Comores: Deux journalistes de la chaîne de télévision nationale suspendues

communiqué de presse

Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités comoriennes de maintenir à leur poste deux des plus hautes responsables de la télévision publique, suspendues par le ministre de l'Information après la couverture d'un conflit social jugé déséquilibré par le gouvernement.

Binti Mhadjou et Moinadjoumoi Papa Ali, récemment nommées directrice de l'information et rédactrice en chef de l'Office de Radio et de Télévision des Comores (ORTC) ont appris leur suspension jeudi 30 janvier par un post facebook d'une consoeur.

La décision a été prise par le ministre de l'Information, qui a lui même dirigé la chaîne dans le passé, après une réunion du conseil des ministres.

Selon la rédactrice en chef jointe par RSF, le gouvernement a considéré que l'ORTC avait accordé "trop de temps d'antenne aux grévistes", des commerçants qui protestent contre les hausses et le manque de transparence des tarifs douaniers.

Aucune justification ou motivation n'est précisée dans la note administrative que s'est procurée RSF. Les deux lettres, laconiques, indiquent simplement une suspension prenant effet à compter de leur date de signature.

Elles ont été envoyées au directeur général, qui se trouvait à l'étranger à ce moment là. Les deux journalistes n'ont reçu ni courrier, ni convocation les notifiant de cette suspension et n'ont eu aucune chance de pouvoir s'expliquer.

La nomination récente de ces deux journalistes à des postes clés s'inscrivait dans un contexte où l'ORTC avait décidé d'ouvrir son antenne à toutes les opinions en réalisant des sujets plus équilibrés alors que se déroulent en ce moment des élections législatives dans le pays.

Deux semaines plus tôt, l'ancien gouverneur de l'île de Ngazidja et le porte-parole de l'opposition avaient également été interviewés, alors que la chaîne n'avait, au cours des derniers mois, quasiment jamais donné la parole à l'opposition.

"Cette sanction complètement injustifiée témoigne du contrôle encore très fort que souhaite exercer le pouvoir politique sur la télévision publique comorienne alors que la chaîne venait à peine de se lancer dans une couverture plus indépendante et plus respectueuse de la pluralité des opinions, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau afrique de RSF.

Un média de service public ne saurait être le simple relais de la communication gouvernementale.

RSF demande aux autorités de lever ces suspensions et de laisser les journalistes et les médias faire leur travail, de manière libre et indépendante, particulièrement dans le contexte des élections législatives qui ont lieu en ce moment dans le pays."

Dans un communiqué, le collectif des journalistes comoriens s'est insurgé contre "cette volonté manifeste de briser l'élan d'ouverture vers l'expression de la diversité des opinions à la télévision nationale".

Les journalistes et médias comoriens sont régulièrement pris pour cible par les autorités depuis le référendum constitutionnel de 2018 ayant permis au président sortant Azali Assoumani de se représenter l'année suivante.

Suspensions de journalistes, agressions, intimidations, censure de journaux, RSF a enregistré un nombre inédit d'atteintes à la liberté de la presse dans l'archipel au cours de ces deux dernières années.

Le journaliste Ali Mbaé, du quotidien Masiwa Komor, et le blogueur Oubeidillah Mchangama font toujours l'objet d'un contrôle judiciaire après avoir passé un week-end en garde à vue.

Partis couvrir un rassemblement de l'opposition samedi 11 janvier, ils sont accusés de "troubles à l'ordre public", ont interdiction de quitter l'île, de communiquer sur les réseaux sociaux et doivent se présenter chez le juge d'instruction chaque semaine.

Les Comores ont perdu 12 places depuis 2017 et occupent désormais la 56e place au Classement mondial pour la liberté de la presse 2019 de RSF.

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