Ile Maurice: Inondations et post-intempéries - Les causes des accumulations d'eau expliquées

Les fortes averses qui se sont abat- tues sur l'île mercredi ont provoqué des accumulations d'eau dans plusieurs régions, notamment à Cottage, Sainte-Croix, Terre-Rouge ou Albion. Qu'est qui explique le trop-plein d'eau de surface qui s'étend rapidement dans les champs, aux abords des ronds-points, dans les artères de nos villes et villages, entre autres ?

Est-ce la faute à un manque de drains, à une mauvaise planification infrastructurelle, à une urbanisation à outrance ou au changement climatique ? Ou à autre chose ? Explications.

Pour l'urbaniste, Vasantt Jogoo, la situation est grave. «Ce n'est pas une perception ou une exagération. La situation empire année après année. En une heure de pluie, le pays est inondé.» Selon lui, c'est le résultat d'un manque de planification. Il attribue cette situation au fait que notre île serait, selon lui, urbanisée à une grande échelle. «Il y a une urbanisation de 25 % par rapport à notre territoire alors que pour les pays développés, cela se monte à peine à 5 %. Nous avons bétonné un peu trop le sol du pays. La surface de la terre se retrouve ainsi imperméabilisée.»

Selon l'urbaniste, le béton ou le bitume a réduit la surface naturelle de la terre, qui agit normalement comme une éponge absorbante. «Quand il pleut, l'eau de pluie ruisselle un peu plus. Elle n'est pas absorbée par la terre et elle n'est pas canalisée vers les drains naturels. Elle suit d'autres chemins.» Il cite comme exemple l'autoroute qui se transforme vite en rivière en crue lors de grosses averses.

Il explique qu'il faut revoir notre modèle de développement. «Il faut venir avec une politique d'aménagement du territoire. Le gouvernement doit reprendre son rôle. Il doit assurer sa responsabilité de gérant du patrimoine foncier. Car nous parlons là de biens communs.» Aussi, il faut arrêter l'urbanisation diffuse.

Autre phénomène : la topographie agricole. Selon Vasantt Jogoo, avec la mécanisation, les établissements sucriers ont dû procéder à des épierrages de leurs champs. Ce qui a détruit des drains naturels. «L'eau de pluie n'a plus d'exutoire.» Le changement climatique est également pointé du doigt. «Les pluies sont moins fréquentes mais gagnent de plus en plus en intensité. L'effet combiné du sol déjà détrempé et de la pluie fait que plusieurs régions sont touchées dans un court laps de temps.»

C'est également le constat de l'océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppaymuthoo. Selon l'expert, le changement climatique se fait ressentir avec des pluies de l'ordre de 100 mm, voire de 200 mm dans un laps de temps très court. En effet, l'épisode pluvieux de mercredi a été provoqué par le passage d'une zone de basse pression sur Maurice et en 24 heures, presque 100 mm de pluie ont été enregistrés. «Depuis décembre, les pluies sont plus fréquentes. Le passage de Calvinia et les pluies récentes provoquent ces inondations, car le sol n'arrive pas à absorber le trop-plein d'eau. La moindre averse peut se transformer en inondation.»

Selon la météo, le bulletin bimensuel sur la pluviométrie indique qu'il n'est tombé que 39 mm de pluie sur toute l'île pour la première quinzaine de janvier. Depuis une dizaine de jours, le temps est plus pluvieux, avec les tempêtes de la mousson qui transitent dans le sud-ouest de l'océan Indien.

Toutefois, selon Vassen Kauppaymuthoo, ce n'est pas seulement le changement climatique qui est en cause. Selon lui, les constructions illégales sur les berges des rivières et sur les drains naturels, les déchets qui bouchent les drains, entre autres, sont les causes de ces inondations. «C'est pour cette raison que des villes, des villages et de nouvelles régions sont touchés par des inondations. L'eau ruisselle en surface, les rivières sont en crue et les rues inondées.»

Pour un professionnel en ingénierie, Maurice dispose déjà d'un bon réseau de canalisation. «C'est la culture de maintenance qu'il nous faut», fait-il ressortir. Il estime que le nettoyage des drains doit se faire toutes les semaines. Ensuite, il explique qu'il ne faut pas les recouvrir. Autre suggestion : ne pas faire du bétonnage. «Il faut prendre en considération la hauteur des bâtiments. Avant de donner un permis, il faut s'assurer que le bâti- ment soit plus haut que le niveau de la route.» Selon lui, les drains doivent être plus larges et plus profonds à cause des pluies intenses.

Un autre ingénieur civil explique, lui, qu'à chaque projet, il faut procéder à une nouvelle analyse de l'eau de ruissellement, en tenant compte de l'actuelle situation de construction, par rapport à la date à laquelle le drain existant a été conçu. Et, si nécessaire, modifier les drains existants. Une autre solution consiste à construire de nouveaux drains pour «travailler» avec ceux existants. Y a-t-il des dimensions spécifiques à respecter ? «Non. Les calculs donnent une section transversale des drains. Puis, selon les conditions du sol, la largeur et la profondeur sont ajustées pour maintenir la zone.»

