Ile Maurice: Extension du congé parental ne rime pas avec plus d'enfants

«Manti sa !» Réaction spontanée de Narendranath Gopee, président de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU). C'est en substance ce qu'il répond quand on lui demande si l'extension du congé parental, telle qu'énoncée dans le discours-programme, va encourager les Mauriciens en général et les fonctionnaires en particulier, à faire plus d'enfants. Cela dans un pays où le taux de natalité est en baisse.

Vendredi 24 janvier, le discours-programme a signifié l'intention du gouvernement d'allonger le congé parental de 14 semaines d'un mois supplémentaire. Une mesure qui, pour Narendranath Gopee, doit concerner non seulement la mère, mais également le père. «Pour nous, congé parental, c'est pour le papa. Pour qu'il soit disponible pour donner un coup de main à la mère qui s'occupe de l'enfant.»Il souligne que cette intention du gouvernement sorti des urnes le 7 novembre 2019 n'intervient pas par hasard. «Nous réclamons cela depuis bien longtemps, sur le critère de la considération sociale.» Selon le syndicaliste, l'industrie ne définit pas la productivité comme «smart working» mais comme «produire plus».

Parité homme-femme

L'extension du congé parental vient donc «combattre l'exploitation». Ce qui est, souligne-t-il, l'essence de la bataille syndicale, qui est «d'apporter une dose d'humanité dans le travail». Dans cette «bataille», Narendranath Gopee estime qu'il faut une parité homme-femme. «Ce que la mère obtient comme congé doit être équivalent pour le père.»

Sans ambages, le président de la FCSOU prévoit qu'à la suite de cette annonce, «le secteur privé va crier au diable». En oubliant les cas où «des femmes ont été licenciées à cause du congé de maternité et des raisons qui y étaient liées». Ainsi que les cas où «les papas qui demandaient un congé pour s'occuper de l'enfant ne l'obtenaient pas».

Qu'en est-il des implications de cette annonce dans le cadre du rapport du Pay Research Bureau ? Pour que l'extension du congé parental soit applicable dans le secteur public, il faudra changer, dit le syndicaliste, la situation où «les cinq jours de congé pour le père sont déduits du vacation leave. Il faudra reconnaître le congé parental comme un congé indépendant ayant un but précis».

Taux de natalité en baisse

Pour sa part, Vidya Charan, directrice de la Mauritius Family Planning and Welfare Association estime que cette mesure est un pas dans la bonne direction. C'est une extension «que nous demandons depuis longtemps, pour nous aligner sur ce qui se pratique sur le plan international».Vidya Charan souligne qu'il «faudrait que la mesure soit également applicable dans le secteur privé». Car plus de congé parental aide à «consolider la famille. C'est un facteur parmi d'autres pour encourager les Mauriciens à faire des enfants».Des prévisions économiques ont déjà estimé que, si le taux de natalité ne passe pas de 1,4 à 2,1 dans les prochaines années, la population mauricienne ne pourra soutenir son économie d'ici 2050.

Les plus longs congés de maternité dans le monde

Le congé de maternité de 14 semaines - comme c'est actuellement le cas chez nous - est en ligne avec les recommandations de l'Organisation internationale du travail (OIT). C'est la durée minimale recommandée par l'OIT. Dans le monde, plusieurs formules existent, où les salariées ne touchent pas les 100 % de leur paie. En France, ce congé est de 16 semaines. Les salariées reçoivent aussi des indemnités supplémentaires journalières. C'est aussi le cas en Espagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Autriche.

En Estonie, en Pologne et en Russie, les mères bénéficient du salaire intégral pour une période minimale de 20 semaines mais pour un seul enfant. Aux États-Unis, le congé de maternité de 12 semaines est payé mais sous conditions. Certains États, comme celui de Washington et de la Californie, ont cependant voté des lois plus favorables. Dans le reste du monde, la durée du congé de maternité varie de moins de 12 semaines (Arabie Saoudite, Malaisie, Bolivie... ) à plus de 20 semaines (Suède, Hongrie, Royaume-Uni... ) et s'accompagne de salaires partiels.

Lumière sur les «vacation leaves»

Cette nouvelle loi en met plein la vue. En effet, parmi les nombreux amendements apportés à la loi du travail sous la Workers' Rights Act, en octobre dernier, ce sont les «vacation leaves» qui séduisent davantage les employés mauriciens. Toutefois, nombreux sont ceux qui sont dans le flou face à cette nouvelle loi. Voici quelques éclaircissements.L'article 47 de ladite loi stipule que chaque cinq ans, tout employé (hormis le travailleur étranger) aura droit à trente jours de congés appelés «vacation leaves». Ils peuvent être passés à l'étranger ou à Maurice, ou en partie à l'étranger et en partie localement. Par ailleurs, ils peuvent être pris de manière consécutive ou sporadiquement.Il faut avant tout savoir que c'est que ces «vacation leaves» concernent essentiellement le secteur privé. La fonction publique et la plupart des parapublics étant majoritairement régis par le Pay Research Bureau. Ainsi, cette nouvelle loi implique les différents grades d'employés du privé qui touchent un salaire allant jusqu'à Rs 50 000.

En ce qui concerne les entreprises qui offraient déjà des «vacation leaves» à leurs employés, elles doivent désormais s'assurer que leurs critères s'alignent sur cette nouvelle loi. «Auparavant, dépendant du Remuneration Order, il fallait avoir complété soit sept ou dix ans de service pour bénéficier de ces congés. Maintenant, à partir de la promulgation de la loi, s'il reste à un employé un an pour compléter ses dix ans de service, il doit prendre ses congés. Et non pas attendre cinq nouvelles années de service », explique une source du ministère.

Salaire garanti

Dans le cas d'un employé éligible aux «vacation leaves» avant la rentrée en vigueur de la nouvelle loi, celui-ci ne perd pas pour autant son droit. Après avoir pris ses congés, ce n'est qu'après cinq ans qu'il pourra de nouveau en bénéficier. En ce qui concerne des firmes qui n'offraient pas de «vacation leaves», c'est à partir du 24 octobre 2019 que leurs employés pourront en profiter.Et le plus important dans tout cela, ces trente jours de congé incluent une garantie de paiement du salaire et vous ne perdez en aucun cas votre temps de service.

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