Gambie: Répression manifestations - Barrow sur les pas de Jammeh ?

Adama Barrow est-il en train de marcher sur les pas de son prédécesseur, Yahya Jammey ?

Il a sans doute encore beaucoup de chemin à faire pour égaler le « monstre de Kanilaï », chassé du pouvoir après 22 ans de règne, mais le tour de vis liberticide que vient de faire le président gambien n'est pas sans inquiéter.

Dimanche, des échauffourées ont en effet éclaté entre la police et des manifestants après que ceux-ci eurent modifié leur itinéraire et essayé de rallier le centre-ville. Aux gaz lacrymogènes ont ainsi répondu des jets de pierres. Des échauffourées qui auraient fait 3 morts, un bilan démenti par le gouvernement.

Une chose est au moins sûre : plus de 100 personnes ont été arrêtées, dont 4 journalistes, et 2 stations de radio fermées pour avoir, dit-on, « incité à la violence ».

A l'origine de cette poussée de fièvre qui couvait depuis quelque temps à Banjul, la volonté du locataire de la State House d'aller jusqu'au terme de son mandat de 5 ans, alors qu'il avait promis à la coalition de l'opposition qui l'avait porté au pouvoir en décembre 2016 de balayer la maison Gambie pendant 3 ans et de se retirer.

A l'évidence, il doit avoir tellement astiqué les locaux qu'il veut maintenant s'y coucher indéfiniment comme l'avait fait avant lui un certain Robert Guéï en Côte d'Ivoire.

Certes, 6 de ses alliés sur 8 ont apporté leur soutien à Barrow pour poursuivre jusqu'en 2021, mais cela n'enlève rien au parjure présidentiel. Et c'est pour l'obliger à respecter sa promesse que le mouvement « Three Years Jotna » (« Trois ans, il est temps ») s'est constitué pour lui rappeler qu'il était l'heure de plier bagage.

Pour toute réponse donc, on le voit, celui qui flotte depuis 3 ans dans ses nouveaux boubous de chef d'Etat a choisi de durcir le ton, allant même jusqu'à interdire le collectif, jugé « subversif, violent et illégal » et qu'il accuse de vouloir perpétrer un coup d'Etat.

Sans doute a-t-il été imprudent en 2016 en prenant un engagement qu'il était difficile de tenir. Les vertiges du trône sont vite arrivés, les avantages et autres passe-droits que procure le pouvoir aussi, et on oublie ce qu'on a dit hier. Et après Adama Barrow, c'est ce qui risque d'arriver à un autre président, le Béninois Patrice Talon, qui s'est, lui, empressé d'annoncer qu'il ne ferait qu'un mandat.

En vérité, si les contempteurs de Barrow lui montrent la porte de sortie, c'est moins parce qu'il s'est parjuré (après tout, les promesses des politiques n'engagent que ceux qui y croient) que parce que, depuis son arrivée aux affaires, le sort des Gambiens ne s'est pas particulièrement amélioré, loin s'en faut.

Si on excepte en effet la liberté retrouvée, encore qu'elle semble remise en cause avec ces dernières éruptions politiques, sur les plans social et économique, le pays n'a pas vraiment bougé. Et les espoirs d'une Gambie meilleure ont fait place aujourd'hui à une grande désillusion. 60% des Gambiens vivent en effet en dessous du seuil de pauvreté, et près de 30% de la population active est au chômage.

C'est ça, le fond du problème, et rien ne sert effectivement qu'il termine son mandat s'il est venu juste pour régner et s'il pense que chasser Yahya Jammey à coups de billes était le plus dur à faire. Adama Barrow aurait fait des miracles que ses concitoyens l'auraient non seulement supplié d'aller jusqu'au bout, mais aussi, pourquoi pas, incité à renouveler son bail. Hélas ! Pour le malheur des Gambiens, on en est très loin.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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