Burundi: Présidentielle - Le général Evariste Ndayishimiye candidat du parti au pouvoir

Le haut gradé de l'armée burundaise a été désigné, le 26 janvier, par sa formation politique à l'élection de mai. Proche du président sortant, Pierre Nkurunziza, il est issu des rangs de la rébellion hutu qui accéda au pouvoir à l'issue de la guerre civile (1993-2006).

C'est lors d'un congrès extraordinaire du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, qu'Evariste Ndayishimiye, son actuel secrétaire général, a été choisi à Gitega (centre) pour porter ses couleurs à la prochaine présidentielle. Considéré comme l'un des favoris de la course à la succession de Pierre Nkurunziza, il fait partie des hommes clés du système qui dirige aujourd'hui le Burundi.

Prenant la parole après sa désignation, le candidat du parti au pouvoir a déclaré : « Dieu a multiplié les signes qui annoncent ce qui vient de se passer ». « Il y a quelques jours, un pigeon s'est posé sur la tête de mon épouse », a expliqué le général, y voyant un signe de Dieu. « J'accepte sans hésitation d'être le candidat » du parti CNDD-FDD, a-t-il poursuivi, après avoir rendu hommage au président burundais.

Ancien ministre de l'Intérieur et de la sécurité publique (2006-2007), Evariste Ndayishiliye avait été tour à tour chef de cabinet militaire et civil du président. Il comptait parmi les principaux chefs militaires du CNDD-FDD à la signature en 2003 de l'accord de cessez-le-feu de la guerre civile qui fit au moins trois cent mille morts.

En 1993 lorsque la guerre éclata dans son pays, il venait d'entrer à l'université de son pays. Deux ans plus tard, notamment en 1995, il était en 2e année de droit quand fut perpétré le massacre de dizaines d'étudiants hutu par des extrémistes tutsi. Evariste Ndayishimiye en réchappa et rejoignit immédiatement la rébellion encore embryonnaire à l'époque, tout comme Pierre Nkurunziza.

L'actuel président burundais, au pouvoir depuis 2005, avait annoncé en 2018 qu'il ne se présenterait pas à sa succession en 2020. Il avait pris cette décision suite à la pression de la communauté internationale qui ne voulait pas qu'il soit encore candidat à sa propre succession puisque l'annonce en avril 2015 de sa candidature à un troisième mandat controversé avait plongé son pays dans une grave crise politique émaillée de violences.

Environ mille deux cents en sont mortes et plus de quatre cent mille autres ont fui leur domicile entre avril 2015 et mai 2017, selon les estimations de la Cour pénale internationale. Et la crise politique née de cette situation a été marquée par de nombreux cas d'assassinats ciblés, de torture et autres graves violations des droits de l'homme documentées dans de nombreux rapports de l'ONU ou d'organisations des droits humains. Des accusations systématiquement rejetées par le régime.

La crise a aussi durement affecté l'économie qui en 2018 affichait 1,6% de croissance contre 0,5 % en 2017, après deux années consécutives de récession en 2015 (-3,9 %) et 2016 (-0,6 %), selon la Banque mondiale. C'est dire que Pierre Nkurunziza, qui bénéficiera d'un parachute doré récemment voté par l'assemblée nationale, laisse derrière lui un pays fracturé.

Pour Pacifique Nininahazwe, l'une des principales figures de la société civile, les Burundais ne voient pas dans la nomination du futur candidat du parti au pouvoir « une inflexion du régime ». « C'est trop tôt pour dire s'il représente un espoir de sortie de crise. Certes Evariste Ndayishimiye n'est pas cité dans les nombreux crimes du régime, mais l'inconnu reste l'étendue de l'emprise de Nkurunziza sur le nouveau président, la qualité du processus électoral et les intentions » de ce général, a-t-il confié.

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