre» n'est-il pas l'arbre qui cache la forêt ? Le divorce entre FCC et CACH est-il déjà consommé ? Ce n'est plus qu'une coalition de façade ? Rien n'assure, ni rassure. L'incertitude plane. D'ailleurs, dans une vidéo interceptée dernièrement sur les réseaux sociaux, l'on y voit Emmanuel Ramazani Shadary, Secrétaire permanent du PPRD et candidat malheureux à la Présidentielle de 2018, face à un groupe de femmes de ce parti politique dont Jeanine Mabunda, en train de déclarer ce qui suit : «Nous leur [CACH] cédons la GECAMINES et la SNCC (deux entreprises publiques). Mais, s'ils osent toucher à Albert Yuma (PCA de la GECAMINES), nous allons déstabiliser le pays». L'heure est grave. Si les bases respectives de ces deux familles politiques entrent dans la danse, c'est l'embrasement de tout le pays, qui, pourtant, est à l'entame de l'an II de l'alternance dite pacifique et démocratique sous des soubresauts aux accents d'engendre la violence. Or, la violence, c'est la fille aînée de la guerre. Faisons gaffe !

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