Congo-Kinshasa: Finances - Sele accusé de bloquer le pays

28 Janvier 2020

Le Directeur du Chef de l'Etat, Vital Kamerhe, s'est plaint le week-end dernier, dans une interview accordée à la Radio France Internationale (RFI), du blocage du fonctionnement de plusieurs institutions et services publics, et même du secteur privé, par le ministre des Finances, Sele Yalaghuli.

Cette accusation a fait remonter à la surface une lettre de ce membre du gouvernement adressée à l'Association Congolaise des Banques au mois de novembre de l'année dernière, et rapidement tombée dans l'oubli.

Selon cette correspondance datée du 26 novembre 2019, dont des copies étaient réservées au Premier ministre, au Vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur ainsi qu'au Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, « toute demande de crédit provenant des institutions publiques et des entités territoriales décentralisées nécessite une approbation préalable du ministère des Finances ».

Selon nombre d'observateurs, c'est la paralysie totale des provinces, pour ne citer qu'elles, alors qu'elles sont appelées à faire face, en cette phase de reconstruction du pays et notamment des infrastructures de base, à un nombre calculables d'urgences. S'il est vrai que les caisses de plusieurs entités territoriales décentralisées issues du découpage territorial sonnent creux, il y a tout de même, dans cet océan de pauvreté, des provinces capables de faire faire à des crédits bancaires. Celles qui s'estiment éligibles aux crédits bancaires car détentrices des biens meubles susceptibles d'être hypothéqués, pensent que le ministre des Finances, au lieu de s'arroger tout seul le pouvoir de décider de leur sort, devrait soumettre leurs dossiers au Conseil des ministres en vue des décisions transparentes et justes.

Même si Sele Yalaghuli revendique l'exclusivité de l'exécution de la politique d'endettement du pays ainsi que le respect des directives du Fonds Monétaire International pour la consolidation de la stabilité macro-économique, on lui reproche le fait de donner l'impression de décider tout seul et partant de susciter la méfiance dans le cercles des institutions publiques et entités administratives décentralisées capables de faire face à leurs obligations vis-à-vis des banques prêteuses de fonds.

Il est reproché également au ministre des Finances le blocage du fonctionnement de plusieurs institutions et services publics, voire de plusieurs ministères. Plusieurs sources soutiennent que la situation dramatique que connaissent nombre de prisons de la République, avec des cas de décès de détenus à répétition pour cause de famine ou de maladie, seraient liés au blocage de leurs frais de fonctionnement.

On l'accuse également d'être à la base de l'arrêt de plusieurs chantiers ouverts, à Kinshasa (sauts-de-moutons) comme en provinces (routes, ponts, écoles, hôpitaux), dans le cadre du programme d'urgence des 100 jours du Chef de l'Etat. D'aucuns s'étonnent que le ministre des Finances, qui clame tout haut que le pays ne se reconstruit pas avec des discours mais plutôt avec des infrastructures, trainent les pieds lorsqu'il s'agit de financer justement les travaux liés au désenclavement du pays. On se demande si, à travers sa vraie-fausse rigueur financière, le ministre des Finances ne chercherait pas à énerver des millions de Congolais désireux de voir leurs conditions de vie s'améliorer. C'est comme si tout est fait pour décrédibiliser le Chef de l'Etat, qui a peut-être le tort d'avoir mis les Congolais d'en-bas au centre de ses actions, au lieu d'aller grossir les grands des bourgeois politiques.

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