Malawi: Présidentielle - 9 mois après, retour à la case départ

(Photo d'archives) - Un groupe de licenciés malawiens dans leurs perruques. La cour constitutionnelle du Malawi a suspendu son exigence que les avocats et les juges portent des perruques blanches traditionnelles et des robes noires dans la salle d'audience alors qu'une canicule de début de saison balaie la nation sud-africaine.
analyse

« Nous considérons que Peter Mutharika n'a pas été dûment élu le 21 mai 2019, en conséquence nous annulons les résultats de l'élection présidentielle ».

Le verdict de la Cour constitutionnelle du Malawi, petit pays d'Afrique australe, est tombé hier 3 février 2020. Un verdict qui fera pour le moins date.

On a rarement vu en effet, pour ne pas dire jamais, dans les annales politico-judiciaires africaines, voire du monde, un scrutin annulé par les grands juges quelque 9 mois après la tenue de l'élection qui aura pour ainsi dire accouché d'un avorton.

Sur ce continent où les dénis de justice, les hold-up électoraux et les tripatouillages constitutionnels sont légion, ce n'est pas tous les jours qu'on voit les Sages ramer à contre-courant des intérêts des puissants du moment. A quelques exceptions près, comme celle kényane où la Cour suprême, dirigé par le désormais célèbre David Maraga, avait annulé le 1er septembre 2017 l'élection présidentielle du 8 août qui avait opposé Uhuru Kenyatta à Raila Odinga.

Mais dans ce dernier cas, comme on le voit, la plus haute juridiction du pays n'avait pas mis autant de temps, et le président Uhuru Kenyatta avait rempilé malgré tout après la reprise de la consultation électorale, boycottée d'ailleurs par son challenger.

Le chef de l'Etat malawite sortant qui portait les couleurs du Democratic progressive party, avait été élu, on se le rappelle, avec 38,57% des suffrages selon les résultats de la commission électorale contre 35,41% à Lazarus Chakwera, le principal candidat de l'opposition, issu du Malawi congress party. 159 000 petites voies séparaient les deux hommes, et l'opposition n'a cessé depuis tout ce temps de contester la régularité de l'élection par des manifestations de rue émaillées de violence, notamment les pillages, les viols et le meurtre de deux policiers.

Parmi les cas de fraudes dénoncées par les opposants, un nombre élevé, à leurs yeux, de procès-verbaux de dépouillement raturés avec du blanc à effacer.

La Cour constitutionnelle vient donc de leur donner raison après plusieurs mois d'audience qui a tenu en haleine la population. Les Malawites devraient donc être de nouveau convoqués aux urnes dans un délai de 60 jours, mais le locataire indû du palais présidentiel peut encore faire appel de cette décision. Le feuilleton qui se joue sur les bords du Lac Malawi est donc en réalité loin de connaître son épilogue. Et le verdict amène à cette réflexion: puisque en attendant la sentence des 5 Sages, le pays a continué à être gouverné, que deviennent les actes de gouvernement posés par celui qui doit répartir à la conquête de son fauteuil, pas totalement acquis ?

Plus de: L'Observateur Paalga

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