Ile Maurice: Rs 10 200 -Salaire minimum, coût maximum

«Chez nous, 800 personnes sont concernées par la hausse du salaire minimum. Ce sont des dépenses qui s'ajoutent aux autres avec l'application de ces nouvelles mesures mais on n'avait pas le choix», confie Ahmed Parkar, Chief Executive Officer de Star Knitwear. De ce chiffre, il dénombre une centaine de Bangladais, 300 d'origine indienne et 150 Sri Lankais.

Et combien cela lui coûtera-t-il en plus ? Entre Rs 300 et Rs 400 000 par mois, pour les travailleurs mauriciens et étrangers. Et comment financera-t-il ces dépenses ? «Pour être franc, tout le fardeau ne tombe pas sur nous. La mesure sur les devises étrangères, avec la dépréciation de la roupie, crée un espace pour que nous puissions respirer», confie ce spécialiste du textile.

Bien sûr, concède-t-il, le supplément à payer est considérable mais le fait que les prix soient en euros et dollars américains, est un bénéfice. En revanche, si les tarifs étaient en roupies mauriciennes, les compagnies ne seraient pas gagnantes.

Néanmoins, le taux de change n'est pas l'unique voie pour garder la tête hors de l'eau suivant la hausse du salaire minimum. En effet, il faudra réduire des coûts parallèles: «On vérifie toujours les dépenses qu'on peut couper. On va revoir cela. Puis on augmentera nos prix au besoin. On ne peut garder le même tarif mais parfois, il y a des clients qui n'acceptent pas. On cible alors davantage les marchés niches, notamment en assurant le design à à 90 % et une livraison très rapide.»

De son côté, Bahim Khan Taher, directeur de Hassen Taher Seafoods Mauritius, affirme qu'une centaine de travailleurs toucheront un salaire minimum de Rs 10 200 chacun. «C'est un coût de plus pour la compagnie qui avoisinera entre Rs 200 à Rs 300 000 mensuellement. Les travailleurs concernés sont surtout postés à l'emballage et le 'processing' du poisson. Dans un premier temps, nous allons essayer d'augmenter la production. Nous n'allons pas renvoyer les employés actuels mais ne procéderons pas non plus aux nouveaux recrutements», déclare-t-il.

Du coup, la note des poissons sera-t-elle plus salée ? C'est envisageable, confie-t-il. Mais il faudra attendre pour déterminer comment la production se porte suivant la hausse du salaire minimum. Ainsi, Bahim Khan Taher se donne quelques mois de gestation pour augmenter ses capacités avec la même main-d'oeuvre.

Pour Suren Surat, Chief Executive Officer (CEO) de SKC Surat, société qui se consacre à la distribution et vente de fruits, les choses sont plus complexes. «Nous avons beaucoup de compétition dans ce domaine. On ne peut augmenter les prix de nos produits qui sont en plus périssables. On ne peut passer les coûts de production aux clients», avoue-t-il. Il lui faudra financer le nouveau barème du salaire minimum à 625 Mauriciens et 28 étrangers. Cela équivaudra à plus de Rs 10 millions par an. Que compte-t-il y faire ? «Absorber le coût à travers nos profits. On se prépare à en faire moins», affirme-t-il.

Sur le long terme, Suren Surat évoque une restructuration, notamment avec une réduction au niveau des effectifs. Par exemple, il mentionne plus de mécanisation partielle et de production. La structure de la logistique, des opérations, du stockage, entre autres, sera également revue pour plus d'efficience mais aussi d'efficacité, assure-t-il.

En plus des compagnies, les petites et moyennes entreprises en pâtiront également, indique Amar Deerpalsing, président de la Fédération des petites et moyennes entreprises (PME) : «Le poids des nouvelles mesures est énorme, avec l'application du nouveau cadre juridique sur les droits des travailleurs, la promulgation des nouveaux Remuneration Orders, le nouveau barème du salaire minimum, entre autres.» Selon lui, les secteurs les plus affectés seront ceux d'ordre manufacturier et tournés vers l'exportation. «Il y a eu beaucoup de fermetures même parmi les grosses entreprises. L'agro-industrie, le secteur sucrier, celui de l'emballage, les petits commerces et ceux engagés dans la restauration, l'ameublement, entre autres, seront également affectés», constate-t-il.

