Afrique: Proposition d'une CAN tous les quatre ans - Infantino a-t-il raison de mettre l'aspect financier en avant ?

Photo: The New Times
Gianni Infantino le président de la FIFA
2 Février 2020

« Je propose d'organiser la Coupe d'Afrique des nations tous les quatre ans au lieu de tous les deux ans, pour la rendre plus commercialement viable et attrayante au niveau mondial ». Ainsi s'est exprimé le président de la FIFA, Gianni Infantino, lors du séminaire sur le développement des compétitions et des infrastructures footballistiques en Afrique, tenu le 1er février 2020 à Rabat au Maroc.

Et pour conforter sa proposition, il déclare que les revenus de la CAN sont vingt fois moins importants que ceux de l'Euro. Une annonce qui vient relancer une fois de plus le débat sur l'organisation de la CAN qui est passée, depuis 2019, de 16 à 24 équipes et une phase finale prévue en juin - juillet comme ce fut le cas en 2019, avant d'être ramenée en janvier - février. Cette proposition va vers un autre bouleversement de la CAN.

Mais, au-delà de toute polémique autour, il faut retenir que la fédération internationale sportive est dans son rôle quand elle définit une politique pour toutes ses confédérations et fédérations membres. Maintenant, il s'agit de savoir si ce que le président Gianni Infantino propose est pertinent et là, on peut dire qu'il a une vision et ce n'est pas mauvais en soi.

En effet, sa suggestion peut permettre aux pays organisateurs de répondre au cahier des charges, surtout au niveau de la construction des stades qui est un obstacle majeur pour bon nombre de pays.

Dans ce domaine, en effet, en dehors des pays du Maghreb et de l'Afrique du Sud, rares sont les pays africains qui disposent d'infrastructures répondant aux normes internationales et pouvant accueillir une CAN à 24 équipes.

La preuve a en été faite avec le changement de pays organisateur pour la CAN 2019 et le glissement pour les suivantes que sont celles de 2021, 2023 et 2025. A ce sujet, la FIFA va plus loin en proposant un milliard de dollars pour que chacun des 54 pays africains puisse se doter d'un stade de classe internationale.

Et une fois les infrastructures acquises, il faudra bien jouer mais il importe surtout d'avoir une véritable politique de football doublée d'une réelle volonté d'assainir le fonctionnement des instances nationales. En tous les cas, les ambitions du patron de l'instance internationale sont manifestement de projeter le football africain dans l'élite mondiale.

C'est le foot business qui prend le dessus

Cela dit, tout se passe comme si c'est la FIFA qui oblige le continent africain à bouger, faisant de celui-ci une victime de la mondialisation et des choix des multinationales.

Parce qu'en parlant d'une CAN tous les quatre ans et en voulant combler le manque à gagner par un investissement dans les infrastructures, le football féminin, des jeunes, des clubs et la professionnalisation du corps arbitral africain, c'est le foot business qui prend le dessus.

C'est donc une nouvelle ère plus audacieuse et plus commerciale qui s'ouvre pour le football africain. Une idée sur laquelle le Comité exécutif de la CAF et l'ensemble des associations nationales doivent réfléchir.

Il ne serait pas étonnant que les dirigeants du football africain adhèrent à cette proposition du président Gianni Infantino, quand on sait qu'ils n'y ont pas encore fait objection jusque-là. Mais il faut tout de même relever que l'argument d'une CAN tous les quatre ans, pourrait entraver certains enjeux économiques pour les pays africains. D'autant que c'est la compétition phare de la CAF.

Et puis, il y a le côté sentimental qui risque de prendre un coup, car les Africains sont heureux de se retrouver tous les deux pour célébrer leur continent à travers le football.

Et c'est aussi une opportunité pour eux de voir et de revoir tous les deux ans, leurs stars qui évoluent loin de leur terre natale et de communier avec elles. Des moments intenses de fête comme les aiment les Africains. Au total, Infantino a-t-il raison de mettre l'aspect financier en avant ? Là est toute la question.

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