Burkina Faso: Manifs contre le président gambien - Adama Barrow rattrapé par ses promesses démagogiques ?

27 Janvier 2020

En Gambie, la tension est montée de plusieurs crans entre le président Adama Barrow et certains de ses soutiens le week-end écoulé, qui lui demandent à présent de débarrasser le plancher, trois ans après qu'il a succédé au dictateur Yahya Jammeh, à la tête de l'Etat.

Sous un certain angle, ces appels au départ d'un président en plein exercice de son premier mandat au sortir d'une dictature de plusieurs décennies, peuvent paraître curieux et même quelque peu prématurés aux yeux de certains observateurs. Mais dans le cas d'espèce, les manifestants, répondant à l'appel du mouvement « Three years Jotna, Trois ans, il est temps », veulent rappeler au successeur de Yahya Jammeh, l'une de ses promesses de campagne qui les a amenés à lui traduire leur confiance lors du scrutin présidentiel de 2016 à l'issue duquel il a créé la surprise en triomphant de l'ex-homme fort de Banjul, dans les urnes. Adama Barrow est-il alors en passe d'être rattrapé par ses promesses démagogiques ?

Il est temps, en Afrique, que la politique réponde à une certaine éthique

La question mérite d'autant plus d'être posée que tout, dans le comportement de ses soutiens d'hier devenus ses contempteurs d'aujourd'hui, laisse croire que moins que des paroles en l'air, cette promesse de campagne engage au plus haut point le chef de l'Etat qui ne saurait se dédire aujourd'hui. Cela est malheureusement le propre de nombreux dirigeants africains qui, lors des consultations électorales, sont passés maîtres dans l'art de faire des promesses mirobolantes aux populations, allant des plus fantaisistes aux plus irréalistes voire irréalisables, pensant pouvoir s'en tirer après à bons comptes. Mais les peuples ne sont pas toujours dupes ni amnésiques.

Et Adama Barrow est, peut-on dire, en train de vivre l'expérience de la parole donnée, que certains de ses pairs, avant lui, se sont vu rappeler par leur peuple, à des degrés divers. Comme, par exemple, le président béninois, Patrice Talon, qui promettait de s'en tenir à un mandat unique, pour nettoyer les écuries de... Boni Yayi et qui n'est manifestement pas en train d'en prendre le chemin. Bien au contraire. Ou encore Macky Sall dont la promesse de réduire le mandat présidentiel de deux ans en commençant par appliquer ladite mesure à lui-même, semble aujourd'hui reléguée aux oubliettes, même si le chef de l'Etat sénégalais a quelque peu mis la forme pour sauver les apparences.

C'est dire s'il est temps, en Afrique, que la politique réponde à une certaine éthique où la fin ne doit pas forcément justifier les moyens. De même, les promesses électorales ne doivent pas être un cheval de Troie pour s'ouvrir uniquement les portes du pouvoir au détriment de la satisfaction réelle des aspirations du peuple et renier ensuite ses propres engagements. Et dans le cas gambien, plutôt que la répression dont les manifestants et le pouvoir ne s'accordent pas sur le bilan, c'est la force du bilan à mi-parcours du président Barrow qui devrait être privilégiée. C'est dire si pris au piège de ses propres engagements, au lieu de durcir le ton contre des gens qui l'ont aidé, peu ou prou, à devenir président, Adama Barrow gagnerait à mettre en avant son bilan à mi-parcours pour tenter de rassurer ses compatriotes.

En faisant avec lui le pari du changement, les Gambiens s'attendaient certainement à des lendemains meilleurs dans les plus brefs délais

Et l'usage de la force, dans de telles conditions, ne peut que ternir l'image de son régime qui voulait marquer la rupture avec le passé, par le respect des libertés individuelles et collectives. Mais au-delà de ces remous sociopolitiques, il y a des raisons de croire que c'est la gestion du pouvoir du président Barrow qui est le plus en cause. Car, manifestement, les fruits tardent à tenir la promesse des fleurs alors qu'en faisant avec lui le pari du changement, les Gambiens s'attendaient certainement à des lendemains meilleurs dans les plus brefs délais. Tout comme au Liberia où le président Georges Weah, après seulement deux ans de pouvoir, est déjà confronté à la grogne d'une partie de son peuple qui demande aussi son départ du pouvoir.

Pour en revenir à Adama Barrow, si l'on ajoute à ces récriminations d'anciens partisans, l'activisme des fidèles de son prédécesseur, qui réclament le retour de ce dernier de son exil forcé en Guinée équatoriale, c'est peu de dire que c'est un sale temps que traverse le président gambien. Pour autant, Yahya Jammeh, qui commence aussi à trouver son exil un peu long et qui croit peut-être venu le moment de rentrer au pays, ne devrait pas se faire d'illusions sur son sort, s'il n'est pas prêt à assumer son passif. En cela, on ne peut pas jeter l'anathème sur les autorités de Banjul pour lesquelles le passage de l'ex-chef de l'Etat devant la Justice de son pays, est une condition non négociable, pour tous les actes qu'il a eu à poser lorsqu'il présidait aux destinées de la Gambie.

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