Congo-Kinshasa: «Une Coalition n'est pas un engagement entre deux personnes»

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24 janvier 2020, une date qui marque l'An I du pouvoir de Félix Tshisekedi. Et selon qu'on se revendique d'une telle ou telle autre famille politique, chacun scrute ce moment sous son prisme. Démarche bien légitime. Cela va sans dire, qu'au moment où certains se remémorent la confiscation du pouvoir à la suite d'une duperie électorale, d'autres commémorent une victoire bien terne.

Et le Front Commun pour le Congo. Quelle signification donne-t-il à l'An I ? Pour celui-ci, il apparait clairement que ce premier anniversaire de l'alternance, coïncide avec une année de survie politique, grâce à la perspicacité de son autorité morale. Tout ceci dans un contexte de dégradation de la vie sociale, qui semble prendre racine voilà plus d'une décennie.

Sinistre tableau du Pays de Lumumba qui, une année après la tenue d'élections, se retrouve méthodiquement désarticulé, tant politiquement que sociologiquement. Et ce à la suite :

- D'une obstination à imposer une consolidation statique du positionnement institutionnel acquis ;

- Des incohérences de gestions consécutives au fait que l'Exécutif, à l'image du Législatif, fonctionne au rythme de l'autorité morale de la majorité parlementaire ;

D'un contexte bien morose, non idéal pour l'exercice des pleins pouvoirs. Et ce n'est pas le nouveau locataire de la Cité de l'Union Africaine qui affirmera le contraire. Lui dont le peuple scrute faits et gestes, dans sa volonté d'imprégner une dynamique à sa fonction.

Tout au long de sa première année d'exercice du pouvoir, celui-ci a empilé des annonces et décisions, tant à caractère social, économique, sécuritaire, éducationnel, diplomatique que politique. Il a voulu tout résoudre et en un temps record, dans le but de prendre l'ascendant sur un partenaire à la personnalité si envahissante. Cette recherche de rééquilibrage d'un rapport de forces avec un allié clairvoyant par des actions à caractère social, reste confrontée à des contingences politiques.

En effet, la persistance de la corruption, l'absence du Gouvernement au moment des annonces de la plupart des mesures envisagées, l'obligeant à s'appuyer sur un cabinet présidentiel inexpérimenté et dont le Directeur de Cabinet constitue "l'arbre qui cache la forêt", l'incapacité à mieux articuler les initiatives présidentielles combinées à une communication de type propagandiste, qui vend l'image d'un Homme au lieu de promouvoir ses actions, rendent non seulement illisible, mais aussi inefficace la pensée du Président de la République.

Situation qui n'alarme aucunement un partenaire agaçant, qu'on finit par décliner en "accident de parcours". Celui avec qui on convola en partenaire dans une idylle politique, au point de s'obstiner à former et maintenir une coalition, qui apparait à ce jour, et ce aux yeux de plus d'un observateur, en un guet-apens. Idée saugrenue des perdants transformés en partenaires, qui leur offre la possibilité de garder la main, sans que personne ne les en dissuade.

L'An I s'est déroulé harmonieusement pour l'autorité morale du Front Commun pour le Congo. Comment cela a-t-il été possible ? Par le simple fait d'avoir gardé l'initiative de l'action politique, avec le concours providentiel du Chef de l'Etat, tant sur le plan de forme que du fond.

Oui la forme, du fait du Président de la République, qui a failli à son devoir d'identifier la majorité parlementaire. De même par le fond, du fait d'avoir convaincu sans efforts, celui-ci, de constituer une coalition sans, au minimum, se mettre d'accord, sur des réformes à mener.

Pourtant, une coalition n'est pas un engagement entre deux personnes, mais la résultante d'une mise en commun des compétences, en vue de mener à terme, des politiques communes de développement.

Cette double fautes politiques du Président de la République ne s'explique que par l'inédit électoral, qui a fait que l'un des regroupements politiques, terrifié à l'idée de diriger sans majorité parlementaire, se laissa berner par un allié traumatisé à la suite de sa débâcle électorale.

L'addition de la peur, de ne faire que le figurant et celle de tout perdre, ont scellé une alliance entre deux personnes. Ceci expliquant pourquoi, à l'exception de la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés, l'An I de l'alternance se décline globalement en un échec.

Au regard de ce que certains pourraient considérer comme un relatif succès, les deux partenaires sont-ils condamnées à poursuivre sur la même lancée ? Si, pour le Front Commun pour le Congo, cette coalition peut poursuivre son bonhomme de chemin, par contre, pour le CACH, maintenir une coalition sur laquelle reposent des suspicions de crise, en état, s'apparente à une démarche suicidaire.

En conséquence, il revient au Président de la République de revisiter l'accord avec le partenaire, afin de dégager un consensus sur un minimum des réformes à mener ainsi que la manière de les financer. Démarche qui facilitera, à coup sûr, une consolidation des acquis obtenus, à la suite des mesures sociales et sécuritaires prises au cours de l'An I.

En ce moment où chacun a en mémoire l'An I de l'alternance, le monde politique est condamné à être porteur des valeurs, afin de donner une respectabilité à la République. Celle-ci passe par la promotion d'Institutions fortes et non d'hommes forts, comme il en a été tout au long de la première année de l'alternance. Un penchant préjudiciable à la démocratie que nous exhumons depuis 1960.

La République n'a pas vocation, dans une démocratie, d'immerger dans des logiques d'exclusions qui, souvent, débouchent sur la privation des libertés. Au moment où chacun fait sa rétrospection du premier anniversaire de l'alternance, nous devons tous, garder à l'esprit qu'une cohabitation, ou coalition, se vit sous l'éclairage de la loi, et non au nom d'une amitié subite qui tend à la mise en scène politique.

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