Mali: Négociations entre Bamako et des groupes armés sur fond d'attaques - On attend de voir...

26 Janvier 2020

L'armée malienne a une fois encore été visée par une attaque d'envergure le 26 janvier dernier, par une nuée de terroristes qui ont investi le village de Sokolo à la frontière mauritanienne et ont pris le contrôle de l'enclave militaire qui s'y trouve, avant de quitter les lieux deux heures plus tard avec une quantité impressionnante d'armes et de munitions.

Le chef du détachement, le capitaine Harouna Sangaré et une vingtaine de ses hommes, des gendarmes en l'occurrence, ont péri dans l'attaque et le camp a été incendié. Les jours se suivent donc et se ressemblent en terme d'horreurs au Mali, et toutes les initiatives prises jusqu'ici pour stopper la spirale infernale, ont fait chou blanc.

Peut-être faut-il donc radicalement changer de stratégie et d'approche dans la recherche de solutions à cette crise protéiforme, et c'est ce que les dirigeants de ce pays frère ont visiblement décidé de faire en tentant de nouer le contact avec les boutefeux que sont Iyad Ag Ghali et son comparse Amadou Koufa.

Pour un rétropédalage, c'en est un, puisqu'on sait que l'idée même de négociations avec les groupes terroristes, était tabou à Bamako, et le président Ibrahim Boubacar Kéita avait, à plusieurs reprises, martelé qu'il n'en serait jamais question pendant sa mandature. Près de dix ans après, IBK s'est rendu à l'évidence que des groupes terroristes qui se reproduisent par scissiparité, ont mis la moitié de son pays sous coupe réglée et ont même réussi à se disséminer dans certains pays voisins comme le Burkina Faso et le Niger, malgré l'armada militaire déployée sur le terrain.

Maintenant que la situation est devenue, pour ainsi dire, « indémerdable » pour toute la sous-région avec la montée en puissance du groupe terroriste le plus sanguinaire qu'est l'Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS), les autorités maliennes semblent avoir choisi de négocier avec les chefs terroristes du cru, qui seraient plus enclins à accepter la main tendue pour sauver le Mali dont ils sont, eux aussi, originaires.

Rien ne dit que ces négociations ne vont pas achopper sur des revendications maximalistes

Avec la présence de plus en plus remarquée de l'EIGS dans la zone du Liptako-Gourma, et le rouleau compresseur des armées des pays du G5 Sahel qui est en train de se mettre progressivement en marche, Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa pourraient, pour ainsi dire, revenir à de meilleurs sentiments en acceptant le principe du dialogue pour sortir du cercle vicieux, moyennant des garanties de sécurité, et pourquoi pas de bien-être pour leurs combattants.

Ce dialogue est, selon toute vraisemblance, possible d'autant que des contacts directs encadrés par les autorités maliennes, ont déjà été établis entre des émissaires comme le président de l'Association « Faso Dambé Ton », Adama Coulibaly, l'avocat Hassane Barry et le colonel de l'armée, Mamadou Lamine Konaré et le chef de la Katiba Macina, Amadou Koufa. Cette piste de dialogue avec les insurgés islamistes officieusement explorée par le gouvernement malien, peut permettre d'atténuer le niveau de violence et de ramener progressivement la paix dans le pays.

La preuve en a été donnée en février 2019 lorsqu'une quinzaine de djihadistes dont l'ancien commissaire de la police islamique de Gao, Aliou Mahamane Touré, ont été libérés dans le plus grand secret, en échange de plusieurs otages militaires et civils qui étaient alors aux mains de la Katiba Macina, dont le préfet de Tenenkou, Makan Doumbia et le journaliste Issaka Tamboura. Le prédicateur radical aurait dit être disposé à continuer les négociations avec le gouvernement malien à condition que les troupes françaises quittent le pays et que la charia y soit appliquée, si on lui envoyait des érudits musulmans à l'image de l'imam Mahmoud Dicko, Mahi Banikane ou Cheic Oumar Dia comme émissaires. Depuis, les frappes françaises dans la forêt de Wagadou qui l'ont raté de justesse en novembre 2018 et l'interpellation de l'un de ses interlocuteurs, l'avocat Hassane Barry, en novembre de l'année dernière, sont passées par là, et Koufa est devenu plus frileux voire rétif à l'idée de toute sortie de crise négociée.

Pour autant, les chances de renouer les fils du dialogue existent encore, surtout que l'une des recommandations du dialogue national inclusif organisé à Bamako en décembre dernier, était justement de tendre la main non seulement à Amadou Koufa, mais aussi à son mentor Iyad Ag Ghali. C'est certainement dans cette perspective que s'inscrit la sortie médiatique du Haut représentant du président de la République du Mali pour le Centre, Dioncounda Traoré, qui s'est dit prêt à discuter avec tous les protagonistes de la crise, y compris les deux chefs terroristes. Si aujourd'hui, bien des Maliens semblent épouser cette démarche, il faudrait néanmoins faire preuve d'un optimisme mesuré quant à l'efficacité de cette option de la carotte car, de part et d'autre, la méfiance existe toujours et on n'a pas totalement renoncé à la victoire par les armes.

En outre, rien ne dit que ces négociations ne vont pas achopper sur des revendications maximalistes des chefs djihadistes, qui seraient inacceptables pour les autorités de Bamako, pour peu qu'elles veuillent préserver la forme républicaine et laïque de l'Etat. Si on ajoute à tous ces impondérables le fait que Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa n'ont pas de prise sur tous les groupes armés qui opèrent au Centre et au Nord du Mali, on ne peut qu'attendre de voir, en espérant que tous se rallieront à la cause de la paix et que cette éventuelle divine surprise aura des répercussions positives au Niger et au Burkina Faso.

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