Sénégal: Mauvaise gestion du patrimoine cinématographique - Quand le pays marche sur sa memoire

27 Janvier 2020

Entre mauvaises conditions de conservation, problème d'archivage, absence de cinémathèque, le Sénégal s'est amputé d'une bonne partie de son patrimoine cinématographique. Pour ne pas voir ce patrimoine imagé réduit à néant, la Direction de la Cinématographique a tenté de sauver cet héritage immense.

Elle a pu recycler les quelques bobines de films et d'actualités sénégalaises qui restaient. Selon le réalisateur Mansour Sora Wade, il est temps d'organiser le secteur de la gestion du patrimoine cinématographique et de former des gens capables de travailler dans l'archivage des films.

Dans un film de cinq minutes que nous a montré le directeur de la Cinématographie, Hugues Diaz, on voit des bobines de films et d'actualités sénégalaises, avant l'avènement de la télévision, entassées sous la poussière dans les anciens locaux de la Direction de la Cinématographie. Dans cet endroit également, les toiles d'araignées et des matériaux rouillés font le décor.

Atteintes du «syndrome vinaigre» (caractéristique des bobines), la plupart du patrimoine cinématographique sénégalais ont fini par se détériorer. Depuis quelques années, la Direction de la Cinématographie a entamé une opération de récupération des quelques bobines qui ont pu se sauver.

On les retrouve entreposées dans leurs nouveaux locaux dans une salle qui devra toujours rester climatisée pour éviter leur dégradation. Si pour certaines bobines, le nom du contenu est resté, pour d'autres, il est effacé.

Pour le réalisateur Mansour Sora Wade, le «problème d'archivage» des actualités sénégalaises a fait qu'aujourd'hui qu'on doit aller jusqu'en France pour pouvoir les voir.

«Si aujourd'hui, on a besoin de la première prestation de Senghor quand il a accédé au pouvoir par exemple, on va le trouver où ? », s'interroge Mansour Sora Wade.

Il répond : «Si ce n'est à l'INA (Institut National de l'Audiovisuel) qui se trouve en France ». Et pour en avoir l'accès, «il faut payer», a fait savoir le réalisateur du film «Ndeysaan ou le Prix du pardon».

«On aurait pu avoir une cinémathèque»

S'agissant des films réalisés par des Sénégalais, Mansour Sora Wade trouve le problème de conservation dans l'absence de cinémathèque au Sénégal. «Aujourd'hui, je pense que le Sénégal aurait pu avoir une cinémathèque chargée de collecter et de préserver des films.

Il y'a eu un vieux projet qui date des années 80 où il était question de créer une cinémathèque au Sénégal.

Ce qui permet de conserver tous les films sénégalais et accueillir les droits», a laissé entendre Mansour Sora Wade. Toutefois, dira-t-il, «je ne peux pas vous dire, où est-ce qu'on en est très honnêtement ?».

Nécessité d'organisation et formation

Pour Mansour Sora Wade, le secteur de la gestion du patrimoine cinématographique doit tout simplement être organisé. Selon lui, au niveau du cinéma, le Sénégal était devant beaucoup de pays. Ce qui lui fait dire qu'il devrait disposer de cinémathèque pour acquérir tout le patrimoine cinématographique.

Toutefois, a-t-il tenu à préciser, «ça demande énormément d'organisation et de formation parce qu'il faut que les gens soient formés pour pouvoir travailler dans une cinémathèque et on parle des archives de film, il faut des gens formés pour ça».

Non sans ajouter, «même si ça devait se faire, je ne sais s'il y'avait des images qui sont conservées concernant les actualités sénégalaises, il faudra les restaurer. Ça coûte énormément cher».

Des films sénégalais conservés au Burkina

En effet, face à la fragilité des archives cinématographiques, la numérisation pourrait apparaître comme la clé du problème.

C'est pourquoi, dit Mansour Sora Wade, «il faut les restaurer et ensuite, les numériser parce qu'actuellement, on est obligés de tout numériser. Ça demande beaucoup de moyens».

De l'avis du réalisateur, le secteur d'archives de films est pourtant organisé dans le monde du fait de son importance.

«Aujourd'hui, logiquement dans notre pays, l'ensemble des films du patrimoine cinématographique devrait être conservé quelque part parce que ça fait partie de notre histoire à l'image de la Tunisie de l'Algérie et le Burkina Faso», a expliqué Mansour Sora Wade. Et de poursuivre, «le Burkina Faso a une cinémathèque africaine.

Moi-même, j'ai déposé tous mes films là-bas à titre gratuit pour qu'ils y soient conservés». « Si le Sénégal avait une cinémathèque, j'allais faire la même chose mais malheureusement, le Sénégal est quand même un pays au niveau du cinéma est leader, alors il faut organiser le secteur », a laissé entendre Mansour Sora Wade.

Plus optimiste, il dira : « et même pourquoi pas, plus tard arriver à acquérir des droits non commerciaux de films africains que ça soit dans cette cinémathèque-là. Au niveau de l'Afrique de l'Ouest, nous étions devant tout le monde quand on parlait de cinéma».

RESULTATS D'UNE RECHERCHE DE DEUX ITALIENS : 400 films de 1960 à 1980 découverts

Après une recherche qui a démarré en 2009, deux italiens Tiziana Manfredi et Marco Lena ont mis la main sur l'intégralité des archives audiovisuelles des actualités sénégalaises de 1960 à 1980. Le travail publié en janvier 2020 fait état de 400 films d'actualités sénégalais datant des années 1960 voués à la destruction.

Ils ont, en effet, examiné avec un laborantin sénégalais 5900 bobines de pellicule en perdition. Ces films de huit à vingt minutes, tournés en 16 mm, étaient diffusés dans les cinémas de Dakar, montrant les nouvelles du pays et internationales, à une époque où la télévision n'entrait que dans les foyers les plus aisés.

Sur les 5 900 bobines retrouvées par terre, seulement 400 sont saines. Les 5900 bobines abandonnées sont découvertes dans un bâtiment du ministère de la culture.

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