Congo-Kinshasa: L'An 1 de Félix Tshisekedi - Un pas dans la bonne direction

L'attente aura été longue, la nuit du 9 au 10 janvier 2019, ayant tenu en haleine des Congolais en attente des résultats de la présidentielle de décembre 2018. Le nom du nouveau président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le cinquième après l'indépendance, a été dévoilé par la Commission électorale nationale indépendante aux petites heures, sous une forte clameur en signe de légitimation populaire.

Proclamé vainqueur du scrutin présidentiel avec 38,57% de suffrages, d'après les résultats provisoires de la Centrale électorale confirmés par la Cour constitutionnelle, Félix-Antoine Tshisekedi a été investi le 24 janvier 2019 consacrant ainsi la première alternance politique pacifique du pays depuis son accession à la souveraineté internationale.

Porté par la plate-forme électorale « Cap pour le changement, le nouveau chef de l'Etat a dû faire contre mauvaise fortune bon cœur en composant avec le Front commun pour le Congo, détenteur de la majorité parlementaire, sous la formule d'une gestion consensuelle du pouvoir.

L'effectivité de la coalition ainsi créée par ces deux grandes forces politiques a été traduite par la formation du gouvernement et la mise en place d'un programme commun de gouvernance. Mais Félix Tshisekedi n'avait pas attendu la constitution du gouvernement pour se mettre à l'œuvre, conduit par la seule obstination de réaliser ses promesses de campagne.

Réconciliation nationale

Conscient que la force d'un peuple repose sur la solidarité et la réconciliation nationale, il s'est, dès l'entame de son quinquennat, engagé à œuvrer pour la paix et la tolérance de sorte à favoriser une cohabitation pacifique entre les différentes communautés du pays.

Ainsi, la décrispation politique prônée par l'Accord de la Saint-Sylvestre dont il a fait son cheval de bataille, était passé vite d'une simple vue de l'esprit à une réalité vivante.

Dans sa quête effrénée de réaliser la cohésion nationale, Félix Tshisekedi s'est investi pleinement dans l'abaissement de la tension sociale avec notamment la libération des détenus politiques et d'opinion et le retour des exilés politiques.

Faisant preuve d'ouverture politique, Félix Tshisekedi a lâché du lest sur le volet des libertés publiques en martelant constamment sur sa volonté à laisser les Congolais s'exprimer en toute quiétude dans le strict respect des lois de la République et de l'établissement d'un Etat de droit.

Sous son leadership, les cachots privés ont été interdits de fonctionnement, le milieu carcéral qui, hier encore, passait pour des véritables mouroirs, a été assaini comme en témoignent les travaux de réhabilitation en cours au Centre pénitentiaire de rééducation de Kinshasa (CPRK). Cerise sur le gâteau : toutes les tendances politiques ont désormais accès aux médias officiels, notamment à la Radio télévision nationale congolaise (RTNC).

Retour sur la scène internationale

Dans la logique du cinquième président du Congo indépendant, toute coopération devra dorénavant se fonder sur le respect et la considération mutuelle, dans la logique d'un partenariat gagnant-gagnant.

Ce principe aura ainsi guidé ses premiers déplacements à l'étranger dont le leitmotiv était de sortir la RDC de l'isolement diplomatique dans lequel elle s'était empêtrée depuis des lustres.

Concernant les relations avec les pays frontaliers, Félix Tshisekedi a soutenu qu'il allait privilégier une politique étrangère axée sur le bon voisinage et le dialogue constructif avec les neufs pays voisins.

Normaliser avec tous les Etats et organismes internationaux avec lesquels la RDC était en froid pour une raison ou une autre, telle aura été l'idée directrice ayant sous-tendu les efforts diplomatiques de Félix Tshisekedi.

Sur ce front, les dividendes engrangés ne se comptent plus. Fermé depuis janvier 2018 sur décision des autorités congolaises de l'époque en raison d'un différend entre la Belgique et la RDC, le Centre européen des visas, né sur les cendres de la Maison Schengen, a pu rouvrir ses portes.

Le fait d'avoir posé cet acte et, surtout, permis le retour de l'ambassadeur européen à Kinshasa était suffisant pour l'Union européenne qui a finalement donné son quitus pour la relance de la coopération avec la RDC indépendamment des sanctions qui planent sur quelques autorités congolaises.

La reprise de la coopération structurelle avec les institutions de Bretton Woods, rompue vers 1991, a amené la Banque mondiale à envisager porter son enveloppe financière annuelle de 600 millions USD à 1 milliard USD.

De son côté, le Fonds monétaire international a annoncé le déblocage de 368,4 millions de dollars d'une ligne de crédit d'urgence pour permettre au pays de répondre «à ses besoins urgents en matière de balance des paiements.»

Chantre de l'intégration africaine, Félix Tshisekedi milite pour que l'Afrique joue un rôle de premier-plan dans le challenge de la mondialisation.

En cela, la RDC est prête à saisir toutes les opportunités qui s'offrent à elle pour intensifier les échanges commerciaux avec ses États voisins et faciliter la circulation des populations condamnées par la géographie, l'histoire et la culture, à vivre en parfaite entente et en harmonie.

Pour son baptême de feu au 32e sommet de l'Union africaine auquel il avait pris part, Félix Tshisekedi sera élu à la deuxième vice-présidence de l'institution panafricaine.

Sous sa facilitation soutenue par son homologue angolais João Lourenço, un mémorandum d'entente a été signé entre le Rwanda et l'Ouganda en date du 21 août 2019 à Luanda mettant ainsi fin au conflit qui couvait entre les deux pays.

