Burkina Faso: Risques d'infection au Coranavirus - Le pays sur le qui-vive

Le nouveau Coronavirus surnommé 2019-nCov par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est apparu en Chine en décembre 2019. Sa transmission à l'être humain s'est faite, selon les dires, dans un marché de la ville chinoise de Wuhan où diverses espèces animales étaient commercialisées.

Ledit marché a, par la suite, été fermé pour limiter la contagion. Mais depuis, le virus a fait 80 morts sur plus de 2 744 cas confirmés en Chine. Des cas ont été enregistrés ailleurs, notamment aux Etats-Unis, en France, à Taïwan. Une étudiante à Pékin a été prise en charge à son arrivée à l'aéroport Houphouët-Boigny d'Abidjan, car elle présentait des symptômes de grippe.

En dehors de ce cas suspect, l'Afrique n'a pas enregistré de malade pour le moment. Néanmoins, les pays prennent des mesures pour parer à toute éventualité.

Qu'en est-il au Burkina Faso ? Lors d'une visite le lundi 27 janvier 2020 à l'aéroport international de Ouagadougou, les autorités sanitaires ont déclaré que le pays est sur le qui-vive.

C'est dans la matinée, précisément aux environs de 10h, que nous nous sommes rendus à l'aéroport international de Ouagadougou pour nous enquérir du dispositif mis en place pour repérer et prendre en charge les éventuels cas de Coronavirus parmi les passagers venant d'autres pays.

Nous serons accueillis par des agents de la police spéciale du site qui nous annoncent, non sans la plus grande courtoisie, que cela ne relève pas de leurs compétences.

Ils nous orientent néanmoins vers la DANN, la Délégation aux activités aéronautiques nationales, qui gère les plateformes aéroportuaires du pays, notamment le développement commercial, l'exploitation, la maintenance des infrastructures et des équipements ainsi que la sécurité et la sûreté des aéroports.

Pendant notre tentative pour trouver des contacts dans ladite structure, nous apprenons qu'une réunion avait lieu à ce moment même entre les responsables des services aéroportuaires et des autorités du ministère de la Santé.

En sus, une visite était prévue un peu plus tard, soit aux environs de 13H, avec les journalistes. Pour occuper les heures suivantes, nous prenons contact avec la Direction de la santé publique pour avoir certaines informations en attendant d'avoir autre chose à nous mettre sous la dent. Peine perdue ! Pour des raisons de protocole, nous n'aurons pas d'interlocuteur.

« Nous n'avons pas constaté de mesures particulière »

A 13h, nous voilà en train de fouler une nouvelle fois le sol de l'aéroport. Il nous faut montrer patte blanche et expliquer les raisons de notre venue, encore, encore et encore. Nous comprenons bien sûr que c'est le contexte sécuritaire actuel qui nous impose cette situation, mais c'était quand même un peu lassant, surtout quand on nous a appris sur place que la visite aurait lieu entre 15h et 16h.

Nous n'avons nul autre choix que de faire le pied de grue devant la section « Arrivée » pour mener notre petite enquête en vue de savoir s'il y a une évolution depuis le vendredi 24 janvier 2020, date à laquelle certains voyageurs, à leur arrivée à Ouagadougou, déploraient encore le manque de mesures de contrôle.

En attendant d'échanger avec ces nouveaux venus, qui n'avaient pas encore débarqué, nous faisons la connaissance de Léon Ouédraogo. Il attendait le vol Abidjan-Ouagadougou. « J'ai entendu parler de cette maladie seulement ce matin.

D'abord c'était Ebola et aujourd'hui on nous parle de Coronavirus », a-t-il marmoné, l'air de se plaindre. A son avis, si cette maladie franchit les frontières du Burkina, elle risque de causer des milliers et des milliers de morts. En effet, l'homme, qui est d'un certain âge, est convaincu que le pays n'a pas les moyens de faire face à une telle épidémie.

Les passagers ne cessent d'affluer, poussant leurs bagages et les yeux rivés droits devant eux, espérant apercevoir parmi cette foule un visage familier ou quelqu'un tenant un bout de papier portant leur nom. Nous ne tardons pas à en accoster certains, qui semblaient pressés de partir. C'est le cas d'un des responsables de Faso coton que nous avons en quelque sorte escorté jusqu'à son véhicule.

« Il n'y a rien à craindre », dit-il d'un ton on ne peut plus confiant. Mieux, il ne tarde pas à ajouter que le paludisme est nettement plus dangereux. « C'est l'homme qui a peur sinon y a rien. Concernant le cas suspect en observation en Côte d'Ivoire, le directeur de l'Institut de l'hygiène nous a rassuré et a sensibilisé aux précautions à prendre », a conclu notre interlocuteur.

Nadine Kaboré, elle non plus, n'a remarqué aucune mesure de prévention, ni au Burkina Faso ni en Côte d'Ivoire. « On n'est pas vraiment inquiet, et on espère qu'avec notre chaleur le virus ne parviendra pas à s'installer sous nos tropiques », a-t-elle dit.