Du côté du ministère des Infrastructures nationales, l'on affirme que le plus grand obstacle rencontré pour la construction de drains, c'est l'acquisition des terres. Ce qui fait que certains projets piétinent. Selon un cadre, des projets de drains sont en cours d'achèvement cette année. Tout d'abord à Fond-du-Sac. La construction de drains sur une distance de 1 400 mètres prend fin en novembre. Si les travaux d'excavation ont été complétés, il faut à présent bétonner, affirme un cadre. Plus de Rs 100 millions ont été déboursées pour ce projet. Entre-temps, des murs de rétention à certains endroits ont été érigés pour canaliser l'eau en cas d'accumulation. À Cottage, 85 % des travaux ont été complétés, selon notre source. La construction de drains sera achevée fin mars. À L'Amitié, des travaux d'excavation sont en cours et devraient être complétés en août. Coût des travaux ? Environ Rs 56 millions.

Les procédures d'Emergency Procurement pour la construction d'autres drains ont déjà été enclenchées. L'on affirme que les travaux devraient commencer incessamment. Les régions concernées sont La Paix à Piton, Kestrel Lane à Terre-Rouge, Cité Roma à Riche-Terre, Poste-de-Flacq, Nouvelle-France, TroisBoutiques, Camp-Thorel, New-Grove, Morcellement La Vallée Ste-Croix, Plaine-Magnien, Mare-Tabac, Vallée-Pitot, Tranquebar, le centre de Port-Louis, Flic-en-Flac, La Flora, Terre-Rouge et Albion.

Selon notre source du ministère, les études topographiques menées actuellement sous le Land Drainage Master Plan seraient utiles pour l'identification des régions décrétées comme des zones à risque pour les inondations. «Nous saurons dans quelle région il faudra installer des drains.» Le ministère recense déjà 22 zones de ce type. Elles sont 19 à Maurice et 3 à Rodrigues. Plus de 200 régions sont des zones à risques pour des inondations.

Menace de boue devant Bagatelle

Lors des averses de mercredi, l'entrée du complexe commercial de Bagatelle a été envahie par une coulée de boue provenant du chantier de Decathlon, rendant la conduite difficile pour les automobilistes. Certains pouvaient à peine circuler. Comment se fait-il que de la terre s'est déversée sur la route ? L'«express» s'est tourné vers Ascensia, gérant du complexe, pour des explications. «Les drains adéquats sont déjà prévus dans le développement et nous ferons le nécessaire une fois que les travaux commenceront sur le site», explique Tassawur Lecordier, Development Manager chez Ascensia.

Les mairies sur le qui-vive

Les cinq villes du pays sont en alerte depuis mardi, avec l'avis de fortes pluies et, maintenant, la perturbation tropicale qui se trouve dans nos parages. À Port-Louis, le lord-maire Mahfooz Moussa Cadersaib souligne que les drains placés sous la responsabilité de la mairie ont fonctionné, sauf à quelques endroits, à cause des déchets les obstruant. Joint au téléphone, il explique que les employés de la mairie étaient sur le terrain, pour éviter le pire. À Allée Père-Laval, le lord-maire souligne que c'est un tuyau d'eaux usées qui a provoqué une inondation. À Quatre-Bornes, même constat. Le maire Nagen Mootoosamy explique que les drains ont fonctionné sauf dans deux localités. «Nous avons prévu une cinquantaine de sacs de sable, qui sont placés devant les bâtiments à Lallbahadoor Shastri Avenue et Avenue Ibis. Cette opération sera répétée quand il le faudra, pour essayer de contenir les accumulations d'eau.» Les maraîchers de Quatre-Bornes avaient été surpris par la montée des eaux mais les officiers de la mairie se sont attelés à réduire la pression. Nagen Mootoosamy souligne que 80 % des drains de la ville sont nettoyés régulièrement. Dans les villes, le Local Emergency Operations Command est placé sous la responsabilité des maires, qui président un comité avec les parties concernées. À l'approche d'un cyclone, tous les aspects sécuritaires sont passés en revue.

La Butte : les drains évacuent l'eau rapidement

Si pendant les travaux du Metro Express, la crainte des habitants portait sur la région de La Butte, considérée comme zone à risque pour les glissements de terrain, force est de constater que les averses de mercredi n'ont causé aucun dégât, encore moins des inondations. Comment se fait-il qu'il y a quelque temps, un pan de la route avait cédé à cause d'un trop-plein d'eau de pluie, et que ce n'est plus le cas aujourd'hui ? Interrogée, une source proche du dossier explique que des études géotechniques ont été entreprises dans la région. Le constructeur Larsen & Toubro a mis en place un système de drains pour l'évacuation des eaux pluviales depuis la montagne des Signaux. «Tous les drains, y compris celui du milieu, sont aujourd'hui fonctionnels. De plus, une équipe d'inspection du constructeur vérifie chaque coin et recoin, pour voir si le système fonctionne. L'eau s'évacue rapidement.»

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