Congo-Kinshasa: Amélioration des droits de l'homme en RDC - Michelle Bachelet recommande plus d'impunité

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a achevé le 27 janvier une visite de 5 jours en RDC. Si elle reconnaît une amélioration dans l'exercice des droits civiques, peu d'efforts en revanche, sont fournis dans la lutte contre l'impunité, conséquence de la faiblesse du système judiciaire.

La Haut-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l'homme a débuté sa visite en RDC le 23 janvier par Bunia, dans la province d'Ituri, où Michelle Bachelet a eu des entretiens avec le ministre des Droits humains et les membres du comité provincial de sécurité.

Elle a aussi rencontré les communautés Hema et Lendu avec qui elle a évoqué les atrocités commises dans le territoire de Djugu, qui selon un récent rapport de son bureau, constitueraient des « potentiels crimes contre l'humanité ».

Dans la capitale congolaise Kinshasa, Michelle Bachelet a rencontré notamment le Premier ministre Sylvestre Ilunga et la Présidente de l'Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, pour discuter des questions sécuritaires, de la justice, des violences sexuelles et d'un éventuel appui de l'ONU.

Faible avancée des droits civiques

En conclusion et au terme de sa visite, elle s'est félicitée des progrès en matière de droits civiques et politiques, soulignant toutefois sa préoccupation face au fait que les acteurs étatiques soient pour 54% responsables des violations répertoriées. Certes ils ont commis moins de violations, mais leur responsabilité n'en demeure pas moins engagée. .

Mais, Michelle Bachelet souligne les progrès importants accomplis et la baisse de près d'un tiers, (-26%), dans le nombre des violations des droits fondamentaux de libertés, telle que l'ouverture de l'espace démocratique, le droit à la manifestation, à la liberté de la presse, la libération de prisonniers politiques. Une évolution positive que les Nations-Unies reconnaissent pleinement.

Concernant le rapport contesté du Bureau conjoint des Nations-Unies aux droits de l'homme publié le 10 janvier, et faisant été du massacre des quelques 701 personnes tuées pour leur appartenance à l'ethnie Hema dans le territoire de Djugu, Michelle Bachelet a expliqué que les constats du rapport sont basés sur une enquête approfondie impartiale et objective, menée par le Bureau conjoint de l'ONU des droits de l'homme, utilisant la méthodologie standard de son Bureau. .Selon elle, toutes les violations par toutes les parties ont été investiguées, avec le même niveau d'attention et de soin. Un autre détail : le rapport comprend également le nombre de victimes Lendu, d'attaques perpétrées par les Hema, et documente des violations commises à l'encontre des Lendu par l'armée et les forces de la police, et pas uniquement le nombre de victimes Hema.

Poursuivre les responsables des violations

A une question sur son entretien avec le président Tshisekedi, Michelle Bachelet a révélé qu'elle a entretenu son hôte de préoccupations relatives aux droits de l'homme en RDC. Mais elle a insisté sur le besoin de poursuivre les enquêtes, de poursuivre les responsables de violation. « Il n'y a pas de paix et de stabilité possibles sans justice ou bien sûr sans réparation pour les victimes. J'ai fait mention de la situation en Ituri - où je me suis rendue. Nous avons publié un rapport sur les violences dans le territoire de Djugu, des crimes que nous avons qualifiés de crimes contre l'humanité », a-t-elle déclaré, poursuivant que les crimes contre l'humanité en Ituri sont confirmés. Mais pour ce qui est du crime de génocide, les enquêtes devraient être poursuivies pour voir si tous les critères constitutifs d'un crime de génocide sont réunis pour pouvoir le qualifier comme tel.

Au sujet de l'exercice de la justice, l'ancienne présidente chilienne a confirmé avoir rencontré les autorités judiciaires militaires de l'Ituri qui continuent à rechercher les responsables, dont plus de 55 ont déjà été arrêtés. Quinze ont déjà été condamnés - dont des officiers de l'armée et de la police. Mais la justice militaire doit recevoir plus de soutien. Elle manque de moyens matériels et humains. Elle a du mal à se déplacer et demande l'aide de la Monusco. Les magistrats militaires sont convaincus de l'importance de juger ces crimes.

Renforcer la justice civile

Concernant le Kasaï, et s'agissant du procès de l'assassinat des experts onusiens Michael Sharp et Zaida Catalan, elle a reconnu que des militaires sur lesquels la justice militaire avait déjà enquêté, l'ONU avait déjà enquêté, se sont retrouvés à commettre de nouveaux crimes et n'ont jamais été arrêtés depuis. « Il reste un problème d'impunité au Congo », a-t-elle regretté.

«Nous avons vraiment travaillé dans ce pays, nous avons apporté notre soutien, mais c'est vrai que nous trouvons aussi que les procédures traînent en longueur. Mais au Kasaï, les autorités nous ont demandé de l'aide pour les fosses communes. Il y a des experts en techniques médico-légales qui sont arrivés. Et j'espère que cela va permettre de faire avancer ces dossiers. Tout est très lent, même pour ce qui est du dossier des experts de l'ONU, Michael Sharp et Zaida Catalan ».

C'est pour ces raisons qu'elle pense qu'il faut travailler à l'identification des victimes, mais aussi renforcer la justice civile pour mettre fin à l'impunité. Mais elle dit garder espoir après ses entretiens avec le ministre des Droits humains et le président de la République.

Malheureusement, a reconnu Michelle Bachelet, « dans bien des pays à travers le monde, il est plus facile de juger les subalternes que les officiers supérieurs. Cela arrive dans mon pays, comme dans d'autres, mais on va continuer à surveiller la situation et à conseiller le gouvernement, pour essayer d'obtenir que les responsables de ces violences soient jugés ».

Au moment de quitter la RDC, la Haute Représentante a reconnu quelques avancées en termes de droits civils et politiques, telles que confirmées par les organisations locales des droits de l'homme. Mais comme ses interlocuteurs, elle insiste pour que soit mis fin à l'impunité.

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