Congo-Brazzaville: Route Kinkala-Mindouli/ Raul Mateus Paula - « Il faut réagir vite pour sauver cet investissement »

interview

En poste au Congo depuis 2018, l'ambassadeur, chef de la délégation de l'Union européenne (UE), Raul Mateus Paula, évoque, dans une interview aux Dépêches de Brazzaville, les actions menées, ces derniers mois, par son institution en faveur des populations et donne son avis sur les questions liées à la gouvernance et le processus électoral en cours, mais également la route Kinkala-Mindouli pour laquelle il invite le gouvernement à réagir vite pour sauver cet investissement.

L'UE a été l'un des partenaires du Congo à réagir promptement en faveur des populations inondées du nord. Pourquoi tant d'attention portée aux catastrophes naturelles ?

Par solidarité aux populations victimes des inondations dans les départements du nord Congo, l'UE ne pouvait être indifférente à cette situation qui a mis à mal quelque 180 mille personnes sinistrées. Pour alléger leur souffrance, nous avons aussitôt passé des messages auprès des organismes et services en charge de l'aide humanitaire, lesquels ont répondu promptement à l'appel d'aide du Congo Brazzaville et de la République démocratique du Congo qui connait, elle aussi, une situation dramatique.

Les deux délégations ont donc débloqué un montant d'un million d'euros (656 millions FCFA) dont 300 mille euros pour le Congo Brazzaville. Je suis heureux parce que nous avons travaillé de commun accord avec le PAM, qui a mis en place un système très pratique en utilisant la plate-forme qui permet d'élaborer la liste des potentiels bénéficiaires, en se basant d'une carte électronique.

Le partenariat avec l'Union européenne est multiforme. Nous avons l'aide au développement et l'aide d'urgence qui est un cas d'urgence. Mais il faut que nous fassions, avec le PAM, le point de l'aide au développement dans ces départements. Dans ces régions où nous sommes intervenus, nous comptons aussi renforcer nos projets au développement, dans le domaine de l'agriculture et dans le soutien des populations. Vu que nous sommes à la fin d'une programmation du 11ème FED qui se termine en 2020, en attendant une nouvelle programmation qui va arriver. Malheureusement, l'humanité ne se porte pas bien avec des guerres et des catastrophes naturelles, il y a les Nations unies qui vont faire appel aux fonds d'aide vu qu'il y a de plus en plus de besoin. En gros, la résilience est vraiment importante

L'une des activités phares de l'UE en 2019 a été l'organisation du séminaire sur Erasmus. En quoi consiste ce programme et quel est son intérêt pour les bénéficiaires ?

En arrivant au Congo, j'ai constaté que ce programme, qui offre beaucoup d'opportunités qui a un grand succès depuis plus de 30 ans en Europe, n'était pas bien connu du fait d'un déficit d'information.

Il offre des possibilités que ce soit pour les masters, licence-master, mobilité des étudiants, les universitaires, les centres de recherche de l'université, la formation professionnelle et même les sportifs. Au regard de cette palette très large, il fallait donc stimuler ce programme que nous avons matérialisé ensemble avec le gouvernement et les universités, avec le concours des Etats membres, mais également les différentes agences.

Pour la première fois, le séminaire Erasmus organisé à Brazzaville a été un grand succès avec des débats de grande qualité. Dans la suite dudit programme, l'appel à proposition s'étale jusqu'au 5 février après quoi, nous tiendrons une autre réunion ici même à la délégation de l'UE pour mobiliser de nouveau les étudiants qui s'intéressent à ce programme qui a été encouragé par le sommet des chefs d'Etat en novembre 2017 et dont l'une des recommandations était de faciliter la mobilité des jeunes en Europe et dans le monde.

Vous arrivez au Congo au moment où le pays était en pleine discussion avec le Fonds monétaire international, dans le cadre d'un programme de Facilitation élargie de crédit. Comment appréciez-vous ce programme pour les pays en développement ?

Effectivement j'ai trouvé, à mon arrivée, le Congo dans une situation de dette interne, externe et des traders qui était source de souffrance pour les congolais parce que l'Etat ne disposait plus des ressources financières nécessaires pour faire face à toutes ses charges liées notamment au paiement des salaires, des bourses et bien d'autres. Il est donc évident que l'accord conclu avec le Fmi est très important pour le pays, car il permet de retrouver les équilibres macroéconomiques, mais d'un côté il y a le problème de gouvernance auquel il faille s'attaquer.

Le Congo étant un pays à revenu intermédiaire et qui aspire à devenir un pays émergent a toutes les conditions pour y parvenir. C'est dire qu'il y a des raisons d'espérer. Cependant, il est important d'investir dans des projets structurants tels que l'énergie, le digital, l'agriculture et penser diversification de l'économie afin de sortir de la forte dépendance du pétrole.

Je me réjouis de cet accord d'autant plus qu'il offre un paquet d'aide budgétaire à la fois du Fmi, de la Banque mondiale et de la France qui d'ailleurs déjà réagit au même titre que la Bad. Par ailleurs, pour atteindre les objectifs de cet accord basé sur plusieurs mesures, il est nécessaire que les équilibres macroéconomiques soient retrouvés et donner une marge aux prêts souverains et financer des projets importants. Aussi, il est fondamental d'améliorer la gouvernance par la mise en œuvre des réformes portant notamment sur la transparence des flux financiers à travers la digitalisation, des audits et la lutte contre la corruption ; améliorer le climat des affaires afin d'attirer les investissements, ce qui permettra d'atteindre les objectifs visés pour les autorités congolaises.

Je me réjouis, d'une part de ce que le programme respecte les secteurs sociaux de base, ce qui allège, tant soit peu, les souffrances des populations. D'autre part, je souhaite que le gouvernement mette un accent particulier sur les mesures portant sur la moralisation des cadres et réduise des paiements cash en privilégiant le mode électronique pour éviter les détournements de fonds comme cela se fait aujourd'hui au niveau du secteur forestier grâce à la mise en œuvre du processus Flegt pour lequel le Congo a connu des avancées significatives.

L'UE dispose-t-elle des mécanismes d'appui du gouvernement en matière de bonne gouvernance ?

Nous avons dans tous nos programmes un volet bonne gouvernance. A titre d'exemple, il y a le programme de renforcement des capacités entrepreneuriales et commerciales qui a pour objectif d'améliorer le climat des affaires et la gouvernance dans les communautés locales : cas du projet de construction du port de pêche de Pointe-Noire cofinancé à hauteur de 30 millions d'euro avec l'AFD. En ce qui concerne les finances publiques, nous sommes également disposés d'aider le gouvernement dans l'amélioration de la gouvernance.

 Le Congo se prépare d'organiser, en 2021, l'élection présidentielle souvent source de violences. Comment l'UE entend-elle s'impliquer dans ce processus pour favoriser des consultations non violentes, transparentes, libres et crédibles ?

La démocratie et les droits de l'homme sont des valeurs fondamentales de l'Union européenne. Ceci dit nous partageons, dans le cadre de notre partenariat externe, des valeurs avec l'Afrique dans le cadre des accords de Cotonou. C'est dire que pour le cas précis, c'est au Congolais de gérer leurs affaires internes. Pour autant, nous discutons avec les autorités mais aussi la société civile sur le dialogue politique, la question des droits de l'homme et de la gouvernance électorale. Si l'opposition congolaise nous sollicite, je pense qu'il serait important d'échanger et discuter avec elle sur toutes ces questions.

Je pense qu'il est utile de se parler, de dialoguer parce que c'est par le dialogue qu'on parvient à trouver des solutions sur les questions portant sur la gouvernance électorale, la commission indépendante, le fichier électoral qui est toujours sensible lorsqu'il s'agit d'une élection, mais aussi la sensibilisation des électeurs et leur accès aux lieux du vote en vue d'une large participation des citoyens à ces échéances. En clair, nous, en tant qu'Union européenne, nous sommes prêts à accompagner le gouvernement, les partis politiques, le conseil national de dialogue et la société civile dans ce processus afin qu'il soit apaisé.

 Qu'en est-il aujourd'hui du tronçon Kinkala-Mindouli cofinancé par l'UE et le gouvernement et dont les travaux arrêtés pour cause d'insécurité dans le Pool tardent à être relancés ?

J'ai constaté à mon arrivée qu'effectivement ce projet était arrêté à la fois pour des raisons d'insécurité et de crise financière que traverse le pays.

Il faut cependant rappeler que ce projet est d'un montant de 60 millions d'euros dont 20 millions constituant la part de l'UE étaient décaissés. Etant largement avancés, ces travaux sont arrêtés jusqu'aujourd'hui faute de la contrepartie congolaise. Par conséquent, la société constructrice attend légitimement d'être payée.

Je voudrais faire un lien avec la crédibilité, ce qui m'a permis de tirer, auprès des autorités, la sonnette d'alarme pour dire que 20 millions d'euros c'est beaucoup d'argent d'où la nécessité de faire vite pour sauver cet investissement. Malheureusement, à ce jour, je constate que rien n'est fait et nous courons donc le risque que cet argent soit jeté. En ce qui me concerne, cela me pose un problème car il y a des risques que l'UE se retire du projet. D'où l'intérêt de réagir vite.

En effet, lors de la 11ème FED, l'UE, de même que la Banque mondiale, a pris l'option de ne plus continuer à financer des projets d'infrastructures s'il n'y a pas de bonne gouvernance. Pour le cas du tronçon Kinkala-Mindouli, je réitère mon appel aux autorités à sauver cet investissement, ce qui m'aiderait, sinon il me serait difficile de faire plaidoyer. Car je suis convaincu que ce pays a des atouts pour être un pôle de stabilité et de rayonnement pour l'Afrique centrale. Les conditions sont réunies et j'y crois.

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