Lutte contre la corruption

Chaque année, la RDC subit entre 16 et 20 milliards de dollars d'évasion fiscale, soit quatre fois le budget annuel. Sans ambages, Félix Tshisekedi a pris le pari de combattre ce fléau ainsi que les actes infractionnels qui lui sont voisins, en l'occurrence la concussion, le détournement des derniers publics, le favoritisme, le clientélisme, les malversations financières, etc.

Pour y parvenir, il s'est attelé, au-delà de la double approche répressive et préventive, à renforcer le cadre légal de sorte à mettre en place des mécanismes et moyens de lutte plus adaptés contre la corruption. Pour prévenir ce fléau, il a crée un service spécialisé pour le changement de mentalité au sein de son cabinet.

Concernant l'économie congolaise, extravertie et dépendante à plus de 80% du secteur minier, Félix Tshisekedi milite pour sa diversification en prônant le primat du sol sur le sous-sol. La mise en place des zones économiques spéciales fait partie justement des stratégies devant concrétiser cette approche.

Aussi,le programme présidentiel accéléré de lutte contre la pauvreté et les inégalités lancé le 16 octobre à Kinshasa vise-t-il à sortir de la pauvreté 20 millions de Congolais vivant en milieux urbain et rural dans les cent quarante-cinq territoires que compte la RDC dans les cinq prochaines années. Le défi étant de transformer le potentiel agricole congolais avec ses 80 millions d'hectares de terres arables et 40 millions irrigables.

Le défi de l'insécurité

A son arrivée au pouvoir, six des vingt-six provinces du pays étaient terrassées par des conflits armés. Aujourd'hui, grâce au discours de paix prôné par le Premier des Congolais et à l'action des Fardc, la paix a été rétablie au Kasaï et le sera bientôt dans le Tanganyika. Depuis l'établissement de l'état-major avancé à Beni, la quasi-totalité des sanctuaires des ADF MTM et des forces négatives sont en train d'être démantelés.

L'autorité de l'État est en train d'être rétablie dans ces coins du pays grâce au discours mobilisateur et motivant de Félix Tshisekedi. Bien plus, il a été procédé au changement de tout le commandement de la zone opérationnelle et au relèvement de tous les militaires comme réclamé par la population.

Programme d'urgence de cent jours

Le Programme d'urgence dit de cent jours a été exécuté sous la conduite des services de la Présidence de la République jusqu'en novembre 2019.

Il a été repris depuis lors par le nouveau gouvernement. Les secteurs des infrastructures routières, de la santé, de l'éducation, de l'habitat, de l'électricité, de l'eau ainsi que de l'agriculture, pêche et élevage ont constitué les grands axes de son exécution.

Avec quatre cent vingt-cinq projets disséminés dans toutes les vingt-six provinces de la République, évalués à 492 millions de dollars américains, avec un décaissement à date de près 70 %, ce Programme aura donné la mesure de l'ambition de Félix Tshisekedi à faire bouger les lignes via des actions courageuses et porteuses de croissance.

Gratuité de l'enseignement

Sous le leadership de Félix Tshisekedi, plusieurs mesures déterminantes ont été prises dans le sens d'un redéploiement des dépenses publiques. Il en est ainsi de la gratuité de l'éducation de base conformément à l'article 43 de la Constitution.

Le gouvernement a procédé depuis septembre 2019, sur instruction du chef de l'État, au réajustement des rémunérations du personnel enseignant ainsi que des frais de fonctionnement des écoles et bureaux gestionnaires.

Cette mesure de gratuité a permis de remettre sur le chemin de l'école environ 2.500.000 enfants en âge de scolarité jadis exclus du système éducatif national.

Genre et Parité

Positionné en défenseur de la cause féminine et en soutien à toute initiative visant l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, Félix Tshisekedi s'est lancé dans un plaidoyer en faveur de l'accès des talents féminins à des postes de responsabilité.

En plus d'avoir hissé une femme à la tête du ministère des Affaires étrangères, un fait qui n'a pas son pareil dans le passé politique récent du pays, Félix Tshisekedi a cédé tout un portefeuille aux personnes vivant avec handicap, preuve de son engagement à combattre les inégalités et les discriminations sociales.

Bien que le quota des femmes au sein des institutions demeure encore insignifiant, on peut considérer, à juste titre, ces deux faits marquants comme une preuve de sa détermination à changer la donne en termes d'avancement de la cause féminine.

Lutte contre Ebola

S'étant impliqué personnellement dans la gestion de ce virus, Félix Tshisekedi s'est décidé de créer un Comité de pilotage collégial et multisectoriel pour lutter contre la maladie à virus Ebola.

La gestion de l'épidémie étant collégiale et multisectorielle, il était nécessaire de renforcer la composante multisectorielle de la riposte en impliquant d'autres ministères-clés, sous la coordination du Premier ministre. Sur décision du chef de l'Etat, le spécialiste en virologie, Dr Muyembe, a pris la tête du Comité d'experts chargé de contenir l'épidémie.

Les derniers développements avec la découverte d'un deuxième vaccin, le Jonson and Jonson, laissent entrevoir de belles perspectives quant à l'éradication de cette maladie virale.

Eu égard à tout ce qui précède, autant dire que pour la première année de son quinquennat, Félix Tshisekedi aura posé, dans beaucoup de secteurs, les jalons d'une prospérité à conquérir et qu'il faille désormais redoubler d'efforts en parachevant des réformes pour que les fruits du travail soient bénéfiques pour toute la communauté nationale.

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