D'après lui, beaucoup d'entreprises déjà dans le rouge vont sombrer incessamment. Il affirme être toujours en attente de l'application du Portable Gratuity Fund, une provision faite pour venir en aide aux PME ainsi que de la constitution d'un comité ministériel pour leurs difficultés. D'autant, mentionne-t-il, que les dernières données de Statistics Mauritius, démontrent le désintérêt des Mauriciens à se lancer dans l'entrepreneuriat.

Ainsi, entre 2005 et 2014, 5 000 et 8 000 entreprises avaient été créées respectivement. En 2019, le nombre était de 1 800. «Je doute fort que dans la conjoncture actuelle, quelqu'un va hypothéquer sa maison pour lancer une entreprise au risque de se retrouver à la rue», conclut-il.

En chiffres

Plus de 100,000 travailleurs sont concernés par l'augmentation du salaire minimum. Celui-ci introduit en janvier 2018, était de Rs 9 000. Depuis cette année, cette somme est de Rs 10 200 suite aux recommandations du National Wage Consultative Council et une décision du cabinet ministériel le 29 novembre 2019. Cette augmentation s'applique au employés des entreprises classées "non export oriented" et "export oriented". Pour les travailleurs étrangers en emploi jusqu'au 31 décembre 2019, la mesure gouvernementale prévoit un salaire de Rs 9 860 comprenant le salaire minimum de Rs 9 000 et une allocation spéciale de Rs 860.

Les travailleurs étrangers manifestent leur joie

Âgé de 30 ans, Om Prakash Singh est originaire de Mumbai. Arrivé à Maurice le 21 décembre 2016, il est employé comme machiniste à Star Knitwear. «Je suis reparti une fois dans mon pays puis je suis revenu. J'aime bien travailler à Maurice», raconte-t-il. Travaillant cinq jours par semaine et à raison de 8 heures par jour, Om Prakash Singh est des plus enthousiastes à la perspective de toucher désormais Rs 9 860 comme salaire minimum : «Je suis très heureux de cette augmentation. Je vais m'empresser de l'envoyer à ma famille en Inde.» Les bénéficiaires seront sa maman, Sunita Singh, âgée de 59 ans et son épouse, Manisha, 27 ans, ainsi que leur fils de 4 ans.

Suraji Dilupika Abeypitiya, du Sri Lanka, trépigne d'impatience. La hausse du salaire minimum est une bonne nouvelle et pas que pour elle. Car cette machiniste de 47 ans, née au Sri Lanka, l'enverra à Cyril, son papa qui a 75 ans. Employée dans le textile depuis le 5 mars 2013, elle s'est vite intégrée à Maurice. Après deux allers-retours, elle est revenue dans l'île pour continuer à y travailler. «Bien sûr, je suis heureuse avec l'augmentation.On travaille dur et notre famille compte sur nous», confie-t-elle. Car c'est grâce à son salaire minimum et ses heures supplémentaires qu'elle peut aider son papa à distance. «C'est mieux de travailler à Maurice. Ici, nos efforts sont aussi récompensés.»

Amin Shohul, du Bangladesh, Employé chez SKC Surat, Amin Shohul, 31 ans, est à Maurice depuis 2018. «Je travaille comme Machine Operator et Floor Coordinator. Définitivement, je suis content d'avoir un meilleur salaire dans quelques jours», confie-t-il. Comme ses homologues étrangers, il enverra les revenus à sa famille, au pays. Selon lui, à Maurice, le salaire est meilleur, ce qui fait qu'il préfère y travailler. «Au Bangladesh, on travaille encore plus mais avec une très faible rémunération. Ici, on est mieux rémunéré.»

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