Même son de cloche chez Jean Noël Gossou même si lui comprend que les autorités ivoiriennes ne fassent pas grand-chose pour ceux qui quittent leur territoire. De son point de vue, c'est dans le pays de destination qu'il faut nécessairement un contrôle pour découvrir les éventuels cas.

« Des mesures ont été prises »

C'est autour de 16h que les responsables du ministère de la Santé, de la DANN, de l'ANAC (Agence nationale de l'aviation civile), entre autres, vont faire leur entrée sur le site. Entre-temps, plusieurs de nos collègues, qui avaient reçu des messages d'invitation, ont fait le déplacement sur le terrain pour être témoins des dispositions prises.

On nous fait patienter encore quelques minutes avant de nous conduire dans la zone concernée par l'opération. Tout de suite, le secrétaire général du ministère de la Santé, le Dr Wilfrid Ouédraogo, nous explique : « Nous exigeons, dès l'entrée de la salle de débarquement, l'utilisation du gèle hydro-alcoolique afin de désinfecter les mains, qui sont en contact avec tout ce qui est outils, équipements et documents de voyage ».

A son avis, vu que le Burkina n'a pas de cas déclaré, il faut mettre l'accent sur les différents points d'entrée terrestres, aériens ou ferroviaires, en assurant le screening des passagers qui entrent sur le territoire. Aussi, pendant que les voyageurs sont dans la file pour les vérifications sanitaires, une caméra est pointée sur eux.

Cet appareil est réglé à une température limite corporelle de 38 degrés et relié à un écran logé dans le box à côté de nous où l'agent, masque sur le nez, vérifie les papiers.

Grâce à une alarme sonore et visuelle, les personnes suspectes sont marquées sur l'écran de l'ordinateur jusqu'à ce qu'elles rejoignent l'agent de santé. Si elles sont retenues, le personnel habilité mène des entretiens approfondis sur la base des éléments cliniques (fièvre, toux, entre autres) et des arguments épidémiologiques.

Cela signifie qu'il faut des critères qui démontrent que l'intéressé a séjourné dans une zone à risque. A partir d'un local aménagé, l'alerte est alors donnée. Une ambulance médicalisée, stationnée sur le tarmac 24h/24, que nous avons d'ailleurs eu l'occasion d'examiner sous tous les angles, évacue alors le patient.

Les cas critiques pourront être immédiatement transportés dans les centres d'isolement des CHU (Centres hospitaliers universitaires) de Bogodogo et de Tengandogo. L'aéroport de la ville de Bobo-Dioulasso serait également doté du même dispositif qui avait été, comme le SG nous l'a rappelé, mis en veille parce que l'ancienne menace, à savoir le virus Ebola, s'était un peu éloignée.

Mais il semble que, depuis une semaine, les services du ministère de la Santé, du ministère des Transports à travers l'Agence nationale de l'Aviation civile (ANAC) et la DANN travaillent à le redynamiser, jusqu'au niveau même du salon d'honneur.

Selon les explications du Dr Wilfrid Ouédraogo, ces recommandations viennent de l'OMS et sont suivies par l'OOAS (Organisation ouest-africaine de la santé) qui a renouvelé les appareils de contrôle sur le plan national et dans la sous-région.

Le cas ivoirien semble interpeler les uns et les autres sur le renforcement de leurs mesures d'alertes entre les frontières.

Cependant, il faut noter que dans les pays où il y a des cas, les autorités sanitaires ont mis en place des mécanismes afin de ne pas laisser partir des voyageurs qui présentent des symptômes ou qui ont été exposés au mal.

Il y a une batterie de mesures prises par l'OMS pour empêcher les malades de se déplacer. Au cas où ils échappent à ce contrôle, le screening pourra se faire à l'arrivée tout en tenant compte du temps d'incubation de deux semaines.

« Le dispositif étant discret, les passagers ne peuvent pas le voir »

Interrogé sur les dires de certains passagers qui ont déclaré n'avoir rien vu comme mesure, le SG a évoqué l'aspect discret du dispositif. « Tous les voyageurs ne savent pas qu'un travail est fait par nos agents ».

Selon lui, ce n'est que très récemment que le port de la blouse a été exigé, expliquant qu'auparavant, ils se confondaient au personnel aéroportuaire. « On a travaillé à rendre plus visibles nos actions avec des affiches bleues, des bandes annonces et des échanges avec les voyageurs », a-t-il donné comme explication.

Si jamais des cas suspects sont identifiés au sein de la population, ils seront mis en quarantaine, selon ce que nous avons compris.

Les agents de santé à l'intérieur du pays sont, semble-t-il, mis à contribution, notamment dans les CHR, CSPS, CHU, etc.

Si le passager s'y rend et présente des signes respiratoires aigus en rapport avec le Coronavirus, des entretiens approfondis seront menés afin de savoir si le patient n'a pas séjourné dans une zone épidémique. « On sait d'où viennent les passagers, et on est sur le qui-vive », a conclu le secrétaire général.

En rappel, le nouveau Coronavirus, qui aurait infecté l'humain dans un marché (désormais fermé) de la ville chinoise de Wuhan où diverses espèces animales étaient commercialisées, a fait 80 morts sur plus de 2 744 cas confirmés